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Fidelio, op. 72, opéra de Ludwig van Beethoven | (Berlin Opera)  The Victrola book of the opera, 1917
Fidelio, op. 72, opéra de Ludwig van Beethoven | (Berlin Opera) The Victrola book of the opera, 1917
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L’avenir du libéralisme

Menacés de toutes parts par la montée des autoritarismes, les libéraux doivent refonder leur corps de doctrine autour d’un socle commun, soucieux de défendre la liberté et la solidarité, de lutter contre les inégalités et les concentrations de pouvoir, de réveiller les imaginaires politiques et le sentiment d’appartenance, de redistribuer le respect entre les peuples. Un nouveau libéralisme reste à inventer.

Les penseurs n’ont fait qu’interpréter les échecs du libéralisme de diverses manières ; ce qui importe, c’est de le transformer. La force du libéralisme, c’est de se critiquer lui-même. L’abondance même de livres diagnostiquant sa mort prouve qu’il est toujours bien vivant. Mais il nous faut désormais passer de l’analyse aux remèdes.

Il y a urgence. La victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine entrouvre la porte à un renouveau libéral, mais il reste que plus de soixante-dix millions d’Américains ont voté pour Donald Trump. En Grande-Bretagne, un gouvernement conservateur et populiste fait face à un Parti travailliste avec un nouveau dirigeant libéral de gauche, Keir Starmer. En France, Marine Le Pen continue de poser une sérieuse menace au principal réformateur du libéralisme en Europe, Emmanuel Macron. Avec la Hongrie, l’Union européenne doit composer avec un État membre de plus en plus « illibéral » et antidémocratique. Les conséquences économiques vraisemblables de l’épidémie (le chômage, la précarité, l’explosion de la dette publique et peut-être de l’inflation) viendront sans doute alimenter une seconde vague de populisme. La Chine, déjà une superpuissance, sort renforcée de la crise. Son modèle de développement autoritaire représente un défi pour le capitalisme démocratique et libéral. Pour la première fois dans ce siècle, parmi les pays de plus d’un million d’habitants, il y a désormais moins de démocraties que de régimes non démocratiques.

Un libéralisme rénové comprend trois volets. Le premier est la défense des valeurs et des institutions libérales traditionnelles, telles que la liberté d’expression et une justice indépendance, contre les menaces venant à la fois des populistes et des autoritaristes.

Le deuxième consiste à répondre aux principaux échecs de ce qui a passé pour du libéralisme ces trente dernières années – un libéralisme réduit à sa seule dimension économique, voire un fanatisme du marché qui a aussi peu de prise sur les réalités humaines que les dogmes du matérialisme dialectique ou de l’infaillibilité pontificale. Ces échecs ont poussé des millions d’électeurs à voter pour les populistes. Nous devons donc être à la fois sévères face au populisme et sévères face aux causes du populisme. Le troisième volet du triptyque exige que nous relevions, par des moyens libéraux, les défis mondiaux de notre temps : le changement climatique, l’épidémie et l’essor de la Chine. Ainsi, notre nouveau libéralisme doit regarder à la fois en arrière et en avant, à l’intérieur et à l’extérieur.

Les valeurs et les institutions libérales que nous défendons dans le premier volet sont bien connues, et essentielles à tout libéralisme digne de ce nom. Leur défense est un combat quotidien dans des pays comme la Pologne et l’Inde. La décapitation barbare d’un professeur français près de Paris nous rappelle que, même dans les sociétés libérales les plus anciennes, la liberté d’expression doit composer non seulement avec les interruptions du chahuteur mais aussi avec l’opposition du tueur. Comme le populisme a horreur du pluralisme, nos institutions pluralistes et la société civile doivent être renforcées, de même que l’indépendance et le pluralisme de nos médias doivent être garantis. Le refus de Trump de concéder l’élection et la tentative de Boris Johnson de proroger le Parlement en 2019 montrent que nous ne pouvons plus nous reposer sur les garde-fous inscrits dans ce que Tocqueville appelait « les mœurs ». Si certaines de ces menaces sont nouvelles, ces idées et ces institutions nous sont néanmoins familières, et la tâche de les défendre dans une période sombre compte parmi celles que les libéraux ont déjà assumées par le passé.

Les deuxième et troisième volets du triptyque exigent de nouvelles réflexions. Avant de les considérer, qu’on me permette de clarifier ce que j’entends par libéralisme.

Pas de libéralisme sans liberté

Le libéralisme est, selon l’éclairante formule de Judith Shklar, une « tradition de traditions 2 ». On peut légitimement intégrer à la famille libérale nombre de pratiques historiques, de groupes idéologiques et d’écrits philosophiques. Ils partagent tous un attachement central à la liberté individuelle. Au-delà, comme l’a montré John Gray, le libéralisme comprend des éléments d’individualisme, de progressisme, d’égalitarisme et d’universalisme3, avec des définitions, des proportions et des combinaisons cependant très diverses.

