Allégorie ou L'Ignorance assise sur un globe, d'après Mantegna. Bartsch 16. Bartsch illustré tome 25 (volume 13, 2ème partie), page 158. Zoan, Andrea (Anvers (Antwerpen), avant 1475 - vers 1505), graveur
Dans le même numéro

De la croyance au savoir, et retour ?

La pandémie de coronavirus, et l’attitude démunie de l’institution médicale face à elle, ont eu raison de la foi en une seule vérité censée guider la recherche scientifique. En cette période de défiance généralisée, la réaction la plus sage consiste peut-être à expliciter franchement notre ignorance.

Lorsque la Covid-19 s’est invitée dans nos vies, elle n’est pas entrée seule sur scène. Immédiatement à sa suite, un déluge de savoirs sur les virus respiratoires, leurs modes de contagion ou les espoirs thérapeutiques puis vaccinaux s’est propagé dans le monde. On a remarqué que, dans l’histoire contemporaine, des épidémies beaucoup plus graves que ce coronavirus étaient passées quasiment inaperçues. La grippe espagnole de 1918 a été citée en exemple : la presse des pays belligérants a fait silence sur une maladie qui risquait de démobiliser les consciences alors que sonnait l’heure des combats décisifs. À cela s’ajoute que l’absence de traitement était, au début du siècle dernier, vécue comme une fatalité plutôt que comme un scandale. Cela vaudra encore pour la grippe de Hong Kong de 1968 : à quoi bon parler de ce contre quoi on ne peut pas faire grand-chose ?

On aurait tort, pourtant, de réduire cette différence de perception des maladies au seul degré de confiance dans la science. En 1918, la croyance dans le progrès venait certes d’être démentie par quatre années d’une guerre qui avait mobilisé pour le pire tous les moyens techniques disponibles. Mais il faudra

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Michaël Fœssel

Philosophe, il a présenté et commenté l'oeuvre de Paul Ricœur (Anthologie Paul Ricœur, avec Fabien Lamouche), a coordonné plusieurs numéros spéciaux de la revue, notamment, en mars-avril 2012, « Où en sont les philosophes ? ». Il est membre du Conseil de rédaction d'Esprit. Il est notamment l'auteur de L'Équivoque du monde (CNRS Éditions, 2008), de La Privation de l'intime (Seuil, 2008), État de

Dans le même numéro

On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.