Trump, avatar politique
À propos de Donald Trump : la politique à la renverse de Jean-Marc Salmon
Qui essaie de suivre les zigzags de la politique américaine doit partir de l’annonce de la candidature d’un homme d’affaires newyorkais connu pour les méga-faillites de ses entreprises, pour la chronique de ses escapades dans les tabloïds et son reality show dont le succès après neuf ans perdait de son lustre. Les commentateurs d’alors étaient unis : face aux vétérans de toutes les tendances du Grand Old Party qui prétendaient relever la bannière laissée en friche pendant les deux mandats de Barack Obama, dont la victoire en 2008 était fondée sur sa promesse de dépasser les divisions partisanes. « Il n’y a pas une Amérique bleue et une Amérique rouge ; il n’y a qu’une Amérique », insistaient les Démocrates1. Or, selon cette logique unitaire, les Démocrates se positionnaient au-delà de la politique ; leurs opposants républicains se devait de renouveler la politique s’ils voulaient remporter la victoire (ce qui n’allait pas de soi chez un parti conservateur).
Le livre de Jean-Marc Salmon, Donald Trump : la politique à la renverse (Les petits matins, 2025) montre d’abord que la victoire de Trump était fondée sur « la puissance de l’incorrection politique », qui révèle une faille dans l’ordre symbolique de la société moderne. Il ne s’agit pas d’une nouvelle figure du populisme, mais plutôt d’un antiélitisme partagé à tous les niveaux de la société. Ainsi, au lieu de cacher sa propre richesse, le milliardaire newyorkais l’étale, proclamant que sa fortune lui permet de devenir un tribun du peuple, car lui aussi est une victime du mépris généralisé. Les sociologues diraient qu’il s’agit d’un effet de la « désintermédiation contemporaine » qui ouvre grande la porte à la confusion des codes. Pour sa part, Jean-Marc Salmon y décèle une logique politique qui s’approfondit à travers les étapes de la courte vie politique de ce candidat improbable.
Le candidat et son premier mandat
Commençons par le candidat qui n’offre que sa personne ; ses prises de position sont tactiques, changeantes selon l’audience du moment dont il lit la réaction immédiate, improvisant comme un acteur stand up comique. Les détails du programme sont laissés à l’appréciation du public ; établir et soutenir un programme demande débat et s’ouvre à la critique2. La même logique s’illustre dans le domaine sans code qu’est la communication en numérique. L’intitulé de son compte Twitter est @realDonaldTrump, ce qui ne dit pas que c’est de sa propre main (plutôt que des supposés sachants cachés derrière les rideaux) que viennent des énoncés. Ce qui est rendu public sur ce site public, n’est pas Donald Trump en chair et os ; « Donald Trump » n’est pas un être identique au travers de toutes ses apparitions, sa réalité est sémantique, elle représente ce qu’il fait, sa personne n’est que l’expression de sa personnalité. Ainsi, la compte @realDonaldTrump pourrait projeter l’image qu’il veut projeter de celui qui est identifié nominalement comme le détenteur du compte. Finalement, l’entrepreneur devenu le maître d’œuvre de l’émission télévisée populaire l’Apprenti subit une nouvelle transfiguration à partir de sa déclaration de candidature en 2015 : il n’est plus que ses apparitions médiatisées. Autrement dit, sa réalité est devenue ce qu’il dit et veut – en l’occurrence : tout et son contraire.
Soyons plus concret. Jean-Marc Salmon présente le premier mandat de Trump comme une face-à-face implicite entre, d’une part, le citizen Trump et, d’autre part, l’establishment, qui fonctionne comme s’il s’agissait une personnalité qui cherche à s’affirmer face à une contre-force établie (une élite) douée d’une volonté : Washington. Le lecteur pourrait imaginer une version de l’histoire de l’enfant qui affirme contre tous que le roi est nu ! L’auteur y suit le trublion qui essaie de mater par la puissance de sa voix têtue et incorrecte, s’aidant de la flexibilité sémantique de sa personnalité pour réaffirmer l’indépendance de la politique face aux institutions établies (celles des commissions indépendantes du Congrès et la subordination des militaires) pendant ces quatre années marquées par l’irruption de la violence et les protestations du Black Lives Matter et, plus tard, par l’apparition du virus du Covid. La rhétorique de la volonté s’est montrée pire qu’inutile : dans ce contexte inattendu, elle trahissait les faiblesses de la personnalisation de la politique. Rappelons, par exemple, la promenade du président avec le général Mark A. Milley, commandant en chef des armées, en uniforme, à travers Lafayette Square en direction de l’église Saint John en face de la Maison Blanche, une Bible dans les mains. L’action n’a pas pacifié les esprits, sauf celui du général, qui prenait mal cette politisation. L’échec de la promenade prenait valeur de symbole négatif.
