Photo : Liane Metzler
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Le lien entre générations et la dette du temps

Contrairement au présupposé naturaliste, dans les sociétés traditionnelles, les classes d’âge se constituent dans une reconnaissance réciproque : le don en retour se fait en faveur de ceux qui viennent, ce qui permet de transformer le temps en facteur de solidarité. Mais dans les sociétés modernes, marquées par la dette sans fin, la principale instance de marquage des tranches d’âge est le marché. 

« Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. » (René Char)

A l’échelle de la vie, chaque génération apparaît comme le relai naturel d’un héritage de vie et d’une transmission de traditions léguées par les générations précédentes. Pourtant, une telle vision globale et distancée est avant tout un acquis de la science moderne. Dans le présent de l’expérience des groupes, il n’y a pas une unique génération couvrant un âge moyen de vie probable ; il y a dans toute société, pour une même plage de temps, une stratification de plusieurs générations allant de l’enfance à la vieillesse en passant par l’adolescence, les jeunes adultes et les adultes. Il y a à la fois la conscience collective, tous âges confondus, d’un rapport intense à ceux qui sont morts et à ceux qui ne sont pas encore nés. Et envers les nouveaux venus domine le souci que soient transmises les traditions du groupe : ses manières de penser, ses valeurs éthiques, ses modes de vie. Que signifie ce souci ? Comment s’exprime-t-il ?

Penser aux générations correspondant à différents âges de la v

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Marcel Hénaff

Philosopohe et anthropologue, il enseigne à l'université de Californie (San Diego). Il est notamment l'auteur de Le prix de la vérité. Le don, l'argent, la philosophie (Seuil, 2002) et Le Don des philosophes. Repenser la réciprocité (Seuil, 2012).

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Comment se fait aujourd’hui le lien entre différentes classes d’âge ? Ce dossier coordonné par Marcel Hénaff montre que si, dans les sociétés traditionnelles, celles-ci se constituent dans une reconnaissance réciproque, dans les sociétés modernes, elles sont principalement marquées par le marché, qui engage une dette sans fin. Pourtant, la solidarité sociale entre générations reste possible au plan de la justice, à condition d’assumer la responsabilité d’une politique du futur. À lire aussi dans ce numéro : le conflit syrien vu du Liban, la rencontre entre Camus et Malraux et les sports du néolibéralisme.