Notes de lecture

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Une si douce accoutumance. La dépendance aux bulles, cases et bandes dessinées de Frédéric Chauvaud

Préface de Pascal Ory

juil./août 2021

La bande dessinée permet de réfléchir sur la condition humaine et de vivre, par procuration, toutes sortes d’émotions, négatives ou positives, de l’esprit de vengeance à l’extase.

Il n’avait jamais été question d’addiction à la bande dessinée. Frédéric Chauvaud, bien connu en histoire de la criminalité et du corps brutalisé, s’y lance avec brio, mais tout en douceur.

Il distingue deux grands types de personnes dépendantes : les auteurs et les lecteurs. Les créateurs sont des passionnés qui s’enchaînent à leur création. Corto Maltese ne peut vivre sans Hugo Pratt ; Lucky Luke sans Goscinny ; l’inverse est difficile aussi. La vie des artistes est orientée par leur art : « La bande dessinée, produit culturel, est, si l’on voulait exagérer, une passion dévorante qui conduit du plaisir à une forme de compulsion. » Il faut dire que l’élargissement du lectorat n’a d’équivalent que l’abondance des titres. Frédéric Chauvaud s’intéresse particulièrement à la bande dessinée franco-belge. Le seuil des 5 000 titres a été dépassé en 2018 et, en trente ans, le nombre d’albums a été multiplié par huit. La boulimie du lecteur peine à suivre.

C’est sans doute face à cette concurrence que les éditeurs ont trouvé la parade qui provoque l’addiction : la série. Jouant sur la

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Le Manuscrit, 2020
276 p. 25 €

Didier Nourrisson

Ancien élève de l'École normale supérieure de l'Enseignement technique et agrégé d'histoire, Didier Nourrisson enseigne l'histoire contemporaine à l'université Claude-Bernard Lyon I. Chercheur, il s'intéresse aux addictions (boisson, tabac, drogue) et particulièrement à l'histoire des pratiques et des comportements de santé. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages remarqués sur ce sujet, notamment C

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Nos attentes à l’égard de la littérature ont changé. Autant qu’une expérience esthétique, nous y cherchons aujourd’hui des ressources pour comprendre le monde contemporain, voire le transformer. En témoigne l’importance prise par les enjeux d’écologie, de féminisme ou de dénonciation des inégalités dans la littérature de ce début du XXIe siècle, qui prend des formes renouvelées : le « roman à thèse » laisse volontiers place à une littérature de témoignage ou d’enquête. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Alexandre Gefen, explore cette réarticulation de la littérature avec les questions morales et politiques, qui interroge à la fois le statut de l’écrivain aujourd’hui, les frontières de la littérature, la manière dont nous en jugeons et ce que nous en attendons. Avec des textes de Felwine Sarr, Gisèle Sapiro, Jean-Claude Pinson, Alice Zeniter, François Bon.