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Photo : Marc-Olivier Jodoin
Photo : Marc-Olivier Jodoin
Dans le même numéro

Déconfinement des analogies

juil./août 2020

Durant la crise de la Covid-19, il y a eu de nombreuses analogies historiques, dont il faut se méfier, mais qui peuvent être des outils de questionnement : elles concernent les deux guerre mondiales, la guerre froide et le 11-Septembre.

Durant la crise de la Covid-19, les perspectives historiques n’ont pas manqué, permises par la multiplication récente des travaux sur les grandes épidémies et l’émergence d’une gouvernance globale de la santé. Mais il y eut surtout de nombreuses analogies historiques, qui relèvent d’un réflexe cognitif très naturel, face à l’imprévu, voire à l’incompréhensible. Il faut se méfier des prétendues leçons de l’histoire, des injonctions à connaître les erreurs du passé pour ne pas les reproduire, des recherches de récurrences comme d’évolutions téléologiques, et des analogies lorsqu’elles sont des biais d’ancrage paresseux. Il n’empêche que les analogies peuvent être un outil de questionnement, d’une part sur qui les utilise et comment, et d’autre part sur le réel, grâce au pouvoir de la comparaison. Utiliser l’analogie relève de la pêche à ligne : il faut lancer l’appât, voir ce qui mord ou ne mord pas, et trier ensuite dans le panier. Nous allons observer les paniers des deux guerres mondiales, de la guerre froide et du 11 septembre 2001.

Autour de la Grande Guerre

En France, au sortir de plusieurs années de commémoration de la Grande Guerre, et alors que Joseph Zimet, chargé de cette commémoration, venait de prendre la direction de la communication du président Macron, le lien était aisé à établir. Les paroles de Clemenceau ont été reprises par le président dans son allocution télévisée du 16 mars, puis le vocabulaire de l’époque («  front  », «  première ligne  », etc.) a été réutilisé, afin de « construire une mobilisation massive et consentie[1] ». La «  redécouverte  » de la grippe espagnole, dans le sillage du centenaire, a renforcé le lien[2]. Comme pour l’avant-1914, les années pré-Covid-19 seront assimilées rétrospectivement à une «  Belle Époque  » en en gommant les aspérités, ou bien présentées comme un baril de poudre préparant une inévitable catastrophe.

Cette fois, la guerre est finie avant l’été (en 1914, les soldats pensaient rentrer pour Noël). Néanmoins, durant quelques semaines, il y eut le sentiment que la fin de guerre pourrait s’éloigner de semaine en semaine. Même si la Nouvelle-Zélande s’est proclamée virus-free le 8 juin et si le Premier ministre tunisien a crié victoire le 16, le déconfinement progressif contraste avec la joie du 11 novembre 1918, d’autant que de nouvelles offensives d’ennemis invisibles sont attendues, sinon annoncées. Si le bilan de 30 000 morts est à peine supérieur à la pire journée de la Première Guerre mondiale (23 416 morts le 25 septembre 1915), la vigilance reste de mise, faute d’armistice et de capitulation, tant qu’il n’y a pas d’offensive vaccinale finale. La question du moral est donc importante, à l’heure où les «  bobards  » gouvernementaux d’il y a un siècle font place à la fois à des campagnes de désinformation internationales et aux contre- et alter-discours des réseaux sociaux (les deux en résonance parfois), et alors que le pouvoir de censure appartient également à des plateformes globales qui ont leurs propres logiques.

Le choix de financement de la guerre par la dette, et non par l’impôt ou l’inflation, devra être étudié en comparaison avec les guerres réelles du passé. Le taux d’endettement des pays développés est similaire à celui de la Seconde Guerre mondiale. Désormais, l’endettement sur les marchés ou auprès de pays lointains (comme le Japon), et aujourd’hui de «  l’Europe  », évite les chocs politiques de l’impôt et sociaux de l’inflation. Dès lors, en France, les médias s’intéressent peu aux efforts des dirigeants et des hauts fonctionnaires pour transformer la machinerie européenne afin de continuer à déverser de l’argent dans l’économie française. Les mêmes qui ont critiqué l’utilisation par le pouvoir du discours sur la guerre souhaitaient et souhaitent encore une intervention massive de l’État dans l’économie, sur le mode des économies de guerre, voire pour opérer d’en haut le grand tournant écologique.

Les effets de la Grande Guerre, puis de la crise économique onze ans plus tard, ont entraîné une certaine «  démondialisation  » économique dans les années 1930 à 1960 ; la crise de 2008 et la «  guerre  » de la Covid-19, entamée onze ans plus tard, apparaissent à nombre d’observateurs comme le crépuscule de l’hyper-globalisation, un tournant vers une slowbalization[3] ou le début d’un cycle de dé-globalisation. Des grands prêtres et prophètes de la globalisation font même leur mea culpa : Thomas Friedman écrit que le monde n’est pas plat, comme il l’avait martelé, mais fragile[4]. Néanmoins, il s’agit de sauver l’interdépendance en plein requiem pour la globalisation, en insistant sur la nécessité de la coopération face à un ennemi commun qui ignore les frontières. Selon la formulation de Gideon Rose, « ce qui nous tue, ce n’est pas la connexion, mais la connexion sans coopération[5] ».

