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Notes de lecture

Dans le même numéro

Toni tout court de Shane Haddad

mars 2022

Il existe dans ce livre la naissance d’un nouveau Grand Meaulnes version féminine et xxie siècle : « Ni une adolescente ni une adulte. » Comme son aîné, Toni est dans l’entre-deux et son histoire devient un roman d’initiation. Un peu plus tard, la narratrice se noiera dans la foule pour en ressortir femme : « Mes hanches seront adultes », et elle s’espère « sans haine, sans violence, sans incompréhension et pleine de résilience ». Certes, Toni se fait peu d’illusions : « À dix ans Toni pensait que les choses ne changeaient pas. À vingt ans elle se rend compte que rien ne reste comme on le voudrait. » Et ses émotions et ses aventures se heurtent à un mur encore plus haut que ce qu’il était dans l’enfance. Ce qu’elle a dans le cœur demeure, mais se heurte à bien des contradictions. Elles forcent à tâtonner encore et encore. D’où une impossibilité des sentiments. Les autres sont déjà tous amoureux de quelqu’un « et moi je suis aux marges à regarder ». Recouvrer une liberté revient à perdre des assurances face à bien des contradictions. Écrit à la première personne (la narratrice), à la deuxième (quand une voix, souvent maternelle, lui parle), à la troisième (quand elle s’observe), ce roman qui est aussi celui de la langue met en état d’urgence permanent, là où l’incertitude règne, entre angoisse, dégoût et espièglerie.

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
P.O.L, 2021
160 p. 17 €

Jean-Paul Gavard-Perret

Docteur en littérature,  poète, critique littéraire et critique d'art contemporain, il enseigne la communication à l’université de Savoie à Chambéry. Il est membre du Centre de Recherche Imaginaire et Création.

Dans le même numéro

Retrouver la souveraineté ?

L’inflation récente des usages du mot « souveraineté », venue tant de la droite que de la gauche, induit une dévaluation de son sens. Dévaluation d’autant plus choquante à l’heure où, sur le sol européen, un État souverain, l’Ukraine, est victime d’une agression armée. Renvoyant de manière vague à un « pouvoir de décider » supposément perdu, ces usages aveugles confondent souvent la souveraineté avec la puissance et versent volontiers dans le souverainisme, sous la forme d’un rejet de l’Union européenne. Ce dossier, coordonné par Jean-Yves Pranchère, invite à reformuler correctement la question de la souveraineté, afin qu’elle embraye sur les enjeux décisifs qu’elle masque trop souvent : l’exercice de la puissance publique et les conditions de la délibération collective. À lire aussi dans ce numéro : les banlieues populaires ne voteront plus, le devenir africain du monde, le destin du communisme, pour une troisième gauche, Nantes dans la traite atlantique, et la musique classique au xxie siècle.