SOCIOLOGIE POLITIQUE DU MOYEN-ORIENT
Auteur d’un livre de référence sur la Turquie et d’une récente Histoire de la violence au Moyen-Orient. De la fin de l’empire ottoman à Al-Qaida (La Découverte, 2008, voir son entretien dans Esprit, août-septembre 2008), l’auteur publie aujourd’hui un ouvrage qui permet opportunément de mieux saisir les actuels mouvements de la rue arabe. Prenant ses distances avec les interprétations en termes de tradition et de modernité, de tribalisme ou de radicalisme islamique, se penchant sur les divers modes de gouvernement, sur la résistance des États ainsi que sur les phénomènes communautaires et minoritaires, H. Bozarslan anticipe bien le phénomène générationnel indissociable de la démographie et du cyberespace (voir le chapitre VI : « Phénomènes de génération. Figures du sacré. Héros et corps politiques »). Mais l’ensemble des analyses débouche sur le constat de la lassitude et de la fatigue sociales, qui sont à l’origine des événements actuels, s’expriment aussi bien dans la violence sacrificielle que dans la manifestation sur la place Tahrir. Parmi les solutions dont disposent ces sociétés pour gérer cette fatigue, H. Bozarslan en évoque trois : « le repli sur le cadre social et la famille qui n’exclut pas les formes de résistance de politique par le bas », l’investissement du monde de la création artistique » et « le basculement dans l’utopie du grand soir. « Le Moyen-Orient évolue sous un régime d’incertitude qui interdit toute prédiction et instaure en horizon la tyrannie du quotidien. Un œcuménisme millénariste faisant feu de tout bois, des hadiths prophétiques à Nostradamus, répond à cette angoisse. » Et l’auteur de préciser que ce « malaise dans la civilisation » interroge notre monde entier (Abou Ghraïb !) au-delà de la composante moyen-orientale. En cela cet ouvrage aide à comprendre ce qui se passe en ce moment à l’échelle locale comme à l’échelle globale.
O. M.