En choisissant de faire un usage disproportionné de la force contre les manifestants rassemblés à Los Angeles pour protester contre une politique migratoire toujours plus brutale, l’administration Trump a franchi une ligne rouge dans sa marche vers l’autoritarisme. Au mépris de l’autorité constitutionnelle de l’État de Californie, et contre l’avis de son gouverneur Gavin Newsom, Trump a réquisitionné plus de 2000 gardes nationaux, puis ordonné le déploiement de 700 marines, en réponse à des manifestations largement pacifiques organisées en soutien aux communautés latinos touchées par une série de rafles menées par la police fédérale de l’immigration.
Le piège tendu aux autorités démocrates de Californie est grossier : misant sur la colère et le chaos qu’elle a elle-même provoqués, l’administration Trump choisit de durcir l’affrontement avec tous ses adversaires, alors que les signes de mécontentement s’accumulent face à ses initiatives économiques, et que sa politique étrangère patine, les discours d’intimidation ne produisant jusqu’ici aucun des résultats escomptés. Agitant la menace fantasmatique d’une cité « envahie », « occupée » par des « criminels étrangers », et travestissant la contestation politique en « rébellion », il poursuit ce que Bernard E. Harcourt analyse comme une contre-révolution moderne, reposant sur la désignation d’ennemis intérieurs, l’invocation d’états d’urgence et de lois d’exception, et l’utilisation de méthodes de guerre autrefois réservées à des conflits extérieurs.
Pareille volonté d’empêcher toute expression de contestation politique, y compris en foulant aux pieds des garanties constitutionnelles que l’on croyait solides, est inédite dans l’histoire des États-Unis. Sous ses airs de rois de Carnaval, Trump précipite le pays droit vers un régime de caudillo. C’est le refus de cet effondrement que les manifestations « No Kings ! » organisées à travers le pays le 14 juin, jour de parade militaire à Washington (pour l’anniversaire du président !), veulent signifier. Espérons qu’elles marquent le réveil d’une société civile dont on peine à comprendre l’atonie prolongée. Les juges seuls ne pourront pas sauver la démocratie américaine, dont les fondements sont déjà si gravement entamés.