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La solution chinoise ?

janv./févr. 2018

#Divers

Suite au retrait américain de l’accord de Paris, la Chine se tient aux avant-postes de la lutte contre le changement climatique en raison des dégradations de l’environnement dans le pays, des opportunités économiques liées au technologies vertes et à l’image du pays sur la scène internationale.

Le 12 décembre 2015, la Cop21 s’achevait dans la liesse par l’adoption de l’accord de Paris. Le 1er juin 2017, Donald Trump annonçait que son pays s’affranchissait des engagements pris un an et demi plus tôt dans la capitale française. Cependant, loin d’avoir provoqué le cataclysme redouté par certains, la défection américaine a surtout contribué à faire apparaître la Chine comme l’un des pays aux avant-postes de la lutte contre le changement climatique.

Défendre l’accord de Paris

Il est vrai qu’au moment où se profilait la victoire de Donald Trump, Pékin avait déjà clairement annoncé sa volonté de respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris. Ainsi, en janvier 2017, lors du sommet de Davos, Xi Jinping déclare que tous les signataires de l’accord de Paris devront respecter leurs engagements. Le même mois, Xie Zhenhua, le négociateur chinois pour le climat, avance que la Chine est « capable de prendre un rôle de leader dans la lutte contre le changement climatique global1 ». Présent à Berlin le 1er juin 2017, le Premier ministre Li Keqiang proclame, quelques heures avant l’annonce de Donald Trump, que la Chine « continuera à assumer ses responsabilités2 », Pékin se disant déterminé à « chérir le résultat chèrement gagné » lors de la Cop21. On est loin du refus obstiné de tout engagement dont Pékin faisait preuve depuis plus d’un quart de siècle. Ce changement d’attitude s’explique par au moins trois raisons : le niveau extrême de dégradation de l’environnement du pays, les opportunités économiques liées aux technologies vertes et enfin la recherche d’une meilleure image sur la scène internationale.

Lutter contre l’« airpocalypse »

La Chine est en effet confrontée à une crise environnementale d’une extrême gravité. La pollution de l’air, qui ne cesse d’empirer, y est souvent désignée par le néologisme « airpocalypse ». Ce dernier n’a rien d’excessif quand on sait que, selon une étude de l’université de Berkeley, la mauvaise qualité de l’air est responsable de 1,6 million de décès par an3 !

La multiplication des mouvements de protestation qu’une telle dégradation du milieu engendre a conduit l’exécutif à engager des réformes et à prendre des mesures. Ainsi, en 2008, le bureau de Protection de l’environnement, créé en 1974, devient le ministère de la Protection de l’environnement. En 2012, l’année du 18e congrès du Parti communiste chinois (Pcc), un certain nombre d’initiatives environnementales ambitieuses sont lancées ; la National Development and Reform Commission publie son premier Plan national pour le changement climatique. L’année suivante, un Plan d’action de contrôle et de prévention de la pollution de l’air est adopté. En 2015, la loi (nationale) sur l’environnement, qui date de 1979 et qui a déjà été revue en 1989, est de nouveau révisée en profondeur.

Par ailleurs, le gouvernement chinois a pris conscience des risques que fait peser l’élévation des températures sur le pays : mise en danger des villes côtières, aggravation des sécheresses au Nord, inondations au Sud… Une étude publiée en 2013 par la Banque mondiale et l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde) concluait que les pertes économiques engendrées par la hausse des températures à Canton seraient supérieures à celles observables dans toutes les autres villes du monde4. En 2015, le responsable des services météorologiques du gouvernement avertissait que le changement climatique faisait peser des « menaces sérieuses » sur les rivières, l’approvisionnement alimentaire et les infrastructures5.