La guerre est vantée parce qu’elle rapproche socialement et génère de l’intérêt commun. Dans son discours du 12 mars, le président Macron en appelait à une nouvelle «  Union sacrée  » (modernisée en #Franceunie). Il est douteux toutefois qu’il y ait, un jour, nostalgie de l’«  esprit de 2020  », comme Hitler a joué du retour à l’«  esprit de 1914  », qu’il avait expérimenté personnellement, pour souder le peuple allemand. Les poilus anonymes ont été héroïsés durant les célébrations du centenaire, comme héros et victimes. L’historiographie des guerres a délaissé stratégies et généraux pour étudier les anonymes, soldats et civils. Place désormais aux femmes, occupant la majorité des emplois de «  première ligne  », «  au front  », alors que l’indiscipline de «  planqués  » de l’arrière ou les manques supposés de combativité (quand les enseignants ne sont pas assimilés à des déserteurs) sont critiqués. Les middle men, qui permettent souvent de gagner des guerres par leurs innovations[6], sont oubliés (ingénieurs, cadres d’entreprises, notamment de la grande distribution, juristes, hauts fonctionnaires). On retrouve aussi le discours des pacifistes de l’entre-deux-guerres sur la «  chair à canon  » sacrifiée par des chefs incapables, pour le profit des puissants, notamment les «  profiteurs de guerre  » (aujourd’hui, les «  super-riches  » qui ont continué à s’enrichir).

Il est aisé de rappeler que la guerre a provoqué une vague révolutionnaire ; mais elle a aussi été suivie de violences raciales et de mouvements anticolonialistes, notamment dans l’empire britannique[7], d’autant que le centenaire a insisté sur le rôle des populations coloniales durant la guerre. On retrouverait de nouveau aujourd’hui une panique du monde blanc, comme au lendemain de la Première Guerre mondiale vécue comme un suicide de la race blanche. Cette panique fut marquée par les best-sellers de Madison Grant, The Passing of the Great Race (1916), et de Lothrop Stoddard, The Rising Tide of Color. The Threat against White World Supremacy (1920). Les déclinistes européens ont martelé que la crise a définitivement montré que l’Orient a dépassé l’Occident[8]. Après avoir craint la menace islamiste, le choc migratoire, puis constaté l’efficacité asiatique face à l’épidémie, l’Occident semble faire face à la vague décoloniale qui s’en prend à son histoire, ses institutions et son identité. Toutefois, cette montée du «  reste  » face à «  l’Ouest  » est à nuancer. La crise a été une catastrophe pour nombre de marchés émergents, les prix du pétrole se sont effondrés, les pays les plus pauvres sont bien plus contraints par l’endettement que les pays riches et ne présentent que de minuscules plans de relance, alors que les populations récemment sorties de la pauvreté risquent d’y retomber, même en Chine où le régime prétend pouvoir toujours tenir les promesses de Xi Jinping d’éliminer la pauvreté. Il n’empêche que le déclin des capacités de l’Europe à modeler ses périphéries est évident, même si cela ne fait pas les premières pages des journaux, depuis le Sahel jusqu’en Syrie et au Liban, en passant par la Libye. Les États-Unis se posent de plus en plus de questions sur leurs intérêts dans le «  Grand Moyen-Orient  » : l’hostilité à l’égard l’Iran masque mal les échecs en Irak et en Afghanistan, plus visibles encore durant la crise.

Qui a vraiment cru à l’injonction «  la Chine paiera  », comme on le demandait pour l’Allemagne en 1919, même s’il y a des évaluations de voies juridiques et des actions en justice ? Même l’opinion américaine semble peu encline à réclamer des réparations[9]. La question des responsabilités a été posée dès le départ, comme lors de la Grande Guerre. En mars, Chine et États-Unis sont entrés dans un blame game sur les origines du virus qui ressemble d’une certaine façon à celui que la France et l’Allemagne connaissent depuis un siècle pour la crise de l’été 1914. Mais il n’y a pas d’équivalent de l’article 231 du traité de Versailles pointant du doigt la responsabilité de l’Allemagne, qui en fit le symbole de son humiliation. Pour la Chine, l’accusation est utilisée pour raviver le discours sur «  le siècle des humiliations  » (1842-1949), le souvenir des lourdes réparations exigées par les impérialistes après la guerre des Boxeurs, et la campagne des États-Unis durant la guerre de Corée, destinée à faire condamner la Chine à l’Onu comme agresseur. La question des responsabilités ne s’arrête pas là. Si la thèse majoritaire est celle de l’agression/invasion virale, nombre d’écologistes invoquent une «  réponse défensive  » de la nature agressée par les hommes (voire qui aurait «  envoyé un ultimatum  »). Aux hommes donc de penser «  réparations  » à l’égard de la nature.

Qui a vraiment cru à l’injonction «  la Chine paiera  », comme on le demandait pour l’Allemagne en 1919, même s’il y a des évaluations de voies juridiques et des actions en justice ?

Autour de la Seconde Guerre mondiale

La référence a été plus souvent la Seconde Guerre mondiale, considérée aux États-Unis et au Royaume-Uni comme la «  bonne guerre  ». Trump et plusieurs de ses proches ont comparé l’épidémie à Pearl Harbor, sous la forme d’une «  invasion chinoise  » qui a provoqué plus de 100 000 morts, après avoir accusé la Chine, durant sa campagne électorale en 2016, de «  violer  » les États-Unis. Au Royaume-Uni, où le Premier ministre Boris Johnson a jadis publié une hagiographie de Churchill, il a été tentant d’évoquer (abusivement) «  l’esprit du Blitz  » et la mobilisation de guerre[10]. Churchill a pourtant perdu les élections de juillet 1945. En 2020, le retour de bâton contre Churchill et son autre face, impérialiste et raciste, est arrivé dès le mois de juin.