Depuis les années 1930, on a employé le mot « libéral » de façon plus souple comme un adjectif dans des formules comme « les démocraties libérales », « les sociétés libérales » et « l’ordre international libéral ». Le terme désigne alors ce qui distingue les démocraties libérales, à commencer par celles qui forment l’Occident transatlantique moderne, des régimes totalitaires, tels que l’Allemagne nazie et l’Union soviétique, puis des régimes autoritaires, comme la Chine de Xi Jinping et la Russie de Vladimir Poutine. De même que la langue parlée par les Anglais devenait un dialecte d’elle-même au moment où l’anglais devenait un idiome mondial, le Libéralisme (avec une majuscule) des partis libéraux est devenu un dialecte d’une langue politique plus répandue, également parlée par des conservateurs, des catholiques, des socialistes et des communautaristes (libéraux).

Or les changements profonds qui sont nécessaires pour rénover les fondements des sociétés libérales requièrent une cohérence de mise en œuvre qui échappe à tout groupe pris isolément. Ainsi, une rénovation libérale exige un certain degré de consensus entre les partis, similaire à celui atteint en Europe de l’Ouest après 1945, quand les démocrates chrétiens ont contribué à la construction des États-providence.

Pourtant, le libéralisme ne supporte pas l’idée que tout le monde soit d’accord, puisque cela éliminerait la bataille des idées – qui lui est indispensable. Nous avons besoin d’un équilibre entre un consensus nécessaire et un conflit tout aussi essentiel.

Rien ne pourrait être plus absurde que de réduire le « libéralisme » à la théorie de John Rawls ou à la pratique de Goldman Sachs. Bien compris, le libéralisme offre l’histoire expérimentale extrêmement riche, longue de quatre siècles, d’une quête interminable pour déterminer le meilleur moyen pour diverses personnes – et divers peuples – de bien vivre ensemble dans les conditions de la liberté.

Égalité et solidarité

Si seulement nous avions écouté Pierre Hassner ! Déjà en 1991, ce brillant philosophe politique français né en Roumanie avertissait : autant nous pouvons célébrer le triomphe de la liberté à la fin de la guerre froide, autant nous devons nous souvenir que « l’humanité ne vit pas que de liberté et d’universalité, que les aspirations qui ont conduit au nationalisme et au socialisme, la recherche de la communauté et de l’identité et la recherche de l’égalité et de la solidarité reparaîtront toujours 4 ». À partir du cadre analytique de Hassner, on peut proposer à la fois un diagnostic de ce qui a mal tourné dans les démocraties libérales et une grande partie des remèdes qui en découlent. La communauté et l’identité sont des valeurs (et des besoins humains) souvent soulignés dans la pensée conservatrice, tandis que la tradition socialiste accorde une plus grande attention à l’égalité et à la solidarité. Dans l’esprit semi-ironique de l’essai du philosophe polonais Leszek Kołakowski, je propose que nous soyons conservateurs-socialistes-libéraux5.

Commençons par l’égalité et la solidarité. C’est un lieu commun que nous avons connu une augmentation tragique des inégalités dans de nombreuses sociétés développées. Pour diminuer l’inégalité des chances, à commencer par la possibilité fondamentale de continuer à vivre, les libéraux doivent lutter contre de multiples inégalités à la fois : évidemment celles qui concernent le patrimoine, la santé, l’éducation et la géographie, mais aussi entre les générations, et les inégalités moins visibles de pouvoir et de reconnaissance. Corriger ces multiples inégalités implique de soutenir des mesures plus radicales que celles que la plupart des libéraux ont été prêts à considérer au cours des trente années qui ont suivi 1989.

Une approche libérale ne commence pas par le plafond, mais par ce que Ralf Dahrendorf a appelé « le socle commun », celui depuis lequel chacun peut, par ses propres efforts et avec ses propres capacités, s’élever aussi haut que celui qui commence sa vie aux étages supérieurs6. Parmi les mesures qui peuvent être utiles, mentionnons un impôt négatif sur le revenu (comme Milton Friedman l’a proposé il y a longtemps), un patrimoine universel minimum, financé par les impôts (particulièrement désirable là où, comme en Grande Bretagne et en Amérique, les écarts se creusent de plus en plus en fonction de l’héritage, et non des revenus), et des services publics universels, tels que la santé, le logement et la sécurité sociale.

L’éducation est un facteur décisif de mobilité sociale ascendante. Les universités portent donc une grande responsabilité dans l’accès aux études supérieures, mais elles ne peuvent garantir la mobilité sociale à elles seules. Nous avons également besoin d’une école publique de qualité pour tous, dès la petite enfance, d’une meilleure formation professionnelle et, dans le contexte de la révolution numérique, d’une formation tout au long de la vie.