Profiter des technologies vertes

Par ailleurs, la lutte contre le changement climatique peut se révéler économiquement payante. Ainsi, pendant que Donald Trump remet à l’honneur l’utilisation du charbon, les Chinois comptent bien développer les technologies « vertes » avec leurs fantastiques potentialités en termes d’exportations. En l’espace d’à peine vingt ans, la Chine est devenue le premier producteur au monde d’ampoules à basse consommation, d’éoliennes, de panneaux solaires et de batteries pour voitures électriques. En 2015, les entreprises chinoises ont investi plus de 100 milliards de dollars dans les énergies renouvelables, contre seulement 44 milliards pour les firmes américaines6. En janvier 2017, la China’s National Energy Administration annonçait des investissements de 360 milliards de dollars d’ici 2020 dans de nouvelles capacités de production d’énergie : 144 milliards dans le solaire, 100 milliards dans l’éolien, 70 milliards dans l’hydro-électricité… Ces investissements devraient contribuer à créer 13 millions d’emplois7.

Améliorer l’image internationale de la Chine

Enfin, la Chine compte bien utiliser la question climatique pour renforcer son image internationale. Contribuer à la mise en œuvre de l’accord de Paris fait partie de ce que l’on nomme désormais la « solution chinoise », formule utilisée pour la première fois en public lors du 95e anniversaire de la fondation du Pcc en juillet 2017. Dans le discours qu’il prononça à cette occasion, Xi Jinping déclara que le peuple chinois était « pleinement confiant dans sa capacité à apporter une solution chinoise à la recherche par l’humanité de meilleures institutions sociales8 ».

Si l’expression « solution chinoise » n’a pas été clairement définie, elle en dit néanmoins long sur la détermination de l’empire du Milieu à exercer son leadership sur les affaires du monde. De toute évidence, en étant manifestement destinée au monde entier – donc également aux anciens pays industrialisés – la « solution chinoise » va bien plus loin que le « consensus de Pékin » qui concernait les pays en développement rétifs aux conditionnalités du (feu) « consensus de Washington ». Selon certains observateurs, la lutte contre le changement climatique pourrait bien en être la première application concrète.

Le Pcc a tout intérêt, pour des raisons intérieures et extérieures, à se positionner positivement sur la question climatique. Cela fait-il de la Chine le leader mondial sur ce sujet ? Il est bien trop tôt pour le dire, tant la notion de leadership – ou d’hégémonie, au sens que la théorie des relations internationales donne à ce terme – suppose une capacité d’influence non coercitive qui semble pour le moment faire défaut à Pékin. Une chose semble néanmoins établie : si le retrait des États-Unis du protocole de Kyoto en 2001 avait donné à la Chine un argument supplémentaire pour refuser tout engagement contraignant, la décision de Donald Trump offre à Xi Jinping l’opportunité d’accroître l’influence politique et économique chinoise à l’échelle internationale. De façon assez ironique, George W. Bush et Donald Trump ont été, sur le dossier climatique, les alliés « objectifs » de Pékin.

Note

  • 1.

    “No Cooling”, The Economist, 22 avril 2017.

  • 2.

    Cécile Ducourtieux et Jean-Pierre Stroobants, « L’Ue et la Chine en pointe contre la décision américaine de sortir de l’accord sur le climat », Le Monde, 3 juin 2017.

  • 3.

    Robert A. Rohde et Richard A. Muller, “Air Pollution in China : Mapping of Concentrations and Sources”, Plos One, Berkeley, University of California, juillet 2015 (berkeleyearth.org).

  • 4.

    Stéphane Hallegate et al., “Future Flood Losses in Major Coastal Cities”, Nature Climate Change, no 3, 2013, p. 802-806.

  • 5.

    “No Cooling”, art. cité.

  • 6.

    Simon Roger, « Trump brouille les négociations climatiques », Le Monde, 10 mai 2017.

  • 7.

    Irena, Renewable Energy and Jobs – Annual Review 2017, mai 2017 (www.irena.org).

  • 8.

    “Tortoise v Hare”, The Economist, 1er avril 2017.