par Revue Esprit
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À quelques semaines des élections municipales de mars, et alors qu’elles devraient être l’occasion de débattre de politiques publiques essentielles dans la vie des citoyens, c’est la montée de l’extrême droite qui est au centre des préoccupations. Il est vrai que c’est une élection municipale, en 1983 à Dreux, qui a consacré le premier succès électoral de l’extrême droite française sous la Ve République. Ce qui fut un coup de tonnerre à l’époque pourrait devenir banal : des bastions historiques du sud-est aux régions du nord désindustrialisé conquises par le discours social de Marine Le Pen, des espaces ruraux aux grandes agglomérations, aucun territoire ne semble échapper à cette progression. La multiplication des perspectives d’union avec la droite (qui avait déjà permis de l’emporter à Dreux), resserre encore le maillage.  

On a longtemps pensé que la gestion brutale, souvent affairiste, des exécutifs municipaux dominés par l’extrême droite les disqualifierait. Il n’en fut rien, pas plus que la multiplication récente des affaires de corruption, d’emplois fictifs ou de financement illégal de campagne, à tous les étages du parti, n’a permis d’enrayer la dynamique du Rassemblement National. Toutes les forces et partis politiques connaissent des phénomènes de corruption. Mais il est significatif que l’extrême droite soit à la fois très concernée, et que ses sympathisants, pourtant sensibles aux turpitudes de la classe politique, ne lui en tiennent pas rigueur. Le cas de Trump est exemplaire : l’enrichissement personnel décomplexé du président américain et de son entourage atteint des sommets sans que sa base ne le lui reproche, alors même qu’il avait promis « d’assécher le marais » de Washington.   

Ce que toutes les extrêmes droites ont en partage, c’est la haine de la « chose publique » en tant qu’elle est, en démocratie, accessible à tous les citoyens. En promouvant une conception identitaire de la citoyenneté dont certains devraient être exclus, l’extrême droite se livre à une corruption de l’esprit civique, qui porte en germe la corruption tout court : dans un espace public réduit à la concurrence entre intérêts privés, les comportements oligarchiques s’en trouvent justifiés. À ses électeurs, l’extrême droite ne promet jamais la justice, dont elle fait trop peu de cas. Elle promet qu’ils auront plus, parce que d’autres auront moins. Il faut espérer que de nombreuses « communes », dont le nom même désigne l’espace privilégié de discussion du bien commun, résisteront encore à cette conception corrompue du politique.

La rédaction