Pour la France, il est exagéré de considérer que la crise a fait revivre le traumatisme de 1940, même si elle a été comparée à cette défaite rapide et inimaginable. Elle apparaît de nouveau comme le symbole d’un déclin du pays comme puissance. Toutefois, si la France a vu les limites de son système de santé, considéré comme l’un des meilleurs du monde, comme l’était son armée dans l’entre-deux-guerres, ce système a tenu. Le plus étonnant fut l’utilisation du livre de Marc Bloch, L’Étrange Défaite, réflexion «  à chaud  » sur la catastrophe de 1940. Même le New York Times a cru bon de publier un papier médiocre faisant du livre visiblement non lu la référence pour comprendre le pays en crise[11]. L’utilisation de cet ouvrage a été toujours sélective. Plus encore, soixante-quinze ans d’historiographie et de recherches sont ignorés, alors qu’ils ont modifié les perspectives et les jugements sur les années 1930 et sur 1940.

Comme en 1940, la crise en mars-avril est apparue à beaucoup comme une défaite inévitable et finalement salutaire. L’autoflagellation était orientée, une nouvelle fois, vers la trahison des élites, pour lesquelles il faudrait un équivalent du procès de Riom. Elles auraient mal préparé la guerre et auraient adopté les mauvaises stratégies. L’élite du système médical aurait été aussi incapable que les états-majors hier, et les politiques se seraient trop pliés à leurs prétendus savoirs. L’héroïsme aurait été celui des sans-grade de la santé (infirmières ou médecins de ville), comme celui des jeunes officiers qui ont sauvé l’honneur en 1940, tel le colonel de Gaulle à Moncornet célébré par Macron le 17 mai. Les élites auraient été si aveuglées par leur politique de classe qu’elles auraient vendu les défenses françaises au capitalisme mondialisé. L’obsession de la réforme des retraites aurait détourné le regard du pouvoir des vraies menaces. Comme en 1939, les élites auraient profité de la guerre pour casser le mouvement social et dégrader encore le droit du travail au nom de l’impératif de production. La crise aurait montré qu’elles sont inutiles, voire parasitaires, à la différence des vrais travailleurs.

Pour les conservateurs, les traîtres «  sans-frontiéristes  », «  mondialistes  » et «  européistes  » auraient privé la France de ses armes et laissé entrer l’ennemi. Philippe de Villiers rappelle dans son dernier livre avoir prophétisé en 1994 que « quand toutes les barrières sanitaires seront tombées et qu’il y aura une grippe à New Delhi, elle arrivera dans le Berry[12] ». Les «  territoires perdus/abandonnés de la République  », les communautarismes et les corporatismes auraient miné le sens de la nation. Sur les masques, la droite, comme au début des années 1920 pour les dépenses militaires, aurait bien armé le pays ; la gauche, comme celle du Front populaire, aurait oublié de s’occuper du stock de masques, moins par démagogie sociale, que par une austérité mal placée.

Les écologistes font écho aux discours accusateurs contre ceux qui ont trop joui, et à l’opportunité que constitue la défaite pour changer la France, avec des discours antimodernistes et d’ancrage local assez traditionnels. Le confinement aurait prouvé qu’on pouvait être à l’arrêt, et non plus « comme des hamsters dans leur roue[13] ». Les souverainistes ne disent pas « la terre, elle, ne ment pas » (quoiqu’il y ait, face à l’agriculture capitaliste et productiviste, des appels à revenir massivement au travail agricole et aux circuits courts), mais «  l’usine, elle, ne ment pas  », prônant relocalisation et ré-industrialisation. S’affrontent la solidarité localiste retrouvée en temps de crise et ceux qui considèrent que « les aéroports sont des antichambres, des portes de liberté, des sas vers autrui[14] ». La Seconde Guerre n’était pas seulement celle de la Blitzkrieg mécanisée, mais aussi celle de la dé-modernisation de la guerre sur le front Est, de la Shoah par balles et par pogroms géants, de l’extermination et de la mise en esclavage comme dans les temps anciens[15]. Aujourd’hui, les libéraux se lamentent sur le confinement et les gestes barrières qui seraient d’un autre âge à l’heure de la médecine scientifique, tandis qu’à l’opposé, les appels à la dé-modernisation se multiplient pour sauver la nature et protéger l’espèce humaine.

Ce ne sont plus les jeux étriqués des partis de la IIIe République, mais l’hyper-présidentialisme de la Ve République qui serait la cause de la catastrophe. Il n’y a pas eu de «  sauveur  » vers qui se tourner – ce qui a longtemps été une tradition française[16]. On s’est contenté d’une bouffée de nostalgie monarchique en vantant le discours de la vieille reine d’Angleterre, d’admirer la chancelière allemande à la fois maternelle, modeste et scientifique (sans guère rappeler qu’en Allemagne, toute gesticulation guerrière d’un chef de gouvernement est inimaginable depuis 1945), et de références à un de Gaulle et à des Trente Glorieuses une fois encore mythifiés. Le docteur Raoult est toutefois devenu le de Gaulle qui résiste en prenant courageusement des libertés avec les règles à cause de l’urgence. Trop occidentalistes et arrogantes, les élites n’auraient pas voulu s’inspirer de l’Asie, voire de l’Afrique, qu’en sauveurs blancs, elles voyaient débordée. Comme après chaque défaite, notamment en 1870 et en 1940 (commémorés en 2020), il fallait vanter les succès d’ailleurs, notamment d’Allemagne, et en reproduire les recettes[17]. Pour critiquer le gouvernement, nombre de contempteurs traditionnels de l’Allemagne en sont venus à vanter sa gestion de l’épidémie, tout en fustigeant la capitulation/collaboration des élites françaises dans l’Europe monétaire allemande.

