Mariage et filiation pour tous

Une métamorphose inachevée


«  Réforme de civilisation  » ou «  rupture anthropologique  », la loi du 17  mai 2013 qui ouvre le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe aura déchaîné les passions dans la société française. L’ouvrage d’Irène Théry y revient en proposant une nouvelle approche du genre, en inscrivant les transformations contemporaines dans l’histoire longue de la famille et en offrant des perspectives neuves sur les questions de filiation. À l’encontre des conceptions identitaires, l’approche «  relationnelle  » du genre critique l’idée occidentale du genre comme attribut intrinsèque de la personne. La critique du sociocentrisme invite à considérer que «  la distinction masculin/féminin modalise les manières d’agir attendues statutairement dans le contexte d’une relation instituée  ». L’histoire du mariage, de l’ordre matrimonial de la famille au démariage, suggère qu’il est devenu progressivement l’institution d’un lien de couple. N’étant plus indissoluble, c’est la filiation qui le devient. Dans ce contexte, la loi de 2013 est une métamorphose inachevée parce qu’elle autorise l’adoption, mais non l’aide médicale à la procréation, pour les couples de personnes de même sexe. Trouble dans la filiation : nous sommes les victimes d’une opposition factice entre une filiation charnelle et élective. Pourtant, devenir parent, c’est acquérir un statut social à travers certains rites. L’ouvrage se conclut sur les principes d’une gestation pour autrui «  éthique  » ou «  responsable  ».

J. C.

Seuil, La République des idées, 2016
128 p. 11,80 €