De quoi l’histoire est-elle faite, sinon du monde ? de Pierre Singarévélou


Dans ce livre, issu d’une conférence au Banquet du livre 2024 consacré à « Penser et regarder ailleurs », le professeur d’histoire au King’s College de Londres et à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne évoque l’Inde de sa grand-mère Coquilamballe, «  analphabète et extrêmement sagace  », le paysage sonore de Pondichéry, le pèlerinage jusqu’à la statue de Gandhi et le dieu de la guerre dont il porte le nom. Mais il mentionne aussi - autres lieux où il s’applique à passer - la Caraïbe créole ainsi qu’un faubourg de Bordeaux, lieu contingent de sa naissance.

Son goût de l’histoire et du décentrement vient de « La vie privée des hommes », collection créée à la fin des années 1970 par Pierre Miquel. Puis, à l’école, il se trouve renforcé par les aventures de la « civilisation », de l’Égypte des pharaons à l’Empire napoléonien. Mais la lecture d’Edward Said puis des colonial studies le convainc que le récit historique est façonné par le conquérant et que «  la capacité de raconter sa propre histoire constitue le fondement de toute résistance  ». Ainsi mûrit un projet de recherche visant à se mettre «  à la place de l’autre  », attentif aux multiples formes de calendrier, aux diverses représentations de l’espace (comme les cartes marines des îles Marshall ou les mappemondes chinoises) et aux cabinets de curiosité populaires. Mené à bien par une série de publications collectives et pluridisciplinaires, il permet de «  provincialiser l’Europe  » et d’interroger radicalement les différentes manières d’écrire l’histoire. À l’image des « livres dont vous êtes le héros », il autorise également d’ouvrir «  un éventail de possibles  ».

L’histoire mondiale polyphonique de Pierre Singaravélou considère le monde comme «  une expérience  », celle que Maurice Merleau-Ponty repérait dans l’ethnologie : «  l’incessante mise à l’épreuve de soi par l’autre et de l’autre par soi  ».

Verdier, Les arts de lire, 2026
80 p. 8 €