Penser l’après a fait référence à l’«  année zéro  », qui a profité à l’Allemagne pour se réinventer après 1945, mais aussi au discours des «  années heureuses  » d’une France enfin rassemblée, solidaire et courageuse à la Libération, avec le programme du Conseil national de la Résistance et la naissance de l’État-providence – en oubliant quelque peu la vague de violence coloniale des années 1945-1947, en Algérie, en Indochine et à Madagascar, la «  bataille de la production  » dans laquelle le Parti communiste français a eu un rôle important, et le plan Marshall.

À l’échelle internationale, les appels ont été nombreux pour faire fonctionner le multilatéralisme face au défi commun symbolisé par ce virus transnational, voire pour le réformer en faisant référence à 1945. L’épidémie est tour à tour considérée comme un stress test (vocabulaire issu de la crise économique de 2008) pour la gouvernance globale et comme un wake-up call pour fortifier ses institutions et accroître la coopération. La victoire du virus serait de tuer la coopération, sa défaite pourrait être de pouvoir anticiper ensemble une autre épidémie[18]. Trump s’en prend de plus en plus violemment aux organisations internationales, dont la survie est désormais en jeu. Alors que l’ordre d’après-guerre avait été créé par la coopération entre grandes puissances et grâce à la volonté des États-Unis devenus première puissance du monde, le système est qualifié depuis plusieurs années d’apolaire ou de zéro-polaire. Or toutes les puissances semblent sortir perdantes de la crise, États-Unis, Chine, Union européenne, Chine, Russie ou Inde. À court terme, dans les ruines, il n’y aurait donc ni retour à la pax americana, ni pax sinica[19]. La crise serait la première d’un monde post-américain. L’absence de leadership américain pour y faire face est inédite[20]. Afin d’éviter que la Chine ne s’engouffre dans le vide, l’Union européenne est appelée par ses «  croyants  » à devenir la «  grande surprise géopolitique  », après sa résistance et sa libération. En réalité, c’est le retour du dilemme pointé par les néoconservateurs au début des années 2000 : l’alternative à l’empire américain serait un monde ordonné soit par des Nations unies ou une Union européenne inefficaces, soit par une Chine totalitaire et prédatrice[21].

Les appels ont été nombreux pour faire fonctionner le multilatéralisme face au défi commun symbolisé par ce virus transnational.

Autour de la guerre froide sino-américaine

La «  guerre  » contre la Covid-19 a semblé se muer, au mois de mai, en une nouvelle guerre froide sino-américaine, annoncée depuis de nombreuses années. En fait, les analogies n’ont pas manqué, et quelques comparaisons sont possibles.

Dans un premier temps, en février, l’épidémie, qui semblait limitée à la Chine, était annoncée comme un Tchernobyl pour le régime. Comme en Union soviétique après 1986, les mensonges du pouvoir et sa gestion chaotique entraîneraient sa chute ; on a guetté aussi les possibles luttes entre factions, d’autant que la légitimité du régime ne pourrait que souffrir des difficultés économiques et du chômage. Néanmoins, outre qu’il ne faut pas exagérer l’effet Tchernobyl sur l’effondrement de l’Union soviétique, le régime depuis 1989 est obsédé par le précédent des pays de l’Est et de l’Union soviétique, et s’efforce donc de préserver la colonne vertébrale du Parti, de mener des réformes économiques contrôlées, de ne pas laisser s’épanouir les «  séparatismes  » et de limiter l’influence des idées extérieures accusées d’avoir provoqué une «  évolution pacifique  » des régimes communistes. Xi Jinping a donc insisté sur le leadership du Parti, l’ordre et l’unité. À la différence de Gorbatchev, il ne s’est pas lancé dans des réformes politiques ni dans des sommets diplomatiques avec Washington pour aller vers un monde sans armes nucléaires. Au contraire, Pékin modernise et augmente sans doute son arsenal, et ne compte pas se joindre à la reprise timide de discussions russo-américaines sur le contrôle des armements. En parallèle, c’est le système même des États-Unis qui semble délégitimé, à cause d’une crise soudaine qui montre son inefficacité, ses problèmes structurels et des dépenses militaires excessives – là aussi au moment d’un retrait peu glorieux d’Afghanistan. À l’heure des mouvements antiracistes, ce sont les États-Unis qui semblent connaître une glasnost, mettant à bas les prétendues vérités de l’histoire et de l’idéologie américaines, et révélant leurs victimes.

À l’heure des mouvements antiracistes, ce sont les États-Unis qui semblent connaître une glasnost.

Le régime chinois a considéré que la crise avait été un test majeur, passé avec succès. Le temps est à l’autosatisfaction et à profiter de cette nouvelle «  énergie positive  ». Pékin vante sa coopération avec l’Organisation mondiale de la santé, l’aide apportée à cent cinquante pays et l’admiration du monde (notamment en Afrique) pour son «  livre blanc  » pour lutter contre l’épidémie. Le succès de la «  marque  » Chine serait un succès du communisme à la chinoise. Les difficultés de l’Europe de l’Ouest et des États-Unis prouveraient que la trajectoire de l’histoire mène bien au succès du communisme.

