Barnett Newman, The Stations of the Cross: Lema Sabachthani, Twelfth Station [detail], 1965
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Le Juste

décembre 2018

#Divers

L’horizon de ce colloque, plus encore que la justice, a été la recherche de la justesse du propos.

Les 4 et 5 décembre, le colloque des intellectuels juifs s’est réuni à l’Ecole normale supérieure autour d’un nouveau thème : « le Juste ». Il s’est agi, au cours de ces deux journées, d’éclairer ce sujet brûlant d’actualité par les sources théologiques et culturelles exigeantes du judaïsme. 

Comme il est d’usage, Georges-Elia Sarfati a ouvert le colloque par une lecture talmudique. Au cours de cet exercice herméneutique, le philosophe a défendu l’idée que Noé et Abraham incarnaient respectivement une définition possible de la justice : la droiture et la générosité. Dominique Schnapper a, quant à elle, proposé une distinction entre la justice comme institution et la justice sociale. Après une brève analyse de la sécularisation et de ses effets, elle s’est livrée à une défense de l’Etat providence, regrettant avec humour faire partie des « derniers dinosaures » de la démocratie. Les membres du colloque ont acquiescé à cette comparaison, rappelant ainsi qu’ils s’inscrivaient en faux contre les dérives antipolitiques. Dans une perspective plus théologique, Antoine Garapon a poursuivi en rappelant que le droit occidental était largement tributaire du prophétisme juif (plus peut-être que du droit romain). L’intervention de Perrine Simon-Nahum sur Judith Butler et la justice comme être-soi a suscité moins d’enthousiasme. Elle cherchait pourtant explicitement à reconnaître une cohérence et un intérêt à la démarche de ses adversaires.

Jean-Claude Monod a ouvert la deuxième session sur l’opposition classique entre droit et violence. Dans sa conclusion, il a mis en garde contre la tentation de tomber en-deçà du droit, au nom d’une idée de la justice qui ne pourrait éclore qu’en dehors de toute norme. Vincent Delecroix a repris cette critique de l’aspiration à une « justice informe et indéterminée ». La justice divine, a-t-il répété, ne peut se complaire dans sa transcendance. Sans critique interne de la justice mondaine, la justice divine n’en est tout simplement pas une. Les rencontres se sont achevées par une nouvelle lecture talmudique, précédée d’une réflexion de Frederique Leichter-Flack sur les liens entre fiction et justice.

Les seize interventions ont fait état du canevas théorique qui se tisse autour du « juste » et du champ sémantique et symbolique qu’il recèle. L’horizon de ce colloque, plus encore que la justice, a été la recherche de la justesse du propos. C’est ce terme qui est revenu, sans cesse, dans le discours des intervenants, soucieux de ne pas accuser trop vite l’incompatibilité irrémédiable entre l’idée de justice et le fait du droit.