Alors que les élections municipales de 2020 avaient été percutées de plein fouet par la pandémie de Covid, c’est l’actualité internationale et l’embrasement du Moyen-Orient qui paraissent cette fois éclipser la campagne. À la question rituelle des sondages cherchant à savoir si les électeurs se détermineront en fonction d’enjeux nationaux ou locaux, c’est - comme toujours - la seconde option qui l’emporte. Cela aurait de quoi rassurer beaucoup d’exécutifs sortants, et le contraste est en effet frappant entre un débat national polarisé et dégradé, et des réalités de terrain souvent plus conformes à l’idéal de débat démocratique sur les affaires de la cité. Pour autant, ces élections municipales sont aussi le thermomètre d’évolutions globales dans lesquelles elles s’inscrivent, à commencer par la montée de l’extrême droite.
La tension entre ancrage local et contexte national est constitutive de l’échelon municipal, qui, longtemps cantonné à la gestion administrative, s’est peu à peu politisé. Tandis que la décentralisation faisait émerger des scènes politiques dédiées à l’expression de la société civile locale, la bipolarisation croissante de la vie politique sous la Ve République se traduisait par la déclinaison locale des clivages nationaux. Au point que les scrutins locaux ont été largement analysés à ce prisme, comme s’ils avaient valeur de test entre deux échéances nationales. Mais ce temps paraît en partie révolu : les forces politiques désormais structurantes au niveau national – le RN, LFI ou Renaissance – ne sont plus celles qui bénéficient d’un fort ancrage local, et la conquête et la gestion d’exécutifs municipaux paraît aujourd’hui moins essentielle à la dynamique politique qu’elle ne le fut.
Ces évolutions transforment la signification des élections municipales. Faut-il voir dans cet échelon un refuge, à l’heure où les espaces de délibération ne cessent de se rétrécir à l’échelle nationale ? Oui, dans la mesure où la commune est l’un des derniers lieux où la décision publique peut être discutée, contestée et amendée. Mais elle ne le restera qu’à la condition d’être protégée comme tel. Or, sur des sujets aussi sensibles que l’accueil des étrangers, les politiques de logement ou la sécurité publique, le maire joue un rôle essentiel, sans compter qu’il est aussi le représentant local de l’État. Dans le contexte politique national et international qui est le nôtre, l’échelon municipal a certainement vocation à constituer, plus encore qu’un refuge, un espace de résistance.
La rédaction