Dès lors, la crise de la Covid-19 serait à la fois le moment Suez et le moment Spoutnik. La référence à Suez renvoie d’une part au passage de relais entre la puissance britannique et la puissance des États-Unis, et donc désormais entre les États-Unis et la Chine[22], et d’autre part à l’opportunité saisie par la Chine de mettre fin aux manifestations et au statut spécial de Hong Kong en profitant d’une crise ailleurs, comme les Soviétiques ont réprimé le soulèvement hongrois pendant que le monde avait les yeux fixés sur le Proche-Orient. La référence au Spoutnik permet de rappeler comment, en 1957, l’Union soviétique a semblé dépasser les capacités scientifiques et techniques des États-Unis. Par son efficacité et ses progrès scientifiques, la Chine aurait ainsi, sans affrontement, pris le pas sur les États-Unis. Toutefois, la crise de Suez est bien plus complexe, et les États-Unis étaient dans les années 1960 en tête dans la course aux missiles et à la Lune. La course au vaccin risque toutefois de s’apparenter à la course à la Lune, symbole de puissance. En revanche, les stratèges craignent qu’une Chine euphorique s’embarque dans des provocations et des crises, comme l’Union soviétique de Khrouchtchev depuis l’ultimatum sur Berlin de 1958 à la crise de Cuba en 1962. D’où l’alarmisme sur les incidents en mer de Chine du Sud, près de Taïwan et aux frontières avec l’Inde, en se rappelant les deux crises sur Taïwan (1954-1955 et 1958) et la guerre sino-indienne de 1962. En Chine même, des voix se font entendre pour prôner la patience et rappeler que les États-Unis restent bien plus puissants que la Chine.

Le triomphalisme de la Chine ayant suscité des réactions, celle-ci s’est lancée dans des campagnes médiatiques agressives. La comparaison a été faite avec 1989-1990, après la répression de juin 1989, notamment place Tiananmen, que Pékin a vécu comme une attaque coordonnée contre le régime. Dans un contexte de «  retour de bâton  », lequel avait commencé avant même la crise[23], la Chine s’est retrouvée sur le banc des accusés et a donc vilipendé la «  politisation  » de l’épidémie, qu’elle avait elle-même pratiquée avec sa «  diplomatie des masques  ». Les succès de la démocratique République de Chine (Taïwan) dans la lutte contre l’épidémie et sa diplomatie publique dynamique ont rajouté à l’affront. La loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, mettant de facto fin au «  un pays, deux systèmes  », apparaît comme un moyen d’en finir avec le «  maillon faible  » de la sécurité du régime, par lequel passeraient les «  virus politiques  » venus d’Occident. Si le régime reparle de cet «  incident  » du 4 juin, c’est qu’il valide sa stratégie de répression au vu des manifestations et émeutes aux États-Unis, notamment à Washington. Quitte à faire oublier le racisme subi par de nombreux Noirs dans le sud de la Chine durant l’épidémie. Les images des États-Unis permettent de faire contrepoint au narratif des violences des manifestants de Hong Kong.

Satisfaction d’avoir remporté la guerre (populaire) contre l’épidémie, optimisme à long terme, paranoïa à l’encontre d’ennemis qui voudraient voler au régime sa victoire : c’est un cocktail qui rappelle le début de 1946. Loin d’être expansionniste, Staline voulait alors remettre de l’ordre dans le pays après le relâchement idéologique et les contacts avec l’Occident durant la Grande Guerre patriotique, et s’assurer définitivement des territoires obtenus, où des résistances se poursuivaient. De même que l’Urss se crispait et se recroquevillait, Xi Jinping resserre les vis du régime, ne construit pas un rideau de fer mais un firewall pour Internet, et verrouille la souveraineté territoriale à Hong Kong, en mer de Chine du Sud et dans l’Himalaya. Il est même accusé d’utiliser la «  tactique du salami  » sur ces différents territoires (jusqu’à Taïwan), comme les communistes en Europe de l’Est après 1945, pour faire disparaître l’opposition. Avant même la crise de la Covid-19, le découplage économique était pensé à Pékin comme à Washington, notamment pour planifier l’indépendance technologique, voire des « sphères d’influence technologiques[24] ». Cela rappelle le déclin des échanges Est-Ouest après 1945. Vue de l’Ouest, Hong Kong semble devenir le nouveau Berlin-Ouest, symbole de la liberté à défendre. Comme Churchill et son discours sur le rideau de fer (mars 1946), nombreux sont ceux qui dénoncent le comportement de la Chine et appellent à s’unir face à elle. Nombreux aussi sont ceux qui prétendent être les nouveaux Kennan, évaluant la logique du comportement de la Chine et définissant la Grande Stratégie victorieuse comme l’aurait été celle suggérée dans le Long Telegram de février 1946. Trump semble utiliser la menace chinoise pour se faire réélire, comme Truman en 1948.

Vue de Washington, la Chine aujourd’hui, comme l’Union soviétique de 1946, ne se contente pas de s’assurer que ce qu’elle estime être à elle le restera. Elle semble tester jusqu’où elle peut aller sur ses marges sans braquer l’Inde, les pays d’Asie du Sud-Est, Taïwan, le Japon, mais aussi les États-Unis. Reste à savoir comment des puissances vont réagir et si, comme Staline lors de la crise iranienne de 1946, Xi Jinping acceptera de reculer. Mais il n’est pas certain que ce soit l’issue de la crise sino-indienne aux frontières.

