Trente ans après le génocide, quel avenir pour Srebrenica ?
Chaque année, le 11 juillet est célébrée la « Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide de 1995 à Srebrenica », précédée de la traditionnelle Marche pour la paix (du 8 au 10 juillet). À travers ce parcours, l’auteur explore une ville où le travail de mémoire se heurte encore au déni institutionnel, tandis que ses habitants s’efforcent de construire un avenir commun, trente ans après le génocide.
En juillet 1995, l’enclave de Srebrenica tombe aux mains des forces ethno-nationalistes serbes. Si, globalement, les femmes, les enfants et les vieillards sont « épargnés », la population masculine bosniaque en âge de combattre est exécutée. Ces assassinats de masse – plus de huit mille personnes – ont été qualifiés de génocide en 2007 par la Cour internationale de justice et, dans plusieurs verdicts, par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Alors que fin 1995 les accords de paix de Dayton1 mettent fin à la guerre en Bosnie-Herzégovine, une partie de la population bosniaque revient vivre à Srebrenica à partir des années 2000. Plus de trente ans après le génocide, comment Serbes et Bosniaques cohabitent-ils à Srebrenica et plus généralement en République serbe de Bosnie-Herzégovine2 ? Comment la mémoire de ces crimes y est-elle travaillée ?
Une négation du génocide en République serbe ?
Élu sous les couleurs du parti ethno-nationaliste de l’ancien président de la République serbe Milorad Dodik, l’actuel maire de Srebrenica, Miloš Vučić, le cousin du président de la République de Serbie Aleksandar Vučić, répugne à utiliser le vocable de génocide pour parler des massacres de 1995. Représentant l’ensemble de la population de la municipalité, il ne s’est pas davantage rendu aux commémorations locales du trentième anniversaire du génocide. Comme partout ailleurs en République serbe, les autorités politiques refusent toujours de reconnaître la nature génocidaire des évènements de l’été 1995, et ce malgré la pénalisation de la négation du génocide instaurée en 2021 par le Haut représentant international en Bosnie-Herzégovine, Valentin Inzko.
En 2004, un rapport adopté par le gouvernement de l’entité serbe de Bosnie indique « sans aucun doute possible que des crimes de grande envergure ont été commis dans la région de Srebrenica en juillet 1995, en violation grave du droit humanitaire international », qualification qui acte la réalité des massacres sans toutefois reconnaître leur nature génocidaire. En 2018, l’Assemblée nationale de la République serbe a cependant annulé l’approbation de ce rapport qui ouvrait la voie à une responsabilité institutionnelle de l’entité. S’en est suivie en 2019 la nomination par le gouvernement de l’entité serbe de Bosnie de la Commission Gideon Greif dont le rapport sur les évènements de Srebrenica contredit les jugements rendus par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et la Cour internationale de justice : la qualification juridique de génocide n’y est pas retenue. Approuvé par la République serbe, le rapport Greif a depuis lors été intégré dans les discours des responsables politiques de l’entité, à tous les niveaux de pouvoir.
Cette réécriture de l’histoire par les autorités politiques de l’entité serbe de Bosnie illustre l’étape finale du processus génocidaire théorisé par Stanton : le déni3. Dans le cas de Srebrenica, la négation du crime a débuté quand les autorités de la République serbe ont pris conscience qu’il y aurait une enquête internationale sur un tel évènement. Ainsi, en septembre 1995, elles se sont lancées – avec l’aide d’entreprises et de personnalités civiles serbes – dans des actions visant à camoufler les traces des crimes commis. Les charniers dans lesquels les Bosniaques exécutés avaient été enterrés, c’est-à-dire des fosses communes primaires, ont été rouverts. Exhumés, les cadavres ont été réinhumés dans des fosses communes secondaires – plus tard dans des fosses communes tertiaires, parfois même quaternaires – généralement disséminées sur la ligne de front, les génocidaires souhaitant accréditer l’idée que les Bosniaques étaient tombés au combat.
