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Notes de lecture

Dans le même numéro

Père ancien de Charles Pennequin

mars 2022

« J’ai tout fait pour étouffer mais j’écris », rappelle celui qui, dans Père ancien, rassemble diverses pièces essaimées de 1996 à nos jours. Le tout en fidélité à sa doctrine : « chercher la merde à vouloir vivre ». L’auteur ne peut « pas plus que le peu peut », mais l’ouvrage laisse la place à des litanies, des chants intérieurs, des « bobines » qui se déroulent en revenant, selon une figure que Freud esquisse dans le célèbre épisode de l’enfant au toton. Il s’agit de débloquer à la fois les paroles, les dogmes et même les mausolées que sont les livres par le tournant, le tournoiement et la tourmente des mots afin de parler vrai, à l’image de Flaubert et de Beckett. L’auteur « veut accrocher quelque chose » dans la petite forme du peu, du nul, du resserré pour saisir le vide de soi-même par-delà toute forme de discussion. Pennequin peut ainsi « parler pour rien », mais pour mieux dire. Une telle poésie est chaleureuse, rusée et massacreuse.

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
P.O.L, 2020
192 p. 19 €

Jean-Paul Gavard-Perret

Docteur en littérature,  poète, critique littéraire et critique d'art contemporain, il enseigne la communication à l’université de Savoie à Chambéry. Il est membre du Centre de Recherche Imaginaire et Création.

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Retrouver la souveraineté ?

L’inflation récente des usages du mot « souveraineté », venue tant de la droite que de la gauche, induit une dévaluation de son sens. Dévaluation d’autant plus choquante à l’heure où, sur le sol européen, un État souverain, l’Ukraine, est victime d’une agression armée. Renvoyant de manière vague à un « pouvoir de décider » supposément perdu, ces usages aveugles confondent souvent la souveraineté avec la puissance et versent volontiers dans le souverainisme, sous la forme d’un rejet de l’Union européenne. Ce dossier, coordonné par Jean-Yves Pranchère, invite à reformuler correctement la question de la souveraineté, afin qu’elle embraye sur les enjeux décisifs qu’elle masque trop souvent : l’exercice de la puissance publique et les conditions de la délibération collective. À lire aussi dans ce numéro : les banlieues populaires ne voteront plus, le devenir africain du monde, le destin du communisme, pour une troisième gauche, Nantes dans la traite atlantique, et la musique classique au xxie siècle.