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L’immatérialité de l’information

Le mythe de l’immatérialité de l’information occulte la réalité de l’infrastructure physique et des effets environnementaux de nos vies numériques. En nous persuadant que les algorithmes décident de l’avenir de nos sociétés, il verrouille notre imaginaire politique.

Lors de la préparation de l’exposition Les Immatériaux, qui s’est ouverte en mars 1985 au Centre Georges-Pompidou à Paris, le philosophe Jean-Francois Lyotard et l’artiste Thierry Chaput ont invité un certain nombre d’écrivains, de scientifiques, d’artistes, de philosophes et de linguistes à prendre part à une expérience d’écriture. L’objectif était de voir comment les nouvelles machines de l’information allaient influencer leur pensée. Chacun des vingt-six participants disposait chez lui d’un Olivetti M20 équipé d’un double lecteur de disquettes et d’un modem téléphonique le connectant à l’Olivetti M24 du Centre Pompidou où leurs textes étaient stockés sur une mémoire centrale. Ces auteurs étaient censés commenter un lexique de cinquante mots considérés par les commissaires-expérimentateurs comme relevant de l’immatériel. Cette liste de mots, rangés par ordre alphabétique, comprenait des termes tels que « artificiel », « auteur », « capture », « code », « dématérialisation », « droit », « espace », « prothè

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Roar Hostaker

Professeur de sociologie à l’université des sciences appliquées de Norvège intérieure, Roar Hostaker est notamment l’auteur de A Different Society Altogether: What Sociology Can Learn from Deleuze, Guattari, and Latour (Cambridge Scholar Publishing, 2014).

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Nos attentes à l’égard de la littérature ont changé. Autant qu’une expérience esthétique, nous y cherchons aujourd’hui des ressources pour comprendre le monde contemporain, voire le transformer. En témoigne l’importance prise par les enjeux d’écologie, de féminisme ou de dénonciation des inégalités dans la littérature de ce début du XXIe siècle, qui prend des formes renouvelées : le « roman à thèse » laisse volontiers place à une littérature de témoignage ou d’enquête. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Alexandre Gefen, explore cette réarticulation de la littérature avec les questions morales et politiques, qui interroge à la fois le statut de l’écrivain aujourd’hui, les frontières de la littérature, la manière dont nous en jugeons et ce que nous en attendons. Avec des textes de Felwine Sarr, Gisèle Sapiro, Jean-Claude Pinson, Alice Zeniter, François Bon.