Photo : Camila Quintero Franco
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Le fou : un personnage conceptuel ? Entretien avec Pierre-Henri Castel

La philosophie, depuis les années 1960, s’est saisie de la folie pour en faire un objet de connaissance de la condition humaine. Elle a également contribué à la transformation de la psychiatrie. Qu’en est-il aujourd’hui, quand le « fou » semble passé du domaine de la philosophie et de la littérature à celui des neurosciences, quand on « biologise » la folie, jusque dans son traitement judiciaire ?

Esprit – Dès l’après-guerre, la figure du « fou » apparaît, avec celles de l’« enfant » et du « sauvage », comme une nouvelle ressource théorique de la philosophie française. On s’y réfère (par exemple Merleau-Ponty dans la Phénoménologie de la perception) pour décrire un autre rapport au monde que celui établi par la raison. Comment expliquer ce recours symbolique dans la période qui suit la Seconde Guerre mondiale ? En quoi la folie permet-elle de déplacer les frontières du normal ou du rationnel pour mettre en scène une vérité inédite ?

Pierre-Henri Castel – Sur cette question, il me semble que la philosophie française s’est structurée d’une manière tout à fait spécifique. D’une part, depuis Descartes, elle a un rapport constitutif à la raison comme exclusion de la déraison. La conscience de soi cartésienne se constitue, dans le cheminement des Méditations métaphysiques et à travers l’expérience du doute, comme une entité rationnelle et transparente à soi par exclusion des éléments

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Pierre-Henri Castel

Agrégé de philosophie, docteur en philosophie et docteur en psychologie clinique et pathologique, il est directeur de recherche au CNRS.

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