La négation du génocide des Bosniaques a par ailleurs été intégrée dans le système scolaire de la République serbe. À la fin du premier mandat de la présidence Dodik (2010-2018), les manuels d’histoire ont été expurgés de toute référence au massacre des Bosniaques (le mot génocide n’ayant jamais été utilisé par la République serbe) ou encore au siège de Sarajevo : la guerre de Bosnie y est présentée comme une guerre civile et non comme une guerre politique contre des civils. Plus généralement, ce sont les différentes entités du pays qui peinent à proposer une interprétation commune des faits historiques. Les élèves sont confrontés à des historiographies différentes selon qu’ils sont scolarisés en République serbe ou en Fédération croato-bosniaque, et à l’intérieur de cette dernière selon que le canton est à majorité croate ou bosniaque.
Au-delà de son institutionnalisation dans les plus hautes structures politiques de la République serbe, la négation du génocide des Bosniaques prend d’autres formes. Sur le territoire de l’entité, il en est ainsi de la glorification des criminels de guerre bosno-serbes. Jalonnant le paysage de l’entité serbe de Bosnie, les dispositifs à leur gloire – fresques, panneaux, statues, plaques commémoratives – sont concomitamment des dispositifs de « retraumatisation » des survivants du génocide. Leur fonction sociale ? Signifier aux Bosniaques que leur installation en République serbe de Bosnie-Herzégovine n’est pas souhaitée.
Serbes et Bosniaques aujourd’hui à Srebrenica
Au-delà de ce déni qui sévit officiellement en République serbe, comment Serbes et Bosniaques cohabitent-ils à Srebrenica ? D’emblée, il s’agit de distinguer le temps politique du temps citoyen, les dirigeants des populations. Depuis les premières élections démocratiques en 1991, les partis politiques ethno-nationalistes – serbes, bosniaques ou croates – règnent en maître sur la Bosnie-Herzégovine. Dès lors que les accords de Dayton ont pris pour garants de la paix les formations politiques qui ont fait la guerre, ces dernières avaient tout intérêt au maintien de fortes tensions entre les différents groupes ethno-nationaux. Dans la population toutefois, les trois grandes communautés nationales cohabitent au quotidien sans grande difficulté depuis au moins deux décennies.
Sans perdre de vue que ces groupes sont des blocs hétérogènes au sein desquels la dissidence peut exister, il faut cependant souligner les provocations auxquelles se livrent certains Serbes chaque 11 juillet à Srebrenica. Jour de la chute de la ville en 1995, le 11 juillet est commémoré depuis 2002 au Mémorial du génocide. Depuis 2024, il a été reconnu par l’ONU comme une « Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide de 1995 à Srebrenica ». Pour les Serbes les plus nationalistes, cette journée est publiquement proclamée « дан ослобопеньа сребренице » (« jour de la libération de Srebrenica »). Dans le centre de la municipalité, sur la vitre d’un bâtiment au logo de la République serbe, ce slogan voisine avec un autre : « хвала восци републике српске » (« merci à l’armée de la Republika Srpska »). L’affiche représente le territoire de la République serbe, sous le portrait de Vladimir Poutine, cravaté. L’affiche annonce également une cérémonie à Bratunac, haut lieu du nationalisme serbe contemporain, à dix kilomètres au nord de Srebrenica, où se trouvait en 1995 le quartier général de l’armée de la République serbe et où de nombreux civils furent assassinés les 12 et 13 juillet 1995 au sein de l’école Vuk Karažić.
Cette perception du 11 juillet s’inscrit dans la droite ligne de ce que Ratko Mladić, commandant en chef de l’armée de la République serbe, déclara lors de la prise de la ville : « Enfin, après la rébellion contre les Dahis, l’heure a sonné de se venger des Turcs dans cette région4. » Protégés par les autorités politiques de la République serbe, certains membres du clergé orthodoxe participent à ces « commémorations annuelles5 ». Il faut dire que dans les années 1980 et 1990 l’Église orthodoxe serbe a joué un rôle central dans la résurgence de l’ethno-nationalisme serbe, banni sous Tito. Associés à la vie politique, les hiérarques nationalistes les plus outranciers sont allés jusqu’à légitimer le nettoyage ethnique des non Serbes6, justifiant leur positionnement à l’aune d’évènements survenus pendant la Seconde Guerre mondiale. Étant donné que les Serbes avaient été massacrés à grande échelle par les oustachis de l’État indépendant croate (1941-1945) avec le concours de troupes bosniaques, il était de leur devoir de prendre les armes pour prévenir ce qu’ils appelaient un « nouveau génocide ».
