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En quête de l'Orient perdu (entretien)

octobre 2014

#Divers

Jean-Louis Schlegel – Au début des années 1980, vous commencez à vous rendre chaque année dans l’Afghanistan envahi par les Soviétiques, qui allait devenir votre terrain d’études pour de nombreuses années.

Olivier Roy – J’y allais clandestinement, habillé en afghan. Ce furent des années extraordinaires : je pénétrais enfin dans le vrai pays, celui des sentiers de montagne, des pistes dans le désert, des petits villages reculés, des cols à 4 500 mètres d’altitude, des vallées perdues qui ne mènent nulle part, mais permettaient de contourner les zones tenues par les Soviétiques. On marchait à pied, à cheval, à dos de chameau, pendant des jours, voire des semaines. Je m’y suis perdu, abîmé les pieds, j’ai été retenu des jours et des jours, pour des raisons souvent indéchiffrables, par de petits commandants trop hospitaliers ou trop paranos. J’ai acheté des chevaux, appris à les soigner, passé de nuit à travers les lignes ennemies, j’ai été pris pour un espion soviétique, abandonné par mes guides, confié par eux à des gens pas très recommandables, sauvé par des inconnus, nourri et logé par de pauvres gens, ou parfois reçu comme un pacha par d’étranges notables, dont on ne savait trop quel camp ils avaient

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