Manifestation de Gilets jaunes à Lyon. Photo : ev via Unsplash
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L’État et nous

« L’affaire du siècle », le contexte pandémique ou le mouvement des Gilets jaunes illustrent une demande des citoyens adressée à l’État, et le malentendu qui continue de les séparer au sujet de l’action publique. Pour évoluer, les institutions françaises pourraient s’inspirer des projets de relance et de régulation de la nouvelle Commission européenne.

En décembre 2018, quatre associations (la Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace, Oxfam et Notre affaire à tous) lançaient la pétition « L’affaire du siècle ». Ce texte, signé depuis par plus de 2, 3 millions de personnes, enjoignait à l’État d’exercer enfin ses responsabilités dans la lutte contre le dérèglement climatique. Il a été prolongé par un recours auprès du tribunal administratif de Paris, et en février 2021 une décision des juges reconnaissait la carence et la responsabilité de la puissance publique.

Ce succès est instructif pour qui s’intéresse à la représentation de l’État aujourd’hui. Car si la pétition dénonçait les manquements, c’était pour mieux mettre l’accent sur l’urgence à utiliser les pouvoirs de la puissance publique pour transformer la société1. Pas assez d’État, pas le bon État, pas assez de respect de l’État à l’égard des citoyens. Mais pas moins d’État. Ce (res)sentiment résonne ailleurs. Les Gilets jaunes ont d’emblée réclamé un retour des services publics, une politique de transports enfin égalitaire et un changement de méthode entre l’État et le peuple – le référendum d’initiative citoyenne – face au top down étatique. Depuis l’arrivée de la pandémie en mars 2020, la demande d’État et les déceptions à son égard ont continué de se multiplier – à propos des masques, de la politique de confinement et de couvre-feu ou de la vaccination – avec cette fois, un accent par

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Lucile Schmid

Haut-fonctionnaire, membre du bureau politique d’Europe Ecologie – Les Verts, membre du conseil de rédaction de la revue Esprit, Lucile Schmid s'est intéressée aux questions de discrimination, de parité et d'écologie. Elle a publié de nombreux articles pour Esprit sur la vie politique française, l'écologie et les rapports entre socialistes et écologistes. Elle a publié, avec Catherine Larrère et…

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Les difficultés rencontrées pendant la gestion de l’épidémie de Covid-19 ont remis en lumière le rapport paradoxal que la France entretient avec son État. Parce qu’il est censé décider de tout, il est le recours vers lequel tous se tournent en situation de crise, en même temps qu’il concentre l’essentiel des critiques. Au-delà de la crise sanitaire, la question d’un juste partage des responsabilités entre l’État et d’autres acteurs - les collectivités territoriales, les citoyens, les syndicats ou les entreprises- pour construire un horizon d’action commun se pose. Alors même que la pandémie marque le retour en grâce de l’action publique, comment changer concrètement la figure de l’État pour apaiser sa relation avec la société et lui permettre de répondre aux aspirations contemporaines en matière d’écologie et de justice sociale ? C’est à cette question que s’attache ce dossier, coordonné par Lucile Schmid.