Notes de lecture

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Un monde à part. Cartes et territoires, de Kenneth White

juin 2018

#Divers

Le fondateur de la géo-poétique réunit plusieurs textes d’une érudition gourmande et d’une écriture chaleureuse qui forment un ensemble cohérent et jubilatoire. Dans « Éloge de la cartographie», il présente ses lectures savantes d’ouvrages géographiques du xvie siècle au xixe siècle qui lui permettent d’identifier le «nomade intellectuel». L’étudiant à l’université de Glasgow fouille dans les rayonnages de la bibliothèque et en sort Alfred Korzybski, à qui l’on doit la célèbre sentence, «la carte n’est pas le territoire», que Kenneth White comprend comme un appel à «amplifier, approfondir, densifier notre expérience du réel, tout en essayant de parvenir à une représentation plus complète». Ce qui va l’occuper de longues années lors d’innombrables voyages «sur les chemins du monde», où nous le suivons avec plaisir, tant chaque parcours révèle ses rencontres, ses étonnements, ses remises en cause. Les pages sur la steppe en compagnie de Tchekhov sont splendides : «Écoutons dans le bruit du temps, dans le fracas des religions et des idéologies, dans la confusion générale, cette neige. Sa grande dérive silencieuse. Silentium. C’est dans ce grand silence que se trouve le fond du fond.»Explorant avec sensibilité l’Asie centrale (et le Transsibérien), le Gange, l’Écosse, l’auteur donne forme à la géo-poétique et nous enivre.

 

Héros-Limite, Feuilles d'herbe, 2018
192 p. 12 €

Thierry Paquot

Philosophe, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, il est spécialiste des questions urbaines et architecturales, et participe activement au débat sur la ville et ses transformations actuelles. Thierry Paquot a beaucoup contribué à diffuser l'oeuvre d'Ivan Illich en France (voir sa préface à Ivan Illich, La Découverte, 2012), et poursuit ses explorations philosophiques du lien entre nature,...

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Nous sommes les témoins du retour de la clôture politique (fascismes, racismes, exclusions) et d’un discours qui réduit la société ouverte au marché. Dans ce contexte, il est urgent de relancer l’ouverture réelle, comme y invitent Camille Riquier et Frédéric Worms après Bergson, ainsi que les auteurs d’un riche abécédaire critique.