La Covid offrait un autre genre de défi pendant ce premier mandat. Donald Trump conseillait la résistance aux injonctions des experts du gouvernement, refusait de recommander le port du masque, illustrant par là sa vision de la politique comme une lutte entre deux volontés (comme si la Covid en avait une…) ; mais l’opportunisme vint vite remplacer le principe de la volonté. Lorsqu’il entendait parler d’une cure miraculeuse (bien que les experts du gouvernement doutaient de son efficacité : l’hydroxychloroquine !), le président, qui refusait obstinément de porter un masque en public, finit par attraper la maladie (sans le reconnaître publiquement). Il fut hospitalisé et, à sa sortie, réclamait pour lui-même le crédit d’avoir suivi les bons conseils de ses médecins ; il fit de son retour à la Maison Blanche l’occasion d’une démonstration de sa force, enlevant sa chemise pour montrer son T-shirt MAGA comme un boxeur victorieux après un match ardu. Et il fut applaudi ! Pourtant, sa victoire réelle n’était pas personnelle, mais celle de la science : l’opération Warp Speed, financée par le Congrès et soutenue par le président qui, comme toujours, prétendait en être l’unique responsable du vaccin contre la Covid. Or l’effet symbolique n’offrait pas une réconciliation réelle ; le conflit avec Washington ne pouvait que perdurer ! Il lui faudra du temps pour trouver les mots et la méthode pour surpasser l’opposition entre le pouvoir politique et l’inertie des intérêts sociaux.
À la suite d’autres conflits moins fondamentaux qui ont émaillé ce premier mandat, les observateurs n’étaient pas surpris que le candidat démocrate, Joe Biden, un modéré vieilli sous le harnais washingtonien de trois décennies au Sénat suivies par huit ans comme vice-président de Barack Obama3, gagne (mais de peu) les élections de novembre 2020. Mais la normalité des codes ne se retrouvait pas si facilement, et la promesse de retrouver la créativité du New Deal s’est vite montrée illusoire face aux résistances des Républicaines devenu accros au trumpisme. Refusant de croire les évidences (qui ne seraient que des fake news4 parmi la myriade de simulacres qui dissimulaient les coups portés par des ennemis sans visage du deep state), Trump réussirait à convaincre au-delà des fervents à force de variations sur le thème du « vol » électoral. En effet, après les quatre années au désert pendant lesquelles le thème du vol était recuit et répété par les MAGA, on s’était convaincu que la thèse était devenue crédible. Les tweets rappelaient implicitement l’existence biface du « vrai » Donald Trump, individu et victime passive de forces qui n’osaient pas se montrer à la lumière du jour, etlégende vivante cherchant la vérité et bataillant envers et contre tous les fakes et fakers, dénonçant ceux qui refusaient d’admettre non seulement sa victoire, mais aussi le « vol » dont il était victime. Le besoin d’une revanche commençait à prendre la place de la vérité comme but de l’opération politique.
Une telle victoire pouvait avoir été préparée par les effets de cette rhétorique qui était devenue une sorte de reflexe chez les fidèles du MAGA ; mais l’entrepreneur politique qu’est devenu Donald Trump depuis son entrée sur scène à peine cinq ans auparavant savait que son offre d’un deal devait être réalisée – sinon, l’offre du contrat devait être imposée par la force. Le mois de décembre fut le théâtre des avocats et politiciens de tous les coins de la République. Quelques victoires devant les cours fédérales ou d’État (qui seraient annulées en appel) ou des réclamations de recompte des votes (remise en question des votes par procuration et des bulletins envoyés par la poste, voire de l’utilisation de machines électroniques), et surtout le refus d’accepter la défaite furent des récompenses symboliques démontrant la fidélité au deal.