La dernière analogie de guerre froide est un mélange des années 1960 et 1970. La Chine semble revenir à la propagande des années 1960, lorsque le maoïsme se déclarait solidaire des révolutionnaires du monde entier, de la lutte des Noirs aux États-Unis et des peuples du tiers-monde opprimés par l’impérialisme, principalement américain. Il faut toujours rappeler que la Chine était davantage un adversaire pour les États-Unis que l’Union soviétique. Pékin regardait avec attention les émeutes noires aux États-Unis et y voyait l’influence de Mao. En effet, celui-ci était le héros du fondateur des Black Panthers, Huey Newton. L’organisation vendait des exemplaires du Petit Livre rouge pour gagner de l’argent qui servait à acheter des armes. Aujourd’hui néanmoins, ce sont les États-Unis qui semblent secoués par une «  révolution culturelle  ».

Les difficultés américaines actuelles amènent également à des comparaisons avec les longues années 1970 (post-68) : crise de la présidence impériale aux États-Unis (la classique comparaison Trump/Nixon), défaites militaires (hier le Vietnam, aujourd’hui l’Irak et l’Afghanistan) et sur-expansion impériale, difficultés économiques (hier monétaires, aujourd’hui commerciales), tensions raciales. La Chine aujourd’hui, comme l’Union soviétique hier, semble tirer bénéfice de la situation, en lançant sa marine sur toutes les mers, en se créant une clientèle globale, en dénonçant l’échec du modèle américain et en accroissant son influence dans le tiers-monde. Comme dans les années 1970, les États-Unis critiquent, voire quittent, des organisations internationales qu’ils jugent idéologiquement orientées et hostiles à l’Occident. Toutefois, les années 1970 ont préparé un rebond de la puissance américaine.

Autour du 11-Septembre

L’écriture de l’histoire du xxie siècle est déjà en cours. Le lien est fait entre une succession de crises (crise sécuritaire avec les attentats du 11-Septembre, crise économique en 2008 et crise sanitaire en 2020, voire crise migratoire de 2015 et «  crise géopolitique  » de 2013-2016 avec l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir, la crise ukrainienne, le vote du Brexit et l’élection de Trump), comme au début du xxe siècle (1914, 1929, 1937-1939). Les années 2001, 2008 et désormais 2020 ont été tour à tour déclarées fin du xxe et début du xxie siècles. Le 11-Septembre sert davantage que 2008 de point de référence.

Comme pour 2001 et 2008, il y a eu défaut d’anticipation. On pointe du doigt l’échec du renseignement[25], et on recherche a posteriori tous les signaux qui auraient dû pousser les gouvernements à être prêts. Le risque aurait été sous-estimé, même s’il est facile de trouver dans des documents stratégiques, ou de prévision, la pandémie parmi les menaces et risques possibles. La crainte du bioterrorisme l’aurait emporté, à cause justement de vingt ans de fixation sur le risque terroriste. En même temps, comme pour le terrorisme, il est répondu aux «  y avait qu’à  » qu’il y eut de nombreuses crises épidémiologiques pour lesquels les États furent trop alarmistes (sans compter l’effet persistant du non-bug de l’an 2000), qu’il y avait une «  fatigue des signaux  », qu’il est difficile de distinguer le signal du bruit dans la masse de renseignements et qu’il peut y avoir des erreurs malgré un système global de surveillance face aux épidémies qui a énormément progressé[26]. De nouveau, on relit les auteurs de science-fiction et les scripts de films catastrophe, et on fait appel aux scénaristes de Hollywood. De nouveau, des théories du complot, pointant des agendas cachés et des mensonges d’État, se sont diffusées. De nouveau, le sur-alarmisme succède à la sous-évaluation du risque, d’autant que la recherche des responsabilités pénales crée une pression nouvelle ; de nouveau, on oublie les prévisions catastrophiques qui ne sont pas devenues réalité.

De nouveau, on débat de la pertinence de l’utilisation du terme «  guerre  » pour mobiliser, cette fois-ci contre l’épidémie et non plus contre le terrorisme. Le vocabulaire de l’éradication semble de nouveau un vœu pieux. Le terrorisme était déjà comparé à un virus, mutant sans cesse, au moment où le monde constatait que les épidémies et maladies qu’on croyait vaincues, comme la tuberculose, réapparaissaient. Une partie de la gauche refusait le principe de précaution dans la lutte contre le terrorisme mais l’exigeait pour les industries et les grands travaux ; elle est mal à l’aise avec l’état d’urgence sanitaire, mais réclame un état d’urgence écologique.