Redistribuer le respect

Au-delà de l’éducation, il existe un problème culturel plus large que l’on peut décrire comme une disparité d’estime. Les personnes sans éducation supérieure, qui vivent souvent dans des villes anciennement industrielles et désormais délabrées, se sont senties négligées, méprisées et ignorées par ceux que les populistes dénoncent comme les « élites libérales ». Le philosophe du droit Ronald Dworkin a montré qu’une communauté politique libérale doit « une même attention et un même respect » à chacun de ses membres7.

Une modification durable dans les attitudes est aussi importante que dans les politiques. Les populistes polonais n’ont pas tort de parler du besoin de « redistribuer le respect ». Dans les premiers mois de l’épidémie, il s’est produit quelque chose de cet ordre, dans la mesure où les médecins et les infirmières, mais aussi les soignants à domicile, les ambulanciers, les livreurs et les éboueurs ont été célébrés comme des « héros ». Mais déjà cette attention s’estompe.

Le libéralisme technocratique des dernières décennies a largement manqué d’un élément important : l’imagination libérale. Martha Nussbaum a souligné dans ses écrits le rôle de l’imagination « curieuse et empathique », assez agile pour « reconnaître l’humanité dans d’étranges costumes 8 ». C’est dans l’œuvre des poètes et des romanciers que cette imagination empathique est la plus riche. Dans son livre Bleak Liberalism, Amanda Anderson souligne la méditation émouvante de Charles Dickens, dans La Maison d’Âpre-Vent, sur la mort de l’éboueur Jo : « N’est-ce pas un sujet d’étonnement perpétuel que d’être secoué, poussé continuellement, de ne pouvoir s’arrêter nulle part sans qu’on vous dise de passer votre chemin, et de sentir qu’en effet on n’a aucun motif d’être là plutôt qu’ailleurs ; qu’on n’a d’affaires nulle part, qu’on existe pourtant d’une façon ou d’une autre, et qu’on est arrivé jusqu’à tel âge sans que personne vous ait jamais regardé 9 ? » Comme je voudrais la plume d’un Dickens d’aujourd’hui !

Les libéraux doivent rejoindre les conservateurs et les socialistes dans l’adhésion pleine et entière à la vertu de solidarité. Et nous devons comprendre que ses aspects émotionnels, culturels et subjectifs sont aussi importants que ses aspects plus objectifs, socio-économiques. Seule la prise en considération de l’ensemble de ces aspects permettra de créer un véritable « socle commun ».

Contrôler la « libéralocratie »

La méfiance à l’égard de toute concentration de pouvoir est un élément essentiel du libéralisme, qui voudrait que tout pouvoir soit limité, dispersé et rende des comptes. Mais au cours des dernières décennies, le libéralisme anglo-américain, tout en continuant de remettre en question la puissance publique avec vigueur, a été beaucoup trop indulgent avec le pouvoir privé.

Au cours des dernières décennies, le libéralisme a été beaucoup trop indulgent avec le pouvoir privé.

Nos sociétés sont tout entières marquées par le pouvoir extraordinaire d’individus et d’entreprises très riches, qu’il s’agisse de grandes banques, d’entreprises d’énergie, d’empires médiatiques comme celui de Rupert Murdoch, ou des géants numériques comme Amazon, Apple, Facebook et Google. L’effet pervers de l’entrée de libéraux, comme le couple Clinton ou Tony Blair, dans l’oligarchie de Davos est que le libéralisme en vient à être considéré comme l’idéologie des riches, des élites et des puissants. Dans son réquisitoire antilibéral Why Liberalism Failed, le catholique conservateur Patrick Deneen a forgé l’expression, commodément provocatrice, de « libéralocratie 10 ».

Des mesures concrètes pour lutter contre ces inégalités incluent la récupération des milliards de dollars cachés dans des paradis fiscaux ; un impôt sur le patrimoine ; un impôt plus important et levé plus efficacement sur les entreprises numériques comme Facebook ; et un impôt foncier, qui a le grand mérite de corriger les inégalités non seulement verticales mais aussi horizontales (géographiques). Nous pouvons également revenir à ce qui intéressait le plus John Stuart Mill dans le socialisme : accorder aux travailleurs une participation à l’entreprise dans laquelle ils travaillent et ainsi développer leur sentiment d’avoir une activité qui a du sens. D’autres éléments du « capitalisme des parties prenantes » permettraient de corriger l’obsession de la valeur actionnariale dans la vie économique anglaise et américaine.

La mondialisation a eu pour effet de renforcer le pouvoir du capital par rapport au travail dans les économies développées. Les syndicats, acteurs incontournables de la gauche, désormais quasi oubliés, doivent aussi faire partie de la réponse. Ensuite, nous avons besoin d’une nouvelle génération de lois sur la concurrence connues aux États-Unis comme antitrust. Les entreprises comme Google et Facebook sont des quasi-monopoles d’une ampleur inédite. Et, pour le dire clairement, des marchés régulés de manière appropriée restent une part indispensable de la constitution de la liberté.

