par Revue Esprit
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Depuis la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, le 30 juillet 2024, les tensions diplomatiques avec l’Algérie se multiplient, notamment au sujet de ressortissants algériens sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. Après un nouveau refus des autorités algériennes de les réadmettre, le ministre de l’Intérieur a déclaré, mercredi 19 mars : « Nous ne voulons pas la guerre avec l’Algérie. C’est l’Algérie qui nous agresse. » En s’inscrivant dans le registre de la guerre, Bruno Retailleau verse du sel sur des plaies encore ouvertes.

Cette crise diplomatique, sans doute la plus grave depuis l’indépendance algérienne, ravive les spectres de mémoires certes encore irréconciliées, mais surtout instrumentalisées. La suspension du journaliste Jean-Michel Aphatie, après ses propos sur les massacres commis par l’armée française pendant la conquête de l’Algérie, est à cet égard révélatrice. Car ce qui frappe dans cette affaire, c’est moins le déni français de la brutalité de cette histoire que le décalage entre une réalité bien établie grâce à de nombreux travaux de recherche et jusque dans les programmes scolaires, et le discours de dirigeants qui persistent à en faire un objet de clivages partisans. S’il est certain que le régime algérien, enferré dans une dérive autoritaire de brutalisation de la société civile, exploite à l’envi la « rente mémorielle », cette rente existe aussi en France.

Après les années d’intense investissement mémoriel d’Emmanuel Macron, marqué par un souci d’équilibre – entre reconnaissance de l’assassinat de Maurice Audin, qualification de la colonisation de « crime contre l’humanité » et hommages aux harkis –, l’heure est à la réactivation de la confrontation sur notre histoire coloniale. Elle est le fait d’une droite qui, depuis Nicolas Sarkozy, a non seulement fait du refus de la « repentance » le prérequis de tout discours sur le passé, mais projette sur cette mémoire ses obsessions pour la société française d’aujourd’hui : l’identité nationale, l’autorité ou l’immigration. Cette instrumentalisation est d’autant plus regrettable que les sociétés françaises et algériennes n’ont sans doute jamais été plus conscientes de l’histoire qu’elles ont en partage.

La rédaction