Les profanateurs. Journal 1971-2015 de Jacques Henric
Avec le temps, Jacques Henric publie désormais son journal. Il n’a rien de poncif et ni de pompeux. C’est roboratif tant les notations incisives sont prises sur le vif. S’y retrouvent, vu l’époque première du journal, les tenants des avant-gardes parfois douteuses. Tel Quel revient sous Philippe Sollers, Marcelin Pleynet, Denis et Maurice Roche, Pierre Guyotat, Pierre Rottenberg, mais aussi des écrivains éloignés de cette revue : Robbe-Grillet, Kundera, Genet, Houellebecq et même Angot. Transparaissent aussi et surtout l’aventure éditoriale d’Art Press et l’écriture et la publication de La Vie sexuelle de Catherine M. Attentif aux guéguerres d’ego, Henric crée des vignettes féroces et drôles. L’auteur ne triche jamais, souligne mesquineries et hystéries. Il reste surdoué pour la fronde, sans tomber dans des pièges politiques ou littéraires. Il se dévoile selon sa vérité en évoquant obscurité et lumière, grandeur et petitesse, opacité et transparence non seulement de lui mais de ses « tiers ». Ici, le vivre et l’écrire se mêlent par sauts et gambades. C’est d’une efficacité redoutable pour dresser la comédie des arts, lettres et idéologies. Henric ne renonce jamais à sa liberté d’esprit et d’écriture. Et prouve qu’il n’a jamais valsé en postures et impostures. Certes, ses éditoriaux liminaires dans Art Press purent parfois agacer. Mais il repousse les limites du privé et du public par sa propre intégrité et son tableau des émules du monde (parfois trouble et mouvementé) germanopratin.