En attendant, la date fatidique du décompte officiel et de sa certification par le Congrès (le 6 janvier 2021) s’approchait. On savait qu’il y avait encore des Républicains de souche (dont le vice-président Mike Pence, qui devait présider la séance) qui se rendaient, lentement et en catimini, à l’évidence de la défaite ; mais leur silence était parlant. Le danger était réel, et le dénouement est connu. Le 6 janvier, une foule envahit le Congrès menaçant de « pendre Mike Pence », contraignant les députés à se cacher comme ils pouvaient. De son côté, Donald Trump regardait sur son écran la réalité du Capitole envahi par des manifestants violents. On ne sait pas pourquoi Trump s’est dégonflé au moment où il aurait dû sortir de derrière son miroir biface. Était-il contraint – et par qui ? – de renforcer la police du Capitole, surprise et débordée par une foule sans leaders et porteuse de revendications inarticulées ? Avait-il raté le moment parce qu’il ne sut pas construire une nouvelle figure de la politique ? Se rendait-il compte que le terrain du symbolique n’est pas suffisamment solide pour transformer les victoires ponctuelles en institutions capables de se reproduire ? Quoi qu’il en soit, l’analyse de Jean-Marc Salmon tire de son analyse des leçons et des questions pour faire face à la nouvelle figure du politique que l’épopée de Trump (qui n’est pas terminée !) impose5.
Du temps au désert au jeu des MAGA
Quel que soit l’explication de l’inaction du désormais ancien président, c’est à partir du 6 janvier que la politique trumpienne part à la renverse6. La mouvance antiélitiste dont Trump était devenue le porte-parole avait déjà discrédité les politiques classiques, construites à partir d’une base organisée apprenant et modifiant les stratégies et tactiques éprouvées, tels les syndicats ou partis politiques social-démocrate, libéral ou conservateur. Si leur influence était limitée par les moyens de communication ambiants, ils étaient le lieu d’émergence d’une élite autochtone construite à partir de l’expérience de nouvelles formes de sociabilité quotidienne. À l’encontre de l’expérience politique classique, celle des MAGA offre une nouvelle figure où un leader sans passé politique unifie une masse diverse qui est, comme lui, sans bagage politique. Ce mode d’être politique, qui ne se donne pas de projets concrets, distingue la nouvelle structure du fascisme. Dans le cas des MAGA, c’est la personnalité singulière du leader qui projette et assume ce que j’ai appelé la figure biface qui se représente par le mème nom – par exemple, @realDonaldTrump, qui dédouble à volonté le leader et ceux qui s’identifient avec sa mouvance, l’un se référant aux autres et vice-versa en circuit clos, sans but extérieur.
Le jeu et les enjeux de ce tournant politiquement ambigu se donnaient à voir pendant les années du désert où le mouvement MAGA s’étoffe, s’organise et s’autonomise sans l’emprise immédiate du leader qui était privé du droit d’utiliser le réseau Twitter. N’empêche, le désormais ancien président avait créé son propre média, qu’il nomme Truth Social7. Ces quatre années au désert ressemblent à un baroud d’honneur, que Jean-Marc Salmon compare à un jeu électronique, où des mèmes combattent d’autres mèmes au sein d’une pseudo-réalité dont le champ de bataille est défini par @realDonaldTrump. Dans ce jeu n’existent que des mèmes qui sont à la fois le moyen de communication de la relation et l’objet de celle-ci, l’un remettant en question l’autre et réciproquement. Il y a de l’action et des enjeux ; mais il n’y a pas de résolution possible et le jeu est infini. Si le jeu des MAGA semble être animé par les griefs de ceux qui se considèrent des victimes du « vol », ceux-ci sont fondés sur un passé resté présent, sans existence matérielle (« l’élection volée ») et sans satisfaction imaginable. Rompre le cercle du jeu infini demandait le dépassement du social par la politique ; l’impératif devint pressant, les élections de 2024 approchant ; les plaintes des « victimes » devaient s’articuler sous la forme de promesses politiques. Jean-Marc Salmon résume le programme MAGA des Républicains comme la promesse d’« un âge d’or ». Un peu plus loin, il décrit Donald Trump comme l’« alchimiste de la politique ». La métaphore n’est pas des plus heureuses, car la pseudo-science qu’est l’alchimie prétend transformer en or un métal inférieur, le plomb, ce qui n’est pas flatter les MAGA. Par ailleurs, réinstallé à la Maison Blanche, Trump est libre de satisfaire sa promesse électorale en redécorant le bureau Ovale d’objets (de candélabres aux putti…) qui évoquent un style parfois baroque, parfois rococo. Que tout cela n’est que du contreplaqué ne gêne pas un président Trump tout à son aise dans le royaume des apparences. Il ne semble pas gêné par le fait que le contreplaqué pourrait être une métaphore pour la République des MAGA.
