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Fidelio, op. 72, opéra de Ludwig van Beethoven | (Berlin Opera) The Victrola book of the opera, 1917
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L’avenir du libéralisme

Menacés de toutes parts par la montée des autoritarismes, les libéraux doivent refonder leur corps de doctrine autour d’un socle commun, soucieux de défendre la liberté et la solidarité, de lutter contre les inégalités et les concentrations de pouvoir, de réveiller les imaginaires politiques et le sentiment d’appartenance, de redistribuer le respect entre les peuples. Un nouveau libéralisme reste à inventer.

Les penseurs n’ont fait qu’interpréter les échecs du libéralisme de diverses manières ; ce qui importe, c’est de le transformer. La force du libéralisme, c’est de se critiquer lui-même. L’abondance même de livres diagnostiquant sa mort prouve qu’il est toujours bien vivant. Mais il nous faut désormais passer de l’analyse aux remèdes.

Il y a urgence. La victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine entrouvre la porte à un renouveau libéral, mais il reste que plus de soixante-dix millions d’Américains ont voté pour Donald Trump. En Grande-Bretagne, un gouvernement conservateur et populiste fait face à un Parti travailliste avec un nouveau dirigeant libéral de gauche, Keir Starmer. En France, Marine Le Pen continue de poser une sérieuse menace au principal réformateur du libéralisme en Europe, Emmanuel Macron. Avec la Hongrie, l’Union européenne doit composer avec un État membre de plus en plus « illibéral » et antidémocratique. Les conséquences économiques vraisemblables de l’épidémie (le chômage, la précarité, l’explosion de la dette publique et peut-être de l’inflation) viendront sans doute alimenter une seconde vague de populisme. La Chine, déjà une superpuissance, sort renforcée de la crise. Son modèle de développement autoritaire représente un défi pour le capitalisme démocratique et libéral. Pour la première fois dans ce siècle, parmi les pays de plus d’un million d’habitants, il y a désormais moins de démocraties que de régimes non démocratiques.

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Timothy Garton Ash

Historien, journaliste et essayiste britannique, Timothy Garton Ash est professeur en études européennes à l'Université d'Oxford. Il a reçu en 2017 le Prix Charlemagne. Il est notamment l'auteur de Free Speech : Ten principles for a connected world (Yale University Press, 2016) et The File : a personal history (Atlantic Books, 2009).…

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Force structurante de notre modernité, le libéralisme concentre ces dernières années toutes les critiques. Mais lorsque certains fustigent la société du tout marché, l’individualisme et l’égoïsme contemporains, l’élitisme, les inégalités ou l’autoritarisme, est-ce bien à l’idée libérale qu’ils en ont ? La démocratie peut-elle se passer du libéralisme ? C’est à ces questions que s’attache ce dossier, coordonné par Anne-Lorraine Bujon. Le libéralisme y apparaît d’abord comme une tradition plurielle, capable de se renouveler et de se combiner avec d’autres courants de pensée politique. Timothy Garton Ash le définit comme une méthode plutôt qu’un système : « une quête interminable pour déterminer le meilleur moyen de bien vivre ensemble dans les conditions de la liberté ». À quelles conditions, et dans quelles formes nouvelles peut-on défendre aujourd’hui l’idée libérale ? À lire aussi dans ce numéro : l’Allemagne après la réunification, les pays baltiques, la mémoire selon Ernest Pignon-Ernest, une lecture de Nœuds de vie de Julien Gracq, et la vie de Konrad von Moltke, le délégué de la nature.