Enfin, nous avons besoin d’un changement profond d’ethos – à la fois chez les riches et dans nos attitudes à l’égard des riches. Dans une leçon sur « le problème de la liberté », prononcée devant le Congrès international PEN en 1939, Thomas Mann a parlé du besoin d’une « limitation volontaire, d’une autodiscipline sociale de la liberté 11 ». Où peut-on trouver cette autodiscipline sociale aujourd’hui ?

Nous avons bien besoin d’une « redistribution du respect » : moins de respect pour le banquier Merdle, plus de respect pour l’éboueur Jo.

Désormais, les politiques (qui ont besoin d’argent pour mener leurs campagnes électorales), les fonctionnaires (qui cherchent un emploi après avoir pris leur retraite), les musées, les orchestres, les universités, les associations caritatives et même les organisations humanitaires font des courbettes, passent la pommade et flattent les riches de ce monde, chantant les louanges de leur admirable philanthropie. Dickens saisit cela encore mieux que quiconque, dans La Petite Dorrit, en décrivant la manière dont le beau monde de Londres s’abaisse devant le puissant financier Merdle. Certes, certains individus riches et puissants, comme George Soros, ont mérité notre estime. Mais de manière générale, nous avons bien besoin d’une « redistribution du respect » : moins de respect pour le banquier Merdle, plus de respect pour l’éboueur Jo.

Identité et communauté

Cela nous conduit aux deux autres valeurs que, selon Hassner, les libéraux risquent d’oublier : la communauté et l’identité. Le malheur qui s’est accumulé au cours des trois dernières décennies concerne en partie un déséquilibre général entre l’individu et la communauté, qui résulte d’un individualisme hypertrophié. Mais il concerne également les genres de communauté que les libéraux ont promus au détriment d’autres.

Tandis que nous avons, à juste titre, prêté attention à l’autre moitié du monde dans les décennies récentes, nous, libéraux cosmopolites, avons trop peu prêté attention à l’autre moitié de nos propres sociétés. Nous avons beaucoup parlé de « la communauté internationale », mais beaucoup moins des communautés nationales. En nous concentrant sur le désir légitime de diverses minorités de voir leurs identités complexes reconnues, nous avons échoué à voir à quel point ceux que les premiers adeptes du multiculturalisme pensaient appartenir à des majorités en sécurité se sentaient en réalité de plus en plus fragiles et menacés dans leur identité.

Nous avons également sous-estimé les effets traumatiques des changements terriblement rapides et profonds apportés à la vie quotidienne par la mondialisation et la libéralisation d’après 1989. En ce début du xxie siècle, le capitalisme financier mondialisé se rapproche plus que jamais de l’inoubliable description de Karl Marx : « Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d’idées antiques et vénérables, se dissolvent ; ceux qui les remplacent vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée 12… »

« Rien n’est si pénible à l’âme humaine qu’un grand changement soudain. » (Mary Shelley)

Alors qu’on envoie balader une si grande partie de ce qui leur est familier, les gens s’insurgent : « Assez ! Il y a trop de changement ! Ça va trop vite ! » Et ils ajoutent souvent une note mélancolique : « Je ne reconnais plus mon pays », sentiment que les populistes exploitent pour réorienter le mécontentement sur les migrants, insistant sur leurs différences culturelles, religieuses et ethniques. De tels sentiments sont puissants dans les pays d’Europe orientale et centrale, même si le véritable problème de ces pays est l’émigration de masse, et non l’immigration. Ceux qui se sont éloignés accusent les étrangers de leur propre éloignement. Même s’il y a manifestement des éléments importants de xénophobie et de racisme à l’œuvre, ces sentiments sont également enracinés dans une réaction plus large aux changements profonds et rapides qui affectent la vie des gens.

Nous, libéraux, avons négligé cette idée conservatrice fondamentale, résumée dans un vers de Mary Shelley : « Rien n’est si pénible à l’âme humaine qu’un grand changement soudain 13. » Le philosophe conservateur Roger Scruton a défini le conservatisme comme « la perspective politique qui provient d’un désir de conserver les choses existantes, tenues pour bonnes en elles-mêmes, ou meilleures que les alternatives possibles, ou du moins rassurantes, familières et objets de confiance et d’affection14  ». Quand c’est possible, nous devons donc ralentir le rythme du changement afin de le rendre supportable à la grande majorité, tout en maintenant l’orientation libérale générale. Cela implique, par exemple, de limiter l’immigration, de renforcer les frontières et le sentiment d’appartenance communautaire, ainsi que la confiance et la réciprocité au sein des communautés.

L’État-nation

Comme les brusques fermetures des frontières et les réponses des gouvernements nationaux à l’épidémie de Covid-19 l’ont à nouveau montré, la nation est tout simplement trop importante et possède un attrait émotionnel trop puissant pour être laissée aux nationalistes.

