par Revue Esprit
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En novembre 1956, les chars soviétiques écrasaient la révolution hongroise. Paul Ricœur mettait alors sa philosophie à l’épreuve de la « puissance indéfinie d’ébranlement » de l’événement, en particulier de son caractère inacceptable. La répression féroce d’une revendication de liberté instruisait alors sur ce que Ricœur appelle « le paradoxe du politique » : le progrès de la rationalité politique, par lequel les hommes accèdent à leur humanité, n’empêche pas celui du mal politique, notamment les violences et les mensonges du pouvoir.

En février 2022, les chars russes envahissaient l’Ukraine, qui revendiquait alors son indépendance, la liberté de ses citoyens et son adhésion au projet démocratique européen. Le monde structuré par les tensions de la guerre froide a disparu, laissant place à un désordre international où les régimes autoritaires et nationalistes cherchent à imposer leurs règles, tandis que de nombreuses démocraties - l’Inde, les États-Unis, Israël ou la Turquie – témoignent d’une adhésion croissante à des imaginaires antidémocratiques et violents.

Ricœur, disparu il y a tout juste vingt ans, continue de jouer pour la revue Esprit le rôle d’un éducateur politique. Sa lucidité à l’égard du mal et de la guerre dans l’histoire n’invite pas au défaitisme mais à la vigilance. Selon lui, nous devons œuvrer à résoudre le paradoxe politique par le contrôle démocratique de l’État, qui est une condition nécessaire à la construction de la paix. La démocratie porte en effet en elle-même l’affirmation du droit, mais – le paradoxe demeure – elle ne cesse de se heurter à des forces qui exaltent sa négation.

La rédaction