Photo : Aditya Romansa
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PMA pour toutes les femmes et filiation

L’occasion manquée de la réforme bioéthique

janv./févr. 2021

Au cœur d’importants débats, la loi qui ouvrira la PMA aux couples de femmes crée un statut à part pour les couples homoparentaux, tandis que le recours au don chez les autres couples reste couvert par le secret médical, privant les enfants de la possibilité d’accéder à leurs origines. Ce débat était pourtant l’occasion d’avancer vers la reconnaissance de différents modèles de filiation.

La réforme des lois de bioéthique sera votée au printemps 2021 après un débat de près de trois années. On en connaît la mesure phare : elle ouvrira la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. L’accès au don de gamètes, jusqu’à présent réservé aux couples de sexe différent, sera également permis aux femmes seules et aux couples de femmes. Pour la première fois, le recours à un tiers donneur comme une façon possible de mettre un enfant au monde deviendra officiel : il n’est pas question de faire passer un couple de femmes pour ayant « procréé » l’enfant après un « traitement », comme on l’a fait jusqu’à présent pour les couples hétérosexuels. La réforme prévoit aussi que les enfants conçus par don pourront avoir accès à l’identité de leur donneur, ce qui est une autre forme de sortie de la logique traditionnelle du secret. On aurait donc pu s’attendre à ce que la réforme aille jusqu’au bout de sa logique, et institue en droit français les « familles issues de don » comme des familles ordinaires1, méritant une place dans notre

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Irène Théry

Sociologue et directrice d'études à l'EHESS, Irène Théry est spécialiste de la vie privée et de la famille. En 1998, elle a rédigé à la demande de Martine Aubry et Elisabeth Guigou, ministres du gouvernement Jospin, le rapport « Couple, filiation et parenté aujourd’hui » préconisant de nombreuses réformes du droit de la famille. Elle y présente une analyse des changements rompant avec les thèses…

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Les femmes sont au cœur de nombreux mouvements sociaux à travers le monde. Au-delà de la vague #MeToo et de la dénonciation des violences sexuelles, elles étaient nombreuses en tête de cortège dans le soulèvement algérien du Hirak en 2019 ou dans les manifestations contre le président Loukachenko en Biélorussie en 2020. En France, leur présence a été remarquée parmi les Gilets jaunes et dans la mobilisation contre le dernier projet de réforme des retraites. Dans leur diversité, les mouvements de femmes témoignent d’une visibilité et d’une prise de parole accrues des femmes dans l’espace public, de leur participation pleine et entière aux débats sur l’avenir de la cité. À ce titre, ils consacrent l’existence d’un « sujet politique féminin ».