par Revue Esprit
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Le franchissement du seuil des 1000 jours de guerre en Ukraine a coïncidé avec un regain de violence – des bombardements russes massifs ont fait des dizaines de morts – et avec un changement d’échelle : l’arrivée de soldats nord-coréens sur le front, la décision des États-Unis d’autoriser les tirs de missiles longue portée américains sur le territoire russe, et le tir inédit, ce jeudi, d’un missile intercontinental russe – non chargé – sur la ville de Dnipro, sont autant de signes que le conflit s’intensifie et s’internationalise.

Paradoxalement, il n’a jamais été autant question de « paix ». En septembre déjà, Volodymyr Zelensky présentait à son homologue américain un « plan de la victoire », évoquant les conditions strictes auxquelles l'Ukraine pourrait accepter des négociations avec la Russie. Le signal semblait adressé autant à une opinion internationale dont le soutien recommence à vaciller, qu’à la société ukrainienne épuisée. Depuis, Donald Trump n’a cessé de prétendre régler le conflit « en 24 heures ». À l’annonce de sa victoire, le président ukrainien a rappelé qu’il comptait sur les États-Unis pour aboutir à une « paix juste », et souligné sa convergence de vue avec le principe de « paix par la force dans les affaires mondiales ». 

Mais quelle pourrait être la teneur d'un accord négocié dans l’état actuel du front ? La question des concessions territoriales masque difficilement les deux plus lourdes encore que sont la souveraineté de l'Ukraine et la garantie de sécurité indispensable pour envisager l'après-guerre. Peut-on espérer une paix juste et durable par la force, et non par le droit ? Cette question est autant celle des Ukrainiens que des Européens, qu’un accord aux conditions russes menacerait très directement : comme tous les régimes autoritaires, la Russie neutralise la conflictualité politique interne en la projetant vers l’extérieur. Si le Kremlin obtenait ce qu’il veut en Ukraine, il n’en aurait pas pour autant fini avec « l’Occident collectif », bien au contraire.