Malgré ces provocations, les relations quotidiennes entre Serbes et Bosniaques sont aujourd’hui normalisées à Srebrenica. Dans un esprit de concorde, les membres de ces deux groupes ethno-nationaux travaillent côte à côte dans les services publics comme dans les entreprises privées de la municipalité. Les générations qui n’ont pas connu la guerre tiennent également à jouer un rôle dans la construction des relations entre les différents groupes ethno-nationaux. C’est le cas de l’ONG Adopt Srebrenica au sein de laquelle Serbes et Bosniaques œuvrent, par exemple, à la découverte du passé socialiste de la ville, à l’image des New Yugoslav Studies qui repensent l’héritage yougoslave au-delà des récits d’effondrement.
Après la fin du système à parti unique en Yougoslavie, les différents partis politiques bosniens puis les accords de paix de 1995 ont fait jouer un rôle important à l’ethnicité dans la catégorisation de la population. Or, historiquement, l’ethnicité n’a jamais été une composante essentielle des relations sociales en Bosnie-Herzégovine. À Srebrenica, la question sociale relègue aujourd’hui l’ethnicité au second plan. Au-delà de toute définition ethnique, les citoyens de la ville sont fondamentalement unis par une situation économique catastrophique : le taux de chômage de 50 % et l’émigration des plus jeunes sont deux indicateurs visiblement corrélés. La municipalité a bien cherché à attirer des capitaux, sans grand succès jusqu’à présent. Autrefois prospère grâce à ses mines d’argent (srebro en serbo-croate) et à son thermalisme qui attirait des curistes de toute la Yougoslavie jusqu’à Tito lui-même, Srebrenica est aujourd’hui économiquement sinistrée ; les deux principaux employeurs étant la municipalité et le Mémorial du génocide, autre institution publique.
Marcher pour se souvenir et combattre le déni
Parmi les dispositifs de mémorialisation du génocide, depuis 2005 est organisée chaque année en juillet une marche de trois jours : la Marche pour la paix (marš mira). Empruntant en sens inverse le trajet d’une colonne de dix à quinze mille hommes qui, le 11 juillet 1995, fuit avec d’innombrables pertes l’enclave par la forêt, elle rassemble plusieurs milliers de personnes de Bosnie-Herzégovine et de la diaspora bosniaque, dont des survivants de ce que l’on a appelé la « marche de la mort » (marš smrti). Si cette marche vise à rendre hommage aux victimes du génocide, elle cherche aussi à soutenir les Bosniaques revenus vivre chez eux et à accompagner les familles et leurs proches identifiés et enterrés au Mémorial du génocide.
L’observation liminaire des marcheurs révèle qu’ils portent en grand nombre la fleur de Srebrenica, principal emblème mémoriel du génocide. Les onze pétales blancs de cette marguerite, qui figurent l’innocence des victimes, réfèrent aussi à la date du début du génocide : le 11 juillet 1995. Quant au cœur vert de la fleur, au-delà de la couleur de l’islam, il exprime l’espoir de justice. Des signes de partisanerie sont également observables à travers le drapeau qu’arborent de nombreux marcheurs. Parmi les bannières déployées apparaissent, à parts égales, le drapeau de la République de Bosnie-Herzégovine en usage de 1992 à 1998, reconnaissable à ses six fleurs de lys sur fond azur, et celui de l’État de Bosnie-Herzégovine adopté en 1998, dont les trois côtés du triangle jaune symbolisent les peuples constitutifs (Serbes, Bosniaques et Croates) : « Mi smo braća » (« Nous sommes frères ») a-t-on pu lire sur le t-shirt d’un marcheur.
