Politiques de la vulnérabilité, de Marie Garrau


La vulnérabilité, notion équivoque, mérite selon Marie Garrau l’intérêt qu’elle suscite, à condition d’être employée sérieusement. Ainsi, seule une approche pluridisciplinaire, qui allie philosophie politico-morale et sociologie est à même d’en cerner les enjeux. Le point de départ de l’ouvrage est la Théorie de la justice de John Rawls. Marie Garrau en critique la conception très abstraite de la politique, aveugle aux difficultés pratiques. Le philosophe américain s’obstine à postuler une autonomie et une rationalité des acteurs que l’on peine à observer dans la réalité. Au contraire, il semble que ce soit plutôt la vulnérabilité qui caractérise les relations sociales. Marie Garrau propose de relire la société à partir de catégories nouvelles, en distinguant les «  vulnérabilités fondamentales  », constituées et nécessaires, des «  vulnérabilités problématiques  », inégalitaires et injustes, qui méritent réparation. La critique de la trop faible prise en considération du caractère relationnel de la vulnérabilité est au cœur de l’ouvrage. Si l’autonomie est un mythe, c’est avant tout parce que les individus sont toujours dépendants. C’est cette dépendance, précisément, qui les rend vulnérables. Chez Axel Honneth, la «  lutte pour la reconnaissance  » est le symptôme du besoin croissant d’intersubjectivité. L’exemple de la mère et du nourrisson, emprunté à Winnicott, retrace le long chemin de la naissance du sujet autonome, avec et contre la filiation. La défense de la tradition aristotélicienne chez Martha ­Nussbaum est à nouveau l’occasion de défendre une approche concrète et réaliste de la société et de l’interaction, matérialisée par le souci de l’autre et les théories du care, portées par Joan Tronto. En sociologie, Robert Castel, Serge Paugam ou Colette Guillaumin répondent à ces mêmes exigences. Le propos, clair et didactique, permet de dessiner les contours d’une politique de la vulnérabilité.

 

CNRS, 2018
2 p. 25 €