Njinga. Histoire d'une reine guerrière (1582-1663), de Linda M. Heywood
Le règne de la guerrière Njinga a longtemps marqué les mémoires collectives. Qu’elle ait été la fierté nationale – pour les dirigeants d’Afrique centrale, elle est un modèle dans la lutte contre le colonialisme – ou la cible de la morgue des intellectuels européens – Hegel la décrit comme « une aberration historique » –, elle a fait l’objet de toutes les récupérations politiques. Et pour cause, sa biographie inédite embrasse l’histoire du féminisme, de l’évangélisation du continent africain, de la colonisation ou encore de l’esclavage. « L’image des Amazones vient à l’esprit, mais Njinga est plus que cela : elle ne dirige pas une armée de femmes au service d’un souverain, elle est le souverain », explique la politologue Françoise Vergès, qui signe la préface de l’ouvrage. La politique qu’a menée Njinga durant les quarante ans de son règne est un bel exemple de ce hasard transformé en destin par un choix continu, selon la formule de Paul Ricœur. Ce choix est mené sur trois fronts. Il est d’abord féministe : impavide, Njinga s’est imposée contre les hommes de son pays, son frère et les sobas (chefs locaux). Il est ensuite militaire : elle a scellé des alliances avec des peuples cannibales, s’est constitué une armée musclée pour vaincre les colons portugais, quitte à s’entendre avec les Hollandais. Il est enfin spirituel : comprenant comment profiter des dissensions internes entre capucins et jésuites, la stratège s’est convertie au christianisme, sans renoncer aux coutumes du pays Mbundu, ce qui lui a permis de conserver son indépendance avec la complicité du pape Alexandre XVII. C’est ainsi l’histoire vivante de la résistance africaine qui prend corps dans cette biographie.