Les personnels de Radio France ont démarré ce jeudi une grève illimitée, que sont appelés à rejoindre lundi leurs collègues de France Télévisions, l’INA et France Médias Monde, pour protester contre le projet de holding de l’audiovisuel que défendra Rachida Dati, ministre de la Culture, devant les députés, à partir du lundi 30 juin. Si cette réforme, qui fait figure d’arlésienne, pourrait cette fois être menée à son terme, l’horizon qu’elle dessine est particulièrement inquiétant.
L’obstination de Rachida Dati n’aura eu d’égal que sa mauvaise foi : de la nécessité de faire face à la concurrence des groupes et plateformes privés, jusqu’au fait que les jeunes et les classes populaires se seraient détournés de l’audiovisuel public, aucun des arguments de la ministre n’est crédible. Les entreprises visées par la réforme sont incontestablement des réussites. Compte tenu du tour de vis sans fin que connaissent depuis des années leurs budgets, elles ont su faire preuve d’une capacité d’innovation que beaucoup de leurs concurrentes privées leur envient. Le cas du podcast est à ce titre exemplaire : France Inter et France Culture ont été pionnières sur ces nouveaux usages, et dominent aujourd'hui un marché pour lequel elles ont développé une offre gratuite, de qualité, qui trouve une large audience. Comme toujours, le prêt-à-penser managérial promouvant les « rapprochements », « coopérations » et autres « synergies » aura pour effet d’abraser la richesse et la diversité des savoir-faire.
Mais le plus préoccupant est qu’une telle réforme accroîtrait la dépendance de l’audiovisuel public au pouvoir politique, et ce au pire moment. À l’heure où l’argent privé afflue pour mettre des rédactions entières au service des idées d’extrême droite, les pouvoirs publics devraient au contraire chercher à garantir un fonctionnement pérenne et indépendant pour ces médias. Le Rassemblement national a beau répéter qu’il faut privatiser l’audiovisuel public, cette réforme lui offre sur un plateau ce dont il ne peut que rêver : la perspective d’un service public de l’information aux ordres, dont il sait très bien l’utilité qu’il pourrait avoir, en temps voulu.
La rédaction