Et la politique ?
La métaphore du « jeu électronique » pour désigner les années pendant lesquelles le projet politique de Trump prend forme semble condamner la société moderne à se mouvoir au sein d’un cercle clos. La politique devient un rouage dépendant dans un jeu sans enjeux réels ; pour être parfois spectaculaire, l’éternel retour n’ouvre chaque fois sur rien. Pourtant, cette expérience est devenue le fondement d’une technique que l’auteur appelle « cyber-simulation », où « une avalanche de récits » rend impossible tout point fixe en même temps et pour la même raison que l’on est encouragé à entrer dans le jeu. À ce point de son analyse, à la fin d’un court chapitre qui résume son argument (« Persécuté et combatif »), l’auteur ajoute deux phrases courtes qui préparent la suite. Il reprend la thèse de Jean Rousset sur « l’époque baroque » où « le monde est un théâtre et la vie une comédie où il faut revêtir un rôle ». L’image de cet âge reviendra souvent dans l’analyse de Jean-Marc Salmon ; elle mérite d’être débattue et précisée, surtout dans le contexte de la prochaine phrase, qui conclut le chapitre. « Nous-mêmes, continue Salmon, avons dit, en 1968, que la société était un spectacle. Et la vie une mise en scène ? »8 Est-ce que ce point d’interrogation reflète le « plomb » que l’alchimiste prétend avoir transformé en or ? Et qu’en est-il du chapitre qui reconstruit un glissement « du baroque au grotesque » ?
Commençons par ce dernier couple. Le baroque est caractérisé par sa manière légère de vivre en dansant au cours d’une vie accompagnée d’une décoration qui ne prétend pas porter en elle-même du sens ; la décoration est une fin en soi et la place de l’individu est préparée par l’absence de tout contenu empirique ou réel. Compris ainsi, le baroque sert à l’auteur comme un nécessaire point de comparaison avec notre présent qui, pour sa part, n’est constitué que par un jeu de simulations et de dissimulations. Le baroque joue un autre rôle dans l’analyse de Jean-Marc Salmon. En tant que forme de civilisation dans l’histoire des représentations, le baroque vient remettre en question l’ordre fixe du monde, qui est un cadre nécessaire partagé avec d’autres. Ce monde organisé rend possible notre vie en commun ; mais le poids de ce même cadre peut s’inverser et s’échapper en dansant ; voilà une fonction du baroque. Enfin, une bascule fait paraître le grotesque où la danse devient erratique alors que les opinions changent, la décoration devient une fin en soi et le grotesque finit par devenir anodin. Dans ce contexte, Jean-Marc Salmon reprend les analyses de Jean Baudrillard, qui passait d’un marxisme critique décrivant Le Système des objets (1968) pour faire jouer le rapport de représentations sans objet des Simulacres et simulation (1981), qui remettent en question la distinction du vrai et du faux, du réel et de l’imaginaire. L’histoire racontée dans Donald Trump : la politique à la renverse en provient. Elle décrit la clé du succès politique de Trump, qui comporte une étrange résonance avec les intuitions de la génération 68. L’auteur en était ; mais il s’abstient d’en tirer une morale. Et l’on sait que la « Gen Z » comme ses avatars ne sont pas un lointain décalque de Mai 68 (pas plus celui de 1917 ou du printemps des peuples en 1848, mais vraisemblablement une expérience originelle, si l’on insiste à trouver des ancêtres).
