Un sursis de Bernard Fauconnier
Dans la prison d’Alger, en 1942, un condamné à mort est soudainement gracié. Cela débute donc par un coup de théâtre, mais tout se paie en ce bas monde, aussi le prisonnier, qui a tué sans raison un Arabe sur la plage, doit-il obéir aux ordres de mystérieux commanditaires. Il est libre et peut se promener à son aise, tout en étant quand même surveillé. On lui a réservé une chambre dans un hôtel où il doit attendre les ordres. Il décide d’aller voir Marie, son ancienne compagne, ils s’aiment, il rentre à l’hôtel et apprend dans le journal du lendemain qu’une jeune femme a été tuée… Il devait rester seul, ne parler à personne. Le meurtre de Marie lui incombe. Dorénavant, il guettera patiemment les messages de ses libérateurs. On lui commande de traverser la Méditerranée, de se rendre à Marseille, puis à Lyon et Grenoble et, de là, dans un petit village, pour encore attendre qu’on le contacte pour connaître la suite de ce qu’il doit accomplir.
Tout est prévu et organisé. Il ne s’appartient plus. L’objet de sa mission arrive : il doit infiltrer un groupe de maquisards et contribuer à leur élimination. Il va donc « travailler » pour des partisans de Vichy, anticommunistes et antisémites. Parmi les résistants se trouve Solange, une brune aux yeux bleus, qui le fait vibrer. Comme la réciproque semble aller de soi, ils deviennent complices au point où il lui avoue sa mission… Or le groupe est parasité par un traître, que nos deux non-héros vont neutraliser, avant de s’envoler vers la liberté, du moins la leur !
Je ne vais pas gâcher le suspense de cet excellent roman, à l’écriture économe, aux portraits subtilement décrits, à l’action qui entremêle la petite histoire à la grande (c’est la guerre) et qui ne se prive pas de reconