L’Effet Magnani, de Mikaël Hirsch
Youri Gagarine, de retour sur Terre le 12 avril 1961, après un vol de près d’une heure trente en orbite, déclare depuis la capsule Vostok 1 : « Je salue la fraternité des hommes, le monde des arts et Anna Magnani. » Une telle formule est inhabituelle dans la bouche d’un apparatchik maniant la langue de bois de la propagande officielle.
Étonné, l’auteur décide d’en savoir plus et se lance dans une enquête, plus de soixante ans après l’énoncé de cette formule, aussi bien en épluchant la presse italienne qu’internationale, visionnant les actualités de l’époque, y compris russes, reconstituant la vie du cosmonaute soviétique et celle de la star italienne, qui pourrait être sa mère. Gagarine est fêté partout dans le monde, connaît des promotions militaires exceptionnelles, mène une vie de héros, avant de se tuer en pilotant un MIG-15, à l’âge de 34 ans. A-t-il prononcé cette phrase ? Était-il amoureux de la Magnani comme on disait alors ? Se sont-ils rencontrés ? Ont-ils passé une nuit ensemble ? Anne Magnani voit alors avec rage et tristesse le déclin de sa carrière au moment où Youri triomphe et devient célèbre à vingt-sept ans. C’est dans le film documentaire de Chris Vermorcken, Anna Magnani, un film d’amour (1979), que figure cette réplique. Mais la documentariste, née en 1936, répond à l’auteur qu’elle ne se souvient plus qui la lui avait indiquée, peut-être Leonor Fini, qui a vécu durant la guerre à Rome dans l’appartement qu’occupera peu après Anna, ce qui semble surréaliste.
La pochade rédigée vivement par Mikaël Hirsch se lit d’un trait, l’humour perle à chaque page, tout comme les anecdotes concernant la star au destin tragique et l’aviateur soviétique. L’actrice vieillissante attend un rôle à la mesure de sa renommée, tandis que la conquête de l’espace accroît la rivalité entre les deux superpuissances, la petite histoire se combine à la grande pour le plus grand plaisir du lecteur, totalement captivé par ce qui pourrait n’être qu’un canular et se révèle une belle romance.