La paix est notre avenir. Un voyage de réconciliation en Terre Sainte de Aziz Abu Sarah et Maoz Inon

Traduit de l’anglais par Bertrand Guillot

Après avoir perdu des proches dans le conflit israélo-palestinien, Aziz Abu Sarah et Maoz Inon ont choisi de faire de leur douleur un chemin de réconciliation, en défendant la paix comme seul avenir possible.


Cet ouvrage est publié par deux activistes de la paix, l’un Israélien, l’autre Palestinien. Le premier a perdu ses deux parents le 7 octobre 2023 lors de l’attaque du Hamas dans les localités israéliennes proches de Gaza ; l’autre a perdu son frère aîné à la suite de la première Intifada. Tous deux ont décidé que leur souffrance ne devait pas être objet de concurrence ni source de haine, mais allait être ce qui les réunirait.

Depuis 2024, ils voyagent ensemble à travers le monde et organisent des parcours guidés en Israël et dans les Territoires palestiniens pour raconter une histoire à deux voix. Chacun avait eu auparavant cette démarche d’ouverture à l’histoire de l’autre. Dès 2009, Aziz Abu Sarah proposait ce double récit dans son agence Mejdi Tours, tandis que Maoz Inon avait ouvert en 2005 à Nazareth une première auberge d’accueil dans une vieille maison arabe, suivie depuis par une cinquantaine de guesthouses à travers tout le pays, destinées à faire connaître l’histoire palestinienne. Ils misent ainsi sur le tourisme pour dépasser l’opposition habituelle entre « deux camps ». Pour eux, le voyage est un « art de la diplomatie » qui requiert un vrai sens du dialogue, et appelle chacun à « sortir de sa zone de confort pour aller à la rencontre de l’autre et l’écouter ». Ainsi, plusieurs cartes sont proposées au début du livre : la Palestine sous mandat britannique et les différents plans de partage, puis la carte des accords d’Oslo avec ses trois zones délimitées en Cisjordanie, et finalement celle de l’itinéraire commun de Maoz et Aziz en Israël et Cisjordanie pour raconter leur histoire.

Lors de leur parcours avant leur rencontre, ils ont chacun appris à connaître les souffrances de l’autre – la Shoah, la perte de tant d’amis lors des guerres, la Nakba, puis les humiliations de l’Occupation depuis 1967 – et se sont chacun interrogés sur l’empathie qu’ils éprouvaient à l’égard de l’autre : ne risquaient-ils pas de devenir, ou d’être vus comme, des traîtres à leurs amis, leur famille, leur communauté ? Mais ils ont surmonté cette appréhension. Très tôt, Aziz était engagé dans des associations qui réunissent Israéliens et Palestiniens dans un processus de réconciliation, que Maoz Inon a rejoint ensuite, le Cercle des familles endeuillées et Combatants for Peace. Celle-ci propose chaque année depuis 2005 une commémoration conjointe des victimes du conflit ; un jour avant la cérémonie officielle de l’État d’Israël qui n’évoque que les victimes israéliennes, juives, la veille du Jour de l’indépendance. Depuis 2019, cette association propose une commémoration conjointe de la Nakba.

Leur engagement commun vise à briser les murs physiques et mentaux qui conduisent à la haine. Pour eux, ce n’est pas là « normaliser » une situation asymétrique d’oppression qu’ils reconnaissent, mais une forme de « corésistance ». Ce n’est pas non plus de la naïveté. Ils s’estiment au contraire « réalistes » car ils savent que « les bombes n’apportent pas la sécurité  ». Tant de conflits dans le monde ont pris fin : en Irlande, en Afrique du sud, à Berlin avec la chute du Mur ! Ils sont convaincus de faire partie d’un cercle plus vaste d’Israéliens et de Palestiniens qui travaillent ensemble pour écrire une autre histoire, opter pour le seul vrai choix qui s’impose : celui d’une paix juste et globale dans la région.

L’arbre qui marche, 2026
256 p. 19,90 €