De nouveau, les États-Unis semblent castrés, eux dont les dépenses de santé caracolaient en tête et qui ont dû faire revenir d’urgence un porte-avions (comme la France) à cause de l’infection d’un grand nombre de marins. Dans la réponse, les postures hypermasculines comme celle de Bush en 2003 ne font toutefois pas recette. Poutine s’est fait discret. Les «  succès  » semblent provenir des dirigeantes femmes (Taïwan, Allemagne, Nouvelle-Zélande[27]…), tandis que les soignantes et le care ont été loués. Cette fois-ci, c’est moins la frappe elle-même que la gestion et les conséquences de la crise qui alimentent l’anti-américanisme dans le monde. Après le 11-Septembre, la question était Why do they hate us?, et les études sur l’anti-américanisme se sont multipliées. Or la dégradation mondiale de l’image des États-Unis avait commencé avec l’élection de Trump et s’accentue avec la crise. Les plus optimistes espèrent que les manifestations pour exiger davantage de justice sociale et raciale créeront un nouveau vent d’admiration à l’égard des États-Unis et redonneront au pays son rôle de phare pour changer le monde[28]. Le « Nous sommes tous Américains » ne viendrait pas cette fois en solidarité à une attaque externe, mais d’un mouvement de transformation interne des États-Unis. Le Bien viendrait cette fois de la bonne réaction à cette attaque, alors que la réaction belliciste au 11-Septembre a gaspillé les sympathies à l’égard des États-Unis.

En 2000, les Républicains voulaient recentrer la stratégie américaine sur les peer competitors, Russie et Chine. Le 11-Septembre est advenu, transformant les priorités de la Maison Blanche. La stratégie américaine de 2017 était focalisée sur la compétition entre grandes puissances. Cette fois, la crise de la Covid-19 n’a pas changé la focale, puisqu’elle a mené à plus de mobilisation contre la Chine. En 2003, l’administration Bush avait attaqué l’Irak dans le sillage du 11-Septembre ; l’administration Trump semble utiliser le choc de la Covid-19 pour entrer vraiment dans une logique d’affrontement avec la Chine. Les laboratoires de Wuhan semblent une répétition des armes de destruction massive de Saddam Hussein ou des liens de Bagdad avec les auteurs du 11-Septembre. La géopolitique permet de masquer les traumatismes et les échecs, de la gestion de l’épidémie comme de l’anticipation terroriste. Les États-Unis se sont épuisés dans les guerres après le 11-Septembre, et c’est la Chine qui en a profité, comme elle semble profiter de cette guerre contre la Covid-19.

De nouveau, la définition de la sécurité est élargie, à l’échelle personnelle et globale, au-delà de la traditionnelle défense nationale, et l’extrême porosité entre sécurité interne et externe est plus encore démontrée. De nouveau, la résilience est invoquée. Comme après 2001, le débat porte sur les équilibres et les contradictions entre sécurité et liberté. Que Richard Reid en décembre 2001 ait caché de l’explosif dans sa chaussure, et des centaines de millions de passagers ont enlevé leurs chaussures à la sécurité des aéroports. Loin des clusters touchés par la Covid-19, des centaines de millions d’individus ont cessé de se serrer la main, voire de sortir, et ont dû porter des masques. Le 11-Septembre et la Covid-19 ont rompu avec les deux logiques qui éloignaient le risque physique : la dissuasion nucléaire et le « militarisme de spectateur sportif[29] », fait de frappes ciblées, de drones armés et d’opérations des forces spéciales, sur des théâtres lointains mais disponibles dans des reportages et des jeux vidéo. Désormais, le risque d’être tué semble partout, sous un coup de couteau ou un postillon, le pire de l’individualisation et de la miniaturisation du «  tuer  » étant depuis longtemps annoncé[30].

Les exigences de sécurité sont interprétées comme des moyens de contrôler, surveiller et faire obéir, face autoritaire du néolibéralisme économique mais aussi du méliorisme hygiéniste. La demande est de zéro risque et zéro surveillance pour soi (mais 100 % pour les autres) et 100 % de liberté. La crise semble « accélérer l’avènement d’un capitalisme de surveillance fondé sur l’extraction continue des données personnelles et collectives[31] ». Se mêlent société de la vigilance et de la méfiance à la base, et société de défiance à l’égard d’un État qui n’assure pas une illusoire sécurité absolue.

Les exigences de sécurité sont interprétées comme des moyens de contrôler, surveiller et faire obéir, face autoritaire du néolibéralisme économique mais aussi du méliorisme hygiéniste.

À côté du dilemme sécurité/liberté, les libéraux portent le dilemme sécurité/prospérité. D’un point de vue politique, les individus auraient trop sacrifié leur liberté à la sécurité par le confinement. D’un point de vue économique, ce confinement aurait excessivement privilégié la sécurité, au risque de ruiner l’économie, et donc de menacer la sécurité des jeunes générations. La discussion avait déjà eu lieu pour la lutte contre le terrorisme qui, aux États-Unis, a coûté plusieurs milliers de milliards de dollars, alors que le risque de mourir d’un attentat terrorisme est plus faible encore que de mourir dans sa baignoire et qu’on ne combat pas assez la mortalité par accident de la route, armes à feu, suicide, overdose ou cancer[32]. Durant la crise de la Covid-19, on a estimé que la pollution tuait quatre millions de personnes dans le monde chaque année, sans générer d’état d’urgence. Comme pour la lutte contre le terrorisme, la question posée est donc bien celle du coût de la vie individuelle[33]. Ce sont les coûts économiques et de liberté politique qui rendent difficilement audibles les collapsologues qui, eux aussi, voient dans cette Covid-19 un wake-up call, pour mettre à bas un système qui s’illusionnerait une nouvelle fois sur son apparente résilience au stress test de la Covid-19.

 

[1] - Alexandre Lafon, «  La (Grande) Guerre sanitaire  », Historiens & Géographes, no 450, mai 2020.

