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Dans le même numéro

Une passion venue de loin

mars/avril 2016

#Divers

Les mythes évoquent le fond violent de la colère, mais, comme Aristote, ils l’inscrivent dans une logique de réciprocité. Au contraire, l’État impérial et le monothéisme chrétien ont centralisé la colère dans un souverain. Assisterions-nous à une nouvelle dissémination de la colère ?

Dans le phénomène de la colère, quelque chose nous fascine. Il y a à cela bien des raisons. La première tient à son ambivalence. Qu’elle concerne un événement émotionnel individuel ou collectif, elle peut tout autant traduire la réaction légitime à une offense que manifester la prétention insupportable à dominer. Il y a la colère du tyran et il y a la colère du peuple ; il y a la colère du guerrier ou du tueur et il y a celle du dieu. Plus généralement, la colère semble relever d’un mouvement interne qui nous échappe : elle nous saisit, nous emporte. En cela, elle manifeste en nous un fond sauvage qui nous surprend, nous flatte peut-être, et tout autant nous inquiète. Son élément de spontanéité et de sincérité lui confère une dimension noble. On aura beau dénoncer ce qui, en elle, révèle une absence de contrôle, un défaut de sagesse, il n’empêche : la colère nous fait obscurément supposer que son excès même renvoie à de bonnes raisons. Car même si elle porte une menace d’écraser ou de détruire, nous pressentons en

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Marcel Hénaff

Philosophe et anthropologue (1942-2018), ancien directeur de programme au Collège international de philosophie (1986-1992) en France et à l’étranger, professeur à l’Université de Californie, San Diego (UCSD) de 1988 à 2016. S’inscrivant, à travers plusieurs ouvrages de notoriété internationale, dans l’héritage de la pensée de Marcel Mauss et de Claude Lévi-Strauss, Marcel Hénaff a déchiffré la…

Dans le même numéro

Pour son numéro double de mars-avril, la revue consacre le dossier central à la question des colères. Coordonné par Michaël Fœssel, cet ensemble original de textes pose le diagnostic de sociétés irascibles, met les exaspérations à l’épreuve de l’écriture et se fait la chambre d’écho d’une passion pour la justice. Également au sommaire de ce numéro, un article de l’historienne Natalie Zemon Davis sur Michel de Certeau, qui reste pour le pape François « le plus grand théologien pour aujourd’hui », ainsi que nos rubriques « À plusieurs voix », « Cultures » et « Librairie ».