Chronique d’un amour de Julien Tribotté
Récit d’une rencontre à Baltimore et de l’histoire amoureuse qui la suit pendant deux ans, ce petit livre décrit, au plus près, sans le trahir, le vécu de l’amour. Recourant tour à tour au journal, au roman et à la poésie, l’auteur interroge un présupposé du lyrisme : il faudrait souffrir pour savoir écrire. Certes, plusieurs passages – les séparations temporaires d’avec sa compagne américaine, Alex, la difficulté de pérenniser une relation de part et d’autre de l’Atlantique – reprennent les représentations littéraires de la douleur de quitter l’être aimé. D’autres, cependant, quittent la sphère narrative pour s’immerger dans la description du quotidien, aussi banal soit-il : le rituel du café matinal, par exemple. De ces moments aussi simples que chaleureux se dégage une tendre poésie. La sexualité y est le lieu d’accomplissement d’un érotisme mystique, permettant la fusion corporelle des deux amants. Ainsi, au cours d’une fellation, « le territoire érogène s’étend dans une symbiose où chaque partie est reliée au tout et où la partie érotise le tout ». On mesure l’écart avec les premières descriptions de rapports sexuels, placés sous le signe d’un « film X bien cliché ». C’est qu’entretemps, il y a eu conversion spirituelle : en apercevant les poils aux jambes d’Alex, « c’est tout un monde qui s’est ouvert à moi. Un monde de possibles », écrit le narrateur au début de sa relation. Alex lui enseigne qu’un corps est une puissance vivante, inscrite dans l’immanence du monde, et une éthique de, par et pour la chair.