Portrait de Léon Issaakovitch Chestov | DR
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Penser la tragédie avec Chestov

La crise de la Covid-19 est l’occasion de reconnaître, avec Chestov, la dimension tragique de nos existences.

« Il est un domaine de l’esprit humain où jamais encore on n’a pénétré en volontaire : les hommes n’y entrent qu’à leur corps défendant. Et c’est précisément le domaine de la tragédie. Celui qui s’y introduit se met à penser, à sentir, à désirer différemment des autres1. » Né à Kiev en 1866 dans une famille de marchands juifs, Léon Chestov se heurte à la tragédie dès sa jeunesse, lorsqu’il doit fuir sa famille pour lui cacher son mariage avec une femme russe orthodoxe. Mais dans son essai, il s’intéresse à la tragédie en tant qu’impasse philosophique. La tragédie révèle l’existence d’un mal irrémédiable qui contrarie tout effort de penser le monde comme un ordre intelligible et sensé. Face à ce problème de la justification du mal, les philosophes ont proposé des visions de l’histoire tantôt optimistes, tantôt apocalyptiques, selon lesquelles la tragédie est soit subsumée dans une totalité meilleure, soit ajoutée aux étapes d’une chute continue. Des discours similaires s’entendent de nos jours pour donner un sens à la catastrophe causée par le coronavirus et le désaveu qu’elle inflige à la foi dans le progrès. Les uns désirent y voir un révélateur salutaire des défaillances de notre modèle de société qui doit nous permettre de changer en mieux le monde de demain. D’autres y décèlent l’énième signe

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Juliette Faure

Juliette Faure est titulaire d'un Master en Relations Internationales préparé à Sciences Po Paris et Columbia University, du Bachelor de Sciences Po Paris et d’une licence en philosophie de la Sorbonne Paris-IV. Elle est lauréate du deuxième Prix de la Réflexion Stratégique du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques pour son mémoire sur “L’idée politique de tradition dans…

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La crise sanitaire provoquée par l’épidémie de Covid-19 donne de la vigueur aux critiques de la démocratie. Alors que certains déplorent l’inertie de la loi et que d’autres remettent en cause les revendications sociales, le dossier, coordonné par Michaël Fœssel, répond en défendant la coopération, la confiance et la délibération collective. À lire aussi dans ce numéro : les régimes d’historicité, le dernier respirateur, le populisme américain et l’œuvre de Patrick Modiano.