Bien avant que la vague populiste nous atteigne, le multiculturalisme libéral avait déjà commencé à s’éloigner des rives du relativisme moral et culturel – « le libéralisme pour les libéraux, le cannibalisme pour les cannibales », selon la fameuse formule provocatrice de Martin Hollis15 – dont il s’était dangereusement approché au tournant du siècle. Mais dans leur nécessaire critique de la « politique des identités », les libéraux doivent faire attention de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Le féminisme, préfiguré au xixe siècle par des libéraux comme Mill, sa partenaire Harriet Taylor et la romancière George Eliot, a plus récemment effectué l’un des plus grands progrès de l’histoire vers l’égale liberté pour tous. L’exploration des expériences, des besoins et des perspectives de toutes sortes de groupes sociaux, qu’ils soient ethniques, religieux, sexuels ou régionaux, nous permet de mieux articuler la liberté et la diversité dans des sociétés multiculturelles.

Les libéraux doivent donc insister sur le fait que l’identité n’est pas exclusive, mais plurielle. Nous, libéraux, ne défendons pas quelque fantasme cosmopolite de citoyens décontextualisés et d’« internetoyens » désincarnés, mais nous devons défendre le droit des individus à s’enraciner de plus d’une manière et dans plus d’un lieu.

Notre patriotisme libéral sera donc assez inclusif, ouvert et doué d’imagination empathique pour accueillir des citoyens avec des identités multiples. L’appartenance à la nation y est définie en termes politiques, et non en termes ethniques ou völkisch ; ce n’est pas une nation-État, en un sens restreint, mais un État-nation. Une telle conception ouverte, positive, chaleureuse de la nation peut satisfaire non seulement les exigences austères de la raison, mais aussi le profond besoin humain d’appartenance et l’impératif moral de solidarité. Alors que l’épidémie de Covid-19 a d’abord suscité une frénésie d’isolement national, elle nous a également révélé le meilleur de l’esprit communautaire et de la solidarité patriotique. Le patriotisme libéral est donc un élément essentiel d’un libéralisme rénové.

Le défi du global

Qu’est-ce que les libéraux ont à offrir à la majorité de l’humanité, qui n’a pas la chance de compter parmi les citoyens de pays comme la Grande-Bretagne, l’Amérique, l’Allemagne ou la Nouvelle-Zélande ? Cette question concerne aussi, dans une zone floue, les millions de personnes qui résident dans l’un de ces pays sans en avoir la citoyenneté. C’est une question à la fois morale et très concrète. Un certain universalisme est, comme John Gray l’a soutenu, un trait essentiel du libéralisme. Mais un handicap majeur du libéralisme contemporain est que, pendant des siècles, c’est l’impérialisme qui l’a diffusé dans le monde.

Le souvenir de l’oppression coloniale a été renforcé, de nos jours, par ce que l’on pourrait grossièrement appeler les guerres libérales de l’Occident en Afghanistan, en Libye et en Irak. Les motivations des acteurs historiques derrière ces guerres varient, et nombre d’entre elles n’ont rien de libéral, mais dans chaque cas, les interventions militaires étaient en partie justifiées par référence à des objectifs libéraux. Alors que, dans les cas du Kosovo ou de la Sierra Leone, ces derniers ont été partiellement atteints, ce n’est pas le cas pour l’Irak ou la Libye. L’enfer est pavé de bonnes intentions libérales.

Tirer les leçons de ces sinistres expériences n’implique pas d’abandonner l’aspiration universaliste à garantir aux autres les libertés dont nous jouissons, mais cela suppose à la fois un certain scepticisme quant à la possibilité d’atteindre des objectifs libéraux par des interventions armées et une ouverture postcoloniale aux priorités, valeurs et expériences d’autres cultures. Cela, ainsi que la prise de conscience brutale de la perte de puissance relative de l’Occident, invite à la modération quand les puissances libérales cherchent à transformer d’autres sociétés.

Cependant, même si on devait retenir la conception la plus égoïste et la plus étroite du nouveau libéralisme – celle qui ne défend la liberté qu’à l’intérieur des pays qui sont actuellement (plus ou moins) libres –, un tel programme échouerait, à moins de s’attaquer à certains problèmes très généraux en dehors de nos frontières.

L’expression « l’ordre international libéral » a eu cours au moment même où ce qu’il décrit était menacé. En nous rappelant le « désir de conserver les choses existantes, ou tenues pour bonnes en elles-mêmes, ou meilleures que les alternatives possibles » de Scruton, nous pouvons réfléchir au fait que les libéraux ont désormais une tâche essentiellement conservatrice : défendre les institutions et les pratiques de la coopération internationale construite depuis 1945.

Les libéraux ont désormais une tâche essentiellement conservatrice : défendre les institutions et les pratiques de la coopération internationale.

