Les Réputations, Juan Gabriel Vásquez


Auteur des Dénonciateurs et d’Histoire secrète du Costaguana, le romancier colombien Juan Gabriel Vásquez, dans les Réputations, lève le voile sur l’état de son pays, alors même que celui-ci s’aventure dans un processus de paix risqué avec les Farc et que le trafic de drogue s’est déplacé vers le Mexique, à la frontière des États-Unis.

Là où on attendrait un roman pacifié de la bonne conscience et de la rigueur morale, on assiste à la démythification inattendue d’une légende civique, celle du caricaturiste Javier Mallarino, un dessinateur qui a renoncé à la peinture et opté pour l’encre de Chine. Celui-ci a passé sa vie à se moquer des médiocres dans ses dessins publiés « à la une » et à dénoncer les bassesses et mensonges de la classe politique. Mais voilà qu’il est lui-même l’otage d’une sale histoire dont rien ne prouve qu’il puisse sortir la tête haute. Ne s’est-il jamais trompé ? N’a-t-il pas lui-même attaqué sans raison et menti par ignorance ? Au pays de la violencia, il n’y a pas de belle âme, pas de position assurée, pas de média au-dessus de tout soupçon : en partant vivre dans la montagne au-dessus de Bogotá, une ville andine déjà très en altitude, le caricaturiste a cru voir les choses de plus haut.

Mais en Colombie, on ne peut vivre hors de la violence urbaine. À distance du réalisme magique de Gabriel García Márquez, Vásquez, l’écrivain de Barranquilla, ville des Caraïbes, pratique une écriture dense et apparemment calme. Il participe à sa manière de la génération du « désenchantement démocratique » dont Robert Bolaño est plus que jamais le grand témoin littéraire en Amérique latine.

Le Seuil, 2014
192 p. 18 €