Natures de David Chaillou
On y glisse, matin, comme dans le terrier d’Alice. Après Légendes, ce deuxième album monographique du compositeur français David Chaillou s’impose, avec éclat, entre construction et fulgurance intensive, plans sonores – boisés – et colorisme – charnel. Natures : œuvre amoureuse ; volupté captieuse d’une rêverie projetant des clartés neuves sur la face nocturne d’un lyrisme liminal – Gérard Grisey à la lisière.
Première pièce, flèche du temps en musique, Vita Nova introduit un climat d’aisance hardie. Une fraîcheur déliée s’y fait jour. L’harmonie s’aiguise, accusant les traits d’une mélodie exigeante et libre, dont la pétillance brise les carrures métriques. Au piano de Sibelius opère ensuite, dans la trame de ses arpèges volubiles, une correction des appétits harmoniques au profit de la sveltesse du timbre. Qu’on en juge encore avec Désert ; Barque, pour oiseaux et clavier, dont les trilles répondent aux barcarolles des forêts de Perrault ou de Grimm. Or l’enfance, la nature même s’enchantent de l’artifice, qui détient seul les clés du royaume de féerie. David Chaillou le sait, qui élargit ici le concept de musique française sans toutefois le démentir. Il ne renie pas, ce faisant, l’élégance des moyens harmoniques, rythmiques ; la beauté de la forme ; la virtuosité de l’écriture.
Il y a, dans ces quelque dix stations, une pureté de transcendance ; une objectivité lucide qui est défense contre tout exhibitionnisme. Témoins, ce sens architectural ; cette commune attention au clair-obscur, à la carnation ; cette convocation de la chair dans l’agencement analytique. Avant même que de ciseler angles, rondeurs, galbes, teintes, il s’agit ici de trouver le chaos initial par des directions, des lignes de composition. On songe, curieusement, aux poupées de Paul Klee, qui a théorisé cette extraction de lignes sonores ou picturales à partir du chaos – quand Deleuze et Guattari en ont tiré le concept de ritournelle.