Pendant deux siècles, l’influence des idées libérales était – plus que nous souhaiterions le penser – associée à la domination occidentale. Désormais, l’influence du libéralisme s’efface à mesure que l’ordre du jour de la politique mondiale est de plus en plus fixé par des grandes puissances qui ne font pas partie de la définition traditionnelle de l’Occident ou par celles qui, comme la Russie, sont ambivalentes quant à leur appartenance à l’Occident. La Chine, de loin le plus important de ces États d’un point de vue stratégique, est déjà une superpuissance.

Les périodes d’essor ou de déclin relatifs des grandes puissances sont historiquement associées à des tensions accrues, et souvent à des guerres. Comment pouvons-nous traiter cette tension, conserver autant que possible de l’ordre international libéral et éviter la guerre ? L’influence chinoise atteint désormais le cœur des démocraties libérales : elle perturbe nos processus démocratiques et, grâce à son pouvoir financier et ses manœuvres d’intimidation, elle impose une autocensure aux journalistes et aux universitaires – un processus particulièrement tragique en Australie. Face à une telle influence, nous devons défendre, au cœur de nos sociétés, les valeurs libérales fondamentales, telles que la liberté d’expression et l’indépendance de la recherche et de l’enseignement.

La version inédite, léniniste-capitaliste, du développement autoritaire de la Chine est désormais un adversaire systémique de la démocratie libérale, comme les régimes communistes et fascistes l’ont été pendant une grande partie du xxe siècle. Ce modèle offre aux sociétés en voie de développement en Asie, en Afrique et en Amérique latine une autre voie d’entrée dans la modernité. La chose la plus importante que le monde libéral a faite pour l’emporter dans la guerre froide a été de rendre nos sociétés prospères, dynamiques et compétitives. Nous devons le faire à nouveau : persuader les autres que les sociétés libérales proposent une meilleure manière de vivre et rester fidèles à ceux qui, dans les sociétés qui ne sont pas libres, partagent nos valeurs. Mais soyons réalistes et reconnaissons que notre concurrence avec les régimes autoritaires va durer encore longtemps.

En effet, nous avons besoin de coopérer avec eux afin d’éviter la guerre, de vaincre l’épidémie et d’éliminer la menace qui définit l’anthropocène : le changement climatique. Le combat planétaire pour ralentir le réchauffement de la planète exige aussi que nous limitions le pouvoir des grandes entreprises qui exploitent le carbone, par des moyens qui vont du désinvestissement à la régulation. Mais ce n’est qu’un début. Nous avons également besoin d’une réduction drastique dans notre consommation générale de carbone – en ne comptant pas seulement nos propres émissions, mais aussi le carbone consommé par la production des produits importés. Cela coûtera très cher à nos modes de vie si nous ne prenons pas au sérieux les arguments en faveur de la justice historique et intergénérationnelle. Ainsi, le Nord, ayant déjà consommé une plus grande partie du capital écologique de la Terre, devrait payer plus que le Sud, et les générations présentes devraient faire des sacrifices au profit de ceux qui naîtront dans un monde qui subit les effets du réchauffement climatique.

Est-il possible de garantir de tels sacrifices par le consentement, au moyen de politiques démocratiques libérales ? Répondant à une question de mon équipe de recherche en 2020, plus de la moitié des jeunes Européens affirment, de manière surprenante, que les États autoritaires sont mieux à même de résoudre la crise climatique que les démocraties. Notre tâche est de leur montrer qu’ils ont tort.

Entretemps, le niveau de réchauffement déjà inévitable va nettement augmenter le nombre, déjà important, de candidats à la migration du Sud vers le Nord. Certaines démocraties libérales européennes bien établies ont été déstabilisées par les réactions à l’arrivée d’environ un million de migrants d’Afrique et du grand Moyen-Orient.

Rien de tout cela ne relève les libéraux de leur obligation d’accorder un traitement humain à tous ceux qui essaient désespérément d’entrer dans nos pays. Pas plus que cela ne les empêche de se demander ce que nous devrions faire pour cette majeure partie de l’humanité que nous n’allons pas laisser entrer dans nos pays. À tout le moins, nous devons faire plus d’efforts pour comprendre ce qui favorise vraiment le développement de ces pays, et comment nous pouvons y contribuer.

Le programme du nouveau libéralisme est encore plus exigeant à l’étranger qu’au niveau national. Le plus grand défi, néanmoins, est donc de conduire tout cela simultanément, en particulier quand il existe des tensions entre les réformes nécessaires des trois volets du triptyque. Comment, par exemple, peut-on empêcher le réchauffement climatique sans imposer de limitations sévères sur les libertés individuelles ? Comment peut-on répondre aux peurs concernant l’immigration tout en respectant les droits humains des migrants ? Comment peut-on défendre les droits des Hongkongais et des Taïwanais tout en promouvant la coopération avec la Chine pour lutter contre le changement climatique, l’épidémie et le désordre économique mondial ?