[2] - Voir Laura Spinney, La Grande Tueuse. Comment la grippe espagnole a changé le monde, trad. par Patrizia Sirignano, Paris, Albin Michel, 2018 ; Freddy Vinet, La Grande Grippe. 1918. La pire épidémie du siècle, Paris, Vendémiaire, 2018.

[3] - The Economist, 24 janvier 2019.

[4] - Thomas L. Friedman, “How we broke the world. Greed and globalization set us up for disaster”, New York Times, 30 mai 2020.

[5] - Gideon Rose, “What’s inside”, Foreign Affairs, juillet-août 2020.

[6] - Voir Paul Kennedy, Le Grand Tournant. Pourquoi les Alliés ont gagné la guerre, 1943-1945, trad. par Antoine Bourguilleau, Paris, Perrin, 2012.

[7] - Voir Hillary Briffa, “1919: Repression, riots and revolution”, Imperial & Global Forum, 9 juin 2020.

[8] - Voir François de Closets, «  Le premier enseignement de la pandémie, c’est la supériorité de l’Orient sur l’Occident  », Le Figaro, 27 mars 2020 ; Éric Zemmour, «  Ce virus qui montre la force de l’Asie et souligne le déclassement de l’Europe  », Le Figaro, 27 mars 2020.

[9] - Sondages de l’université de Boston publiés le 5 juin 2020 (www.bu.edu).

[10] - Voir les contributions essentielles de deux grands historiens : Richard Overy, “Why the cruel myth of the ‘blitz spirit’ is no model for how to fight coronavirus”, The Guardian, 19 mars 2020 ; David Edgerton, “Why the coronavirus crisis should not be compared to the Second World War”, New Statesman, 3 avril 2020.

[11] - Norimitsu Onishi, “Its defenses undone by a virus, France seeks lessons from a lost war”, The New York Times, 9 juin 2020.

[12] - Philippe de Villiers, Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au Nouveau Monde, Paris, Fayard, 2020.

[13] - Entretien avec François Ruffin, «  L’écologie, c’est du conflit de classes, pas du consensus  », Marianne, 9 juin 2020.

[14] - Entretien avec Bernard-Henri Lévy, «  Ce qui m’a frappé, c’est notre incroyable docilité  », Le Point, 2 juin 2020.

[15] - Voir Hew Strachan, “Essay and reflection: On total war and modern war”, The International History Review, vol. 22, no 2, juin 2000.

[16] - Voir Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques, Paris, Seuil, 1986.

[17] - Voir Michaela Wiegel, »Frankreichs Deutschland-Komplex« , Frankfurter Allgemeine Zeitung, 12 juin 2020.

[18] - Voir Yuval Noah Harari, «  Le véritable antidote à l’épidémie n’est pas le repli, mais la coopération  », Le Monde, 5 avril 2020.

[19] - Voir Kevin Rudd, “The coming post-Covid anarchy”, Foreign Affairs, 6 mai 2020 et “Who runs the world? As America gets tired, China gets busy”, The Economist, 18 juin 2020.

[20] - Voir l’entretien avec Thomas Gomart, «  La crise due au coronavirus est la première d’un monde post-américain  », Le Monde, 8 avril 2020.

[21] - Voir Niall Ferguson, “A world without power”, Foreign Policy, no 143, juillet-août 2004.

[22] - Voir Kurt Campbell et Rush Doshi, “The coronavirus could reshape global order”, Foreign Affairs, 18 mars 2020.

[23] - Voir Richard McGregor, Xi Jinping: The Backlash, Sidney, Penguin & Lowy Institute, 2019.

[24] - Valentin Weber, “Making sense of technological spheres of influence”, LSE Ideas, 31 mars 2020.

[25] - Voir Micah Zenko, “The coronavirus is the worst intelligence failure in US history, ” Foreign Policy, 25 mars 2020.

[26] - Voir Ursula Jasper, “The anticipative medicalization of life. Governing future risk and uncertainty in (global) health”, dans Andreas Wenger, Ursula Jasper et Myriam Dunn Cavelty (sous la dir. de), The Politics and Science of Prevision: Governing and Probing the Future, New York, Routledge, 2020.

[27] - Voir Amanda Taub, “Why are women-led nations doing better with Covid-19?”, The New York Times, 15 mai 2020 ; Nicholas Kristof, “What the pandemic reveals about the male ego”, The New York Times, 13 juin 2020.

[28] - Voir Chris Murphy, “A new civil rights movement is a foreign policy win”, Foreign Affairs, 12 juin 2020.

[29] - Concept inventé par Michael Mann en 1987 et théorisé par Colin McInnes, Spectator-Sport War: The West and Contemporary Conflict, Boulder, Lynn Rienner, 2002.

[30] - Voir Benjamin Wittes et Gabriella Blum, The Future of Violence: Robots and Germs, Hackers and Drones – Confronting the New Age of Threat, New York, Basic Books, 2015.

[31] - Thomas Gomart, «  Le Covid-19 et la fin de l’innocence technologique  », Politique étrangère, vol. 85, no 2, été 2020.

[32] - Voir John Mueller et Mark Stewart. Chasing Ghosts: The Policing of Terrorism, Oxford, Oxford University Press, 2015.

[33] - Voir Ariel Colonomos, Un prix à la vie. Le défi politique de la juste mesure, Paris, Presses universitaires de France, 2020.

Pierre Grosser

Professeur d'histoire à Sciences Po, son livre 1989, l'année où le monde a basculé (Perrin, 1989), est désormais disponible en poche avec une postface inédite.

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