Karl Marx, penseur de l'écologie, d'Henri Pena-Ruiz
Ce livre tente d’ancrer un discours écologique socialiste dans une tradition philosophique grâce à laquelle l’écologie redeviendrait politique. En effet, « le capitalisme vert » triomphant est non seulement un leurre, mais un oxymore. « L’écosocialisme » répond à la scission – malheureuse – entre mouvements sociaux et écologie, issus pourtant d’une tradition philosophique commune, à laquelle Marx, Engels ou Rousseau ont largement participé. Après un rappel du contexte dans lequel évolue le couple Marx-Engels, Henri Pena-Ruiz montre que le « naturalisme » (synonyme d’écologie pour Marx, selon l’auteur) et « l’humanisme » sont indissociables. Les inspirations antiques du philosophe allemand en attestent : avec Épicure, il se serait délivré de l’anthropomorphisme et aurait découvert la possibilité d’un hédonisme sans excès ; de même, l’acquisition prométhéenne des sciences et techniques « ne fournit pas que les moyens de s’assurer une puissance. Il veille également à inspirer la sagesse pour bien en user ». La dialectique même est relue au prisme de l’écologie : « Pas de vision d’un progrès linéaire, sans ressacs ni retournements paradoxaux, mais tout au contraire une conscience vive de ses dimensions contradictoires. » La critique marxiste de la surproduction et de la privatisation des biens communs rejoint, en outre, de nombreux constats de la pensée écologique, en particulier à l’ère du machinisme. L’auteur montre enfin comment l’écosocialisme aurait permis d’éviter les crises écologiques, en appliquant les valeurs marxistes (la propriété collective, la solidarité, le commun) à des cas concrets (Fukushima, l’affaire Lyssenko, Tchernobyl, la disparition de la mer d’Aral).