Vers un nouveau libéralisme

J’ai lu récemment un texte intéressant d’un auteur allemand, Arnold Ruge, intitulé « Autocritique du libéralisme16 ». Il a été publié en 1843. Le libéralisme ne date pas d’hier et l’autocritique est une de ses voies caractéristiques de rénovation. Même le terme de « nouveau libéralisme » est ancien. Il a connu un certain succès au début du xxe siècle pour décrire un courant de penseurs qui amélioraient le libéralisme en renforçant sa dimension sociale. Ce courant a précédé un tournant social-démocrate plus prononcé au sein du libéralisme, avec le New Deal de Franklin D. Roosevelt aux États-Unis et la construction des États-providence en Europe de l’Ouest après 1945. À partir des années 1980, nous avons ensuite connu un tournant néolibéral – c’est-à-dire un nouveau libéralisme –, en faveur des marchés libres et contre l’interventionnisme de l’État « socialiste ». Nous avons désormais besoin d’un nouveau « nouveau libéralisme ».

Je n’ai proposé ici que quelques notes en faveur de cette rénovation du libéralisme. Je ne prétends pas élaborer une théorie normative. Je ne propose pas non plus un programme politique complet. Il n’y a pas, nous dit Mill, « de nécessité d’une synthèse universelle 17 ». En réalité, la quête de panacées fait partie de la démesure rationaliste du libéralisme technocratique des trente dernières années. Ce dernier s’est trop éloigné de « l’ingénierie sociale fragmentaire » de Karl Popper 18. En effet, le libéralisme ne devrait jamais être un système clos mais une méthode ouverte, un mélange de réalisme fondé sur des preuves et d’aspiration morale, toujours prêt à apprendre des erreurs des autres et des siennes.

Ce nouveau libéralisme sera un pilier de la défense des principes au fondement du libéralisme, tels que les droits humains, l’État de droit et le gouvernement limité, et les libertés épistémiques d’expression et d’enquête qui sont indispensables au libéralisme comme méthode plutôt que comme système. Il sera expérimental, procédant par tâtonnements, curieux d’autres traditions, comme le conservatisme et le socialisme, et doué de l’imagination empathique dont nous avons besoin pour voir avec les yeux des autres. Il accordera de la valeur à l’intelligence émotionnelle ainsi qu’à l’intelligence scientifique. Et il reconnaîtra que dans de nombreux pays relativement libres, nous avons des régimes ploutocratiques et oligarchiques, dans lesquels les grandes entreprises ont mis la main sur l’État. Cela doit être brisé par des moyens démocratiques, si l’on ne veut pas que les procédures électorales de la démocratie continuent d’être exploitées afin de subvertir le libéralisme et que les populistes (parfois eux-mêmes des ploutocrates) soulèvent des foules mécontentes contre la « libéralocratie ».

Ce nouveau libéralisme restera universaliste, mais selon un universalisme mesuré et nuancé, à l’écoute d’une diversité de perspectives, de priorités et d’expériences de cultures et de pays en dehors de l’Occident historique, et conscient de la perte de puissance mondiale de l’Occident. Il restera individualiste, voué à accomplir la plus grande liberté de l’individu compatible avec la liberté des autres, mais selon un individualisme réaliste et contextuel. Le meilleur libéralisme a toujours compris que les êtres humains ne sont pas ce que Jeremy Waldron a appelé « les atomes qui se sont faits eux-mêmes du fantasme libéral 19  », mais vivent inscrits dans de multiples communautés qui répondent aux besoins psychologiques profonds d’appartenir et d’être reconnu. Ce nouveau libéralisme restera égalitaire, visant l’égalité des chances, mais en comprenant que les aspects culturels et socio-psychologiques de l’inégalité sont aussi importants que ses aspects économiques. Enfin, il restera progressiste, mais d’un progressisme historiquement informé et sceptique, reconnaissant que l’histoire est autant cyclique que linéaire et que le progrès humain est, au mieux, une tendance vers le haut, à l’image du tire-bouchon, avec des régressions sur le chemin.

Il reviendra aux grands écrivains et aux dirigeants doués pour les discours d’articuler tout cela dans un récit aux ressorts passionnels plus puissants que ceux avec lesquels de terribles simplificateurs démagogiques séduisent en ce moment des millions de mécontents. Ce sera un « libéralisme de la peur » (pour reprendre l’expression célèbre de Judith Shklar20) mais aussi un libéralisme de l’espoir. Comme une double hélice, la peur de la barbarie humaine, qui peut toujours revenir, sera entrelacée de l’espoir d’une civilisation humaine que nous avons en partie construite et que nous pouvons encore construire.

Les voix les plus passionnées en faveur de la liberté nous viennent, comme le chœur des prisonniers dans Fidelio de Beethoven, de ceux qui en sont privés.