D’autres drapeaux sont aussi visibles, parmi lesquels ceux de la Suisse, terre d’accueil de nombreux réfugiés bosniaques en Romandie, ou encore de la Turquie, puissance régionale très investie dans les Balkans occidentaux et singulièrement en Fédération croato-bosniaque. L’assistance médicale de la marche est à cet égard assurée par le « Türk Kizilay »(Croissant-Rouge turc) conjointement à la Croix-Rouge et à la sécurité civile bosnienne. L’étendard du Sandžak de Novi Pazar, région de Serbie à majorité bosniaque, est également présent, tout comme celui du Monténégro dont le nord-est est peuplé de Bosniaques depuis des siècles. La présence du drapeau des États-Unis signale de son côté la présence d’une importante diaspora outre-Atlantique. Enfin, le drapeau iranien, visible tant chez certains marcheurs que sur des maisons des villages traversés, rappelle le soutien de l’Iran durant la guerre par des livraisons d’armes et l’envoi d’instructeurs au-delà de l’opposition sunnisme vs chiisme ; Téhéran conservant toujours son influence culturelle en Fédération croato-bosniaque. Quant aux drapeaux de la République serbe et de la Serbie, ils sont absents. Cela ne présume en rien de l’implication de Serbes, de Bosnie comme de Serbie, dont certains apportent leur aide tout au long de la marche. Mais s’afficher durant celle-ci avec des drapeaux les exposerait au risque d’être qualifiés de « traîtres » par les autorités politiques de l’entité bosnienne, comme de sa « République-mère » qui contestent toujours le génocide.
À côté des emblèmes nationaux, bon nombre de marcheurs rendent visibles sur leur torse une série d’autres signes parmi lesquels des noms de municipalités, d’entreprises ou encore le chiffre « 8372 » qui correspond au bilan officiel des victimes du génocide. Si la « Marš smrti » (marche de la mort) réinscrit l’événement dans la mémoire d’un exode désespéré, la « Marš putem spasa » (marche sur le chemin du salut) rappelle que l’exode fut l’unique voie pour échapper aux forces ethno-nationalistes serbes. L’incapacité de l’agresseur à anéantir le peuple bosniaque s’exprime à travers cette phrase : « Preživjeli smo » (« Nous avons survécu »). La phrase la plus observée est sans nul doute : « Da se nikad ne zaboravi » (« Pour qu’on n’oublie jamais »), parfois durcie par un « Never Forget Never Forgive 1992-1995 » qui renvoie à une guerre durant laquelle le peuple bosniaque paya le plus lourd tribut. Ainsi, « Prijedor 1992 – Ahmici 1993 – Srebrenica 1995 » inscrit le génocide dans une filiation : les camps de concentration d’Omarska, Keraterm et Trnopolje aux toutes premières semaines de la guerre mais aussi les crimes commis par les forces du Conseil de défense croate un an plus tard.
En affichant le slogan « Anti-Dayton Pokret », des participants font allégeance à un mouvement qui refuse les accords de paix de 1995, et singulièrement l’appartenance de Srebrenica à la République serbe, entité issue du nettoyage ethnique. Parées de l’inscription « Pokret Majke enklave Srebrenica i Žepa » (« Mouvement des Mères des enclaves de Srebrenica et de Žepa »), certaines femmes signalent le rôle central qu’ont joué les mères des victimes dans la reconnaissance finale du génocide. Alors que près de mille victimes restent introuvables en 2026, ces mères manifestent à Tuzla chaque onze du mois depuis 1996 afin de les retrouver. Enfin, la figure de Jovan Divjak (1937-2021) est observable parmi les signes affichés par certains marcheurs. Officier supérieur serbe qui décida de rejoindre en 1992 la jeune armée de la République de Bosnie-Herzégovine, il joua un rôle crucial dans l’organisation de la défense de Sarajevo et consacra sa vie à préserver le caractère multiethnique de la Bosnie-Herzégovine.
Revivre sur les champs de la mort
Après quatre heures de marche en Fédération croato-bosniaque et une pause de midi agrémentée d’un café « à la turque » – bouilli et servi dans son marc, trace objective d’un passé ottoman de quatre siècles dans cette partie de l’Europe –, le cortège des participants rentre en République serbe à hauteur de la municipalité d’Осмаци (Osmaci). Prévue par les accords de paix de 1995, une Ligne de démarcation inter-entités (IEBL) sépare la Fédération croato-bosniaque de la République serbe. Reprenant en grande partie d’anciennes lignes de front, cette ligne se franchit aujourd’hui dans les zones rurales sans que l’on s’en aperçoive. Toutefois, à l’occasion de la Marche pour la paix, la ligne de démarcation se matérialise par la présence de la police de la République serbe et de la force opérationnelle Althea de l’Union européenne (EUFOR) chargée du respect des aspects militaires des accords de paix de 1995. Créée en 2004 dans la continuité des missions IFOR puis SFOR de l’OTAN, cette force a été renforcée en 2022 dans un contexte de tensions accrues liées à la guerre en Ukraine.
