L’Ordinaire des images, de Christian Malaurie

Puissances et pouvoirs de l’image de peu


Alors que notre environnement visuel est saturé, penser l’image ordinaire, c’est s’attacher à ce qui dans notre expérience du visible ne relève ni de l’abondance immaîtrisable (internet) ni de la valeur marchande sans limite (celle des œuvres d’art contemporaines qui sont devenues objet d’investissements spéculatifs). L’image est ici envisagée dans trois configurations précises. Tout d’abord, le dispositif de la scène de théâtre, qui joue des illusions, pose ­d’emblée la question de l’usage des images par le pouvoir. Revenir sur la naissance de la scénographie est donc une manière de nous interroger aujourd’hui sur la possibilité d’un rapport démocratique au regard collectif. C’est ensuite l’espace urbain qui est le lieu singulier de jeux visuels ou d’une conquête personnelle du voir, à travers la monumentalité ou, au contraire, le déplacement, la promenade, voire la dérive urbaine. Enfin, l’image tient un rôle spécifique dans l’histoire de notre subjectivité : elle s’associe à notre histoire intime, imaginaire et corporelle. À ce titre, elle n’est pas seulement un objet de notre environnement mais une part de nous-même. Très inspiré par Louis Marin et Michel de Certeau, qui interviennent significativement dans les deux derniers chapitres du livre, cet ouvrage synthétise une longue réflexion personnelle et ouvre de multiples pistes pour apprendre à voir les images autrement.

M.-O. P.

L’Harmattan, 2015
260 p. 26 €