Est-ce trop tard ? Et si l’influence du libéralisme était inexorablement en déclin, entraîné par celui de la puissance relative de l’Occident ? Et si l’antilibéral Deneen avait raison de se gausser d’une « expérience philosophique vieille de cinq cents ans qui a fait son temps 21 » ? À titre personnel, je préférerais couler avec le navire Liberté, actionnant les pompes dans la salle des machines tandis que nous tentons de le garder à flot. Mais au moment d’avaler ma dernière gorgée d’eau salée – glou, glou –, je me consolerai en réfléchissant à une dernière qualité surprenante de la Liberté. Peu après avoir coulé au fond des océans, le navire refait surface. Plus surprenant encore : il acquiert sa flottabilité précisément en coulant. Ce n’est pas un hasard si les voix les plus passionnées en faveur de la liberté nous viennent, comme le chœur des prisonniers dans Fidelio de Beethoven, de ceux qui en sont privés.

En effet, la liberté est comme la santé : on l’apprécie d’autant plus qu’on l’a perdue. Le meilleur moyen d’avancer, cependant, pour les sociétés libres comme pour les individus, c’est de rester en bonne santé.

Traduit de l’anglais par Jonathan Chalier

  • 1.Cet article a d’abord été publié, dans sa version complète, par la revue Prospect, en décembre 2020.
  • 2.Judith N. Shklar, Les Vices ordinaires [1984], trad. par Francine Chase, Paris, Presses universitaires de France, 1992.
  • 3.Voir John N. Gray, Liberalisms: Essays in Political Philosophy, New York, Routledge, 2000.
  • 4.Pierre Hassner, « L’Europe et le spectre des nationalismes », Esprit, octobre 1991.
  • 5.Leszek Kołakowski, « Comment être à la fois conservateur, libéral et socialiste », Commentaire, no 4, 1978 (repris aux Belles Lettres en 2017).
  • 6.Voir Ralf Dahrendorf, Life Chances: Approaches to Social and Political Theory, Chicago, University of Chicago Press, 1979.
  • 7.Ronald M. Dworkin, Prendre les droits au sérieux [1977], trad. par Marie-Jeanne Rossignol et Frédéric Limare, traduction révisée et présentée par Françoise Michaut, préface de Pierre Bouretz, Paris, Presses universitaires de France, 1995.
  • 8.Martha Nussbaum, L’Art d’être juste. L’imagination littéraire et la vie publique [1995], trad. par Solange Chavel, Castelnau-le-Lez, Climats, 2015.
  • 9.Charles Dickens, La Maison d’Âpre-Vent [Bleak House, 1853]. Récits pour Noël et autres, éd. Sylvère Monod, Paris, Gallimard, 1979 ; et voir Amanda Anderson, Bleak Liberalism, Chicago, University of Chicago Press, 2016.
  • 10.Patrick J. Deneen, Why Liberalism Failed, New Haven, Yale University Press, 2018.
  • 11.Thomas Mann, “Freedom and Equality”, dans Ruth Nanda Anshen (sous la dir. de), Freedom: Its Meaning, New York, Harcourt, Brace and Company, 1940.
  • 12.Friedrich Engels et Karl Marx, Manifeste du parti communiste [1848], éd. Émile Bottigelli et Gérard Raulet, Paris, Gallimard, 1998.
  • 13.Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne [1823], trad. par Alain Morvan, Paris, Gallimard, 2015.
  • 14.Roger Scruton, A Dictionary of Political Thought, Londres, Palgrave Macmillan, 3e édition en 2007. Je souligne.
  • 15.Voir Martin Hollis, “Is universalism ethnocentric?”, dans Christian Joppke et Stephen Lukes (sous la dir. de), Multicultural Questions, Oxford, Oxford University Press, 1999, p. 36.
  • 16.Arnold Ruge, “A self-critique of liberalism” [1843], trad. par James A. Massey, dans Lawrence S. Stepelevich (sous la dir. de), The Young Hegelians: An Anthology, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
  • 17.John Stuart Mill, Auguste Comte et le positivisme [1865], éd. Michel Bourdeau, Paris, L’Harmattan, 1999.
  • 18.Karl R. Popper, Misère de l’historicisme [1956], trad. par Hervé Rousseau et Renée Bouveresse-Quilliot, Paris, Pocket, 1991.
  • 19.Jeremy Waldron, “Minority cultures and the cosmopolitan alternative”, dans Will Kymlicka (sous la dir. de), The Rights of Minority Cultures, Oxford, Oxford University Press, 1995.
  • 20.Judith N. Shklar, « Le libéralisme de la peur » [1989], à la suite de Jan-Werner Müller, La Peur ou la liberté. Quelle politique face au populisme ?, trad. par Frédéric Joly, Paris, Premier Parallèle, 2020.
  • 21.P. J. Deneen, Why Liberalism Failed, op. cit.

Timothy Garton Ash

Historien, journaliste et essayiste britannique, Timothy Garton Ash est professeur en études européennes à l'Université d'Oxford. Il a reçu en 2017 le Prix Charlemagne. Il est notamment l'auteur de Free Speech : Ten principles for a connected world (Yale University Press, 2016) et The File : a personal history (Atlantic Books, 2009).…

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