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Les "Mères de la place de mai" avec le président argentin Néstor Kirchner, le 9 février 2005. Wikimédia
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Les mères pour la paix

La question politique du lien de maternité

janv./févr. 2021

Partout dans le monde, là où des hommes disparaissent à cause de crimes d’État, des mouvements de mères pour la paix font leur apparition. Cette forme particulière d’engagement reste pourtant un impensé des théorisations féministes. La relation de maternité serait-elle porteuse de modalités d’action politique spécifiques ?

Il n’y a pas de mouvements de « pères de disparus » ou de « Pères pour la paix » équivalents en forme, en action et en nombre, aux associations de mères de disparus, ou de Mères pour la paix. L’histoire de ces dernières est assez méconnue, car sans doute perçue comme trop banale, et assignée à un rôle féminin maternel trop suspect d’« essentialisation », à l’encontre du constructivisme cher à l’essentiel des théorisations militantes contemporaines. Il y a eu bien sûr des mouvements intellectuels mixtes et pacifistes, notamment après la Première Guerre mondiale. Portés par de grands penseurs (on pense au philosophe Alain en France), ils posent la paix comme valeur absolue. Mais la forme de militantisme qu’ils promeuvent consiste surtout, au-delà de quelques grandes manifestations, à écrire une œuvre qui « engage autrui à s’engager ». Nul équivalent, en termes d’action de terrain et de fidélité têtue jusqu’à la mort, à ces associations de femmes qui se sont formées, notamment depuis les années 1970, là où des régimes assassins et des guerres atroces massacrent les populations de tous sexes et âges. Les femmes sont de manière générale très présentes dans la base militante des associations caritatives humanitaires, mais les mouvements des femmes contre la guerre sont différents.

Une forme spécifique de mouvement social et politique

Le mouvement des « folles de la place de Mai » en Argentine fut le premier à inventer les formes spécifiques d’un

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Véronique Nahoum-Grappe

Véronique Nahoum-Grappe est anthropologue et ethnologue. Elle a travaillé sur la violence, les rapports entre les sexes, la dépendance (voir notamment Vertiges de l'ivresse. Alcool et lien social, Descartes et Cie, 2010 ; Du rêve de vengeance à la haine politique, Desclée de Brouwer, 1999). Tout en s'intéressant aux lieux de violence et de privation de liberté (camps de réfugiés en ex-Yougoslavie,…

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Les femmes sont au cœur de nombreux mouvements sociaux à travers le monde. Au-delà de la vague #MeToo et de la dénonciation des violences sexuelles, elles étaient nombreuses en tête de cortège dans le soulèvement algérien du Hirak en 2019 ou dans les manifestations contre le président Loukachenko en Biélorussie en 2020. En France, leur présence a été remarquée parmi les Gilets jaunes et dans la mobilisation contre le dernier projet de réforme des retraites. Dans leur diversité, les mouvements de femmes témoignent d’une visibilité et d’une prise de parole accrues des femmes dans l’espace public, de leur participation pleine et entière aux débats sur l’avenir de la cité. À ce titre, ils consacrent l’existence d’un « sujet politique féminin ».