Les comparaisons civilisationnelles et les analogies politiques qui parcourent l’analyse de Jean-Marc Salmon, à la fois éclairantes et aiguës, jettent une lumière singulière sur la décennie politique qui a fait advenir le Donald Trump politique. Elles présentent à l’auteur le contexte pour asseoir une dernière thèse qui pointe l’horizon de l’avenir. Si le baroque représente la mise en question de l’idée d’un univers objectif organisé, et en principe rationnel, il exprime l’« époque de Gutenberg » où la communication entre des personnes, groupes et sociétés se généralisent. Jean-Marc Salmon en tire une dernière analogie civilisationnelle : la montée de Trump signalerait l’advenir de l’« âge du numérique » qui ne finira pas demain, quelles que soient les figures baroques qu’adoptent son règne ou les grotesqueries qu’il manifestent déjà9. Est-on alors condamné à être balancé indéfiniment entre le baroque et le grotesque ? L’affirmer montre qu’on n’a pas compris l’orientation communicationnelle de l’histoire qu’illustrent les aventures politiques de Donald Trump. Ses succès ne sont pas dus à ses idées et encore moins à sa vision d’un avenir possible ou socialement désirable. Néanmoins, ce sont des succès, et nous ferions mieux de nous en rendre compte. Son odyssée illustre le renversement de la pensée politique classique.
- 1. L’Amérique rouge est républicaine, la bleue est démocrate. La citation provient du discours du délégué, alors inconnu, Obama lors de la Convention démocrate de 2004.
- 2. Rappelons que la plateforme du Parti en 2020 dit explicitement que « le Parti républicain a et continuera de soutenir avec enthousiasme le projet du président de placer l’Amérique d’abord » et « n’adoptera pas une nouvelle plateforme ».
- 3. Il faut se souvenir que le Parti démocrate a préféré Hillary Clinton comme la candidate à la succession d’Obama ; en ce sens, Biden représentait le pôle Washington, le choix de l’establishment démocrate.
- 4. Toute news peut devenir fake dès qu’on entre dans le monde symbolique/sémantique où il n’y a de réalité objective ; par la même figure, une fake news prise socialement pour réelle devient, en effet, réelle ! Tel est le fil qui sous-tend la démonstration de l’auteur.
- 5. Les neuf mois de Trump 2.0 sont marqués par ce qui paraît comme une fuite en avant vers le réel, on pourrait imaginer que, sous les sourires du destin, la présidence cumule tous les pouvoirs jadis séparés, d’une forte majorité à la Cour suprême au contrôle des chambres du Congrès et d’une majorité des États fédérés. Ces majorités MAGA-républicaines semblent disposées à braver les conventions établies par deux cent cinquante ans de République.
- 6. L’auteur introduit le concept de renverse dans le titre du livre, mais son déploiement n’est pas linéaire. La première renverse dont il parle est la transformation du parti politique, une deuxième serait le rôle positif du l’incorrection. J’évoque ci-dessous d’autres exemples sous le concept civilisationnel du « baroque » et son dévoiement possible par la « grotesque ».
- 7. Ce nom reprend un de ses effets rhétoriques préféré, à savoir la preuve par l’appel au « sens commun ». Ainsi, ses dénonciations d’une conspiration du deep state, ses théories conspirationnistes, voire celle des origines chinoises de la Covid. À propos de cette dernière, il avoue qu’il « n’est pas médecin » mais affirme que « le sens commun » dit que « l’hydroxychloroquine est le remède… ». De tels « preuves » sont pléthore dans ses déclarations.
- 8. L’auteur ne cite que Jean Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le Paon, Paris, José Corti, 1953. Il ne cite pas l’œuvre de Guy Debord, la Société du spectacle, un pamphlet paru chez Buchet-Castel en 1967, peu avant Mai 68.
- 9. Jean-Marc Salmon est aussi l’auteur d’Un monde à grande vitesse. Globalisation, mode d’emploi, Paris, Seuil, 2000. Les questions posées par les transformations du champ des médias le préoccupent depuis longtemps. Voir aussi Jean-Marc Salmon, 29 jours de révolution. Histoire du soulèvement tunisien, 17 septembre 2010 - 14 janvier 2011, Paris, Les petits matins, 2016.