Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Notes de lecture

La Route de la Kolyma

Voyage sur les traces du Goulag

décembre 2012

#Divers

 

 

 

Le livre s’ouvre et se termine sur une description de la baie de Nagaiev, en Sibérie orientale, proche de celle que Chalamov a évoquée dans ses Récits de la Kolyma. « La plage de galets gris était déserte, des nuages bas, déchiquetés, planaient dans les trouées entre les monts rocheux qui encadraient la baie » : tels sont donc les mots de Nicolas Werth, l’un des meilleurs historiens de l’Union soviétique. Au terme de ce livre de voyage sur la route de la Kolyma, celle des camps où un adulte soviétique sur dix a été enfermé et condamné à la plus haute des solitudes entre le début des années 1930 et le début des années 1950, il médite ainsi sur cette baie pour comprendre où arrivaient ces futurs morts-vivants. Mais ce livre est d’abord une interrogation sur les raisons pour lesquelles nombre d’entre eux sont restés, une fois libérés, dans ces villages du bout du monde. N. Werth est surtout frappé par la sérénité de la plupart des survivants rencontrés, chez lesquels il ne perçoit pas les signes du désarroi d’avoir survécu « qui taraudaient tant de survivants des camps nazis ». Si les années ont passé, il semble que « l’expérience du camp s’est dissoute dans leur vie faite de dureté, de luttes, de privation, de quelques joies aussi ». L’historien, qui a passé des années dans les archives bureaucratiques et déshumanisées de l’administration du goulag, a retrouvé ici la valeur inestimable du témoignage. Le paysage de la baie est une ligne d’horizon grâce à laquelle des gens ont encore envie de parler et de vivre dans un monde qu’ils n’ont pas quitté et dont ils font mémoire avec « noblesse ». Ce dernier terme qualifie aussi ce livre.

O. M.

 

 

 

Belin, 2012
240 p. 20 €