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Notes de lecture

Dans le même numéro

Dostoïevski face à la mort ou le sexe hanté du langage de Julia Kristeva

juin 2022

Si le lecteur comprend tout de suite « face à la mort », il a plus de difficulté avec « le sexe hanté du langage ». Il peut entendre que le langage a un sexe et que ce sexe, hanté, met en scène des personnages. Il peut aussi, s’il a du goût pour l’archaïsme, suggérer : le sexe est hanté par le langage.

De toute façon, le langage est essentiel. Il permet en effet l’expression « idée sentie », que Stavroguine prononce dans Les Démons (1872) et dont Kirillov relève l’étrangeté : « Vous avez senti une idée ? » Il la reprend pour faire entendre qu’elle a quelque chose de choquant, qu’une idée ne peut pas être sentie, de même que deux et deux ne peuvent faire cinq. Le langage de Dostoïevski est « polyphonique », comme le disait Bakhtine, qui doit à Kristeva sa notoriété en France. Il accueille une multitude de voix, non seulement parce que les personnages sont pris dans des conflits non résolus, mais parce que chacun d’eux est un chaos. On a longtemps cherché à définir la pensée de Dostoïevski. Kristeva répond tranquillement : « Le romancier a dévoré le penseur. »

Que pourrait être une « idée sentie » ? Le senti reste attaché au singulier. Quelle est la relation entre le singulier et ce qui s’éprouve ? Ce que vous dites éprouver, je n’y ai accès que si je l’éprouve moi-même. Stavroguine sent une idée nouvelle : la mort nous délivre de tous nos souvenirs « honteux ». L’idée inv

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Fayard, 2021
408 p. 24 €

Jean-Louis Backès

Agregé de russe et docteur ès Lettres, Jean-Louis Backès est professeur émérite de littérature comparée à l'Université de Paris IV, spécialiste de littérature russe et romancier. Il est l'auteur de nombreuses traductions et commentaires de classiques de la littérature russe (Eugène Onéguine, Les Démons...).…

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La démocratie des communs

Les « communs », dans leur dimension théorique et pratique, sont devenus une notion incontournable pour concevoir des alternatives à l’exclusion propriétaire et étatique. Opposés à la privatisation de certaines ressources considérées comme collectives, ceux qui défendent leur emploi ne se positionnent pas pour autant en faveur d’un retour à la propriété publique, mais proposent de repenser la notion d’intérêt général sous l’angle de l’autogouvernement et de la coopération. Ce faisant, ils espèrent dépasser certaines apories relatives à la logique propriétaire (définie non plus comme le droit absolu d’une personne sur une chose, mais comme un faisceau de droits), et concevoir des formes de démocratisation de l’économie. Le dossier de ce numéro, coordonné par Édouard Jourdain, tâchera de montrer qu’une approche par les communs de la démocratie serait susceptible d’en renouveler à la fois la théorie et la pratique, en dépassant les clivages traditionnels du public et du privé, ou de l’État et de la société.