La Vérité sur Dix Petits Nègres de Pierre Bayard
Pierre Bayard sort de l’ombre une vérité donnée pour acquise mais qui n’était qu’une erreur de jugement : dans Dix Petits Nègres, Agatha Christie s’est trompée. Pendant un siècle, nul n’a remis en cause une solution qui n’était pas la bonne. Pour le prouver, l’auteur laisse la place au criminel lui-même. Pas question pour autant de dire ici qui il (ou elle) est. En effet, l’auteur a soin de préciser que son livre « critique » est en fait un livre policier dont il n’est pas question de dévoiler la fin. Pour la savourer, il faut franchir avec délectation les quatre temps du livre : « Enquête », « Contre-enquête », « Aveuglement » et « Désaveuglement », jusqu’à ce que le narrateur ne quitte le livre, non sans avoir donné son juste avis sur la victime, le meurtre et l’assassin, en découvrant les nombreuses erreurs d’Agatha Christie, ses biais cognitifs et ses illusions d’optique. Le piment du livre tient avant tout au narrateur lui-même. Il s’agit de l’assassin ! Et Bayard de remettre l’église au centre du village. Bayard en profite pour affirmer « combien il m’a paru scandaleux que les personnages, alors même que chacun leur reconnaît une part d’existence, ne soient jamais appelés à donner leur sentiment sur le texte dont ils sont l’objet ». Voilà qui est fait. Et bien fait.