Dès les premiers villages traversés en République serbe, les toponymes n’apparaissent qu’en alphabet latin. Le contraste est frappant : ailleurs dans l’entité, la signalétique relève généralement du seul alphabet cyrillique, quand la Fédération croato-bosniaque privilégie généralement le seul alphabet latin. Si seul l’alphabet latin subsiste ici, sur les panneaux indicateurs des villages comme sur ceux des écoles ou encore des casernes de pompiers, c’est que la démographie a basculé. Depuis leur retour dans les années 2000, les Bosniaques sont redevenus majoritaires – souvent même le seul groupe ethno-national – dans ces localités. Or, l’alphabet latin est leur alphabet de référence, comme l’alphabet cyrillique est celui des Serbes. Autre signe de l’unique présence bosniaque dans ces villages : le drapeau rouge-bleu-blanc de la République serbe qui maille d’ordinaire son territoire n’a pas cours ici.
Un quart d’heure après l’entrée en République serbe, les marcheurs découvrent des panneaux de fortune qui signalent l’emplacement des fosses communes secondaires : une vingtaine de charniers jalonnent le trajet. Ces panneaux portent des photographies des champs de la mort signées du Bosniaque Tarik Samarah7. Dans la lignée d’Adorno, pour qui le langage se brise devant ce que le corps humain a subi à Auschwitz, Samarah a souhaité que ses images abolissent tout écran entre celui qui regarde et ce qui est montré. Comme il le précise, l’usage du noir et blanc exprime la frontière entre la vie et la mort, la couleur retirée plonge l’observateur dans un gris où toutes les normes de l’humanité s’effacent, à commencer par les normes morales. Sur ces photographies, sans que la liste soit close, se révèle l’après du crime : la main gantée d’une anthropologue médico-légale serrant la main terreuse d’une victime arrachée à l’argile ; une étiquette portant la mention Evidence Property posée à côté d’un fil d’aluminium, celui-là même qui a entravé les poignets avant que les hommes ne soient exécutés ; les gants chirurgicaux dont se sont servies les forces ethno-nationalistes serbes pour déplacer les corps ; un crâne dont les orbites vides semblent nous demander des comptes.
- 1. L’annexe de ces accords divise le pays en deux entités politiques organisées sur une base ethno-territoriale : la Fédération croato-bosniaque, subdivisée en cantons, contrôlant 51 % du territoire et peuplée majoritairement de Bosniaques et de Croates, et la République serbe de Bosnie-Herzégovine (Republika Srpska), contrôlant 49 % du territoire et peuplée majoritairement de Serbes. La commune de Srebrenica est administrée par la Republika Srpska.
- 2. On peut lire aussi parfois Republika Srpska, en serbe latin, ndlr.
- 3. Voir Gregory Stanton, The Ten Stages of Genocide, Genocide Watch, 2012 [1996].
- 4. L’appellation « Turcs » est un ethnonyme exogène utilisé pendant la guerre par les forces ethno-nationalistes serbes pour désigner les Bosniaques. Avec la conquête ottomane de la Bosnie (1463), une partie de l’élite locale se convertit à l’islam, conservant ainsi terres et privilèges. Pour l’idéologie ethno-nationaliste serbe des années 1990, les Bosniaques restaient marqués par l’infamie de cet ancien compromis.
- 5. Voir Jean-Baptiste Chastand, « À Srebrenica, le “cercle vicieux” du déni » [en ligne], Le Monde, 11 juillet 2025, p. 2.
- 6. Voir Jean-Arnault Dérens, Géopolitique de l’orthodoxie. De Byzance à la guerre en Ukraine, Paris, Tallandier, 2025, p. 187-216.
- 7. Tarik Samarah, Srebrenica, Sarajevo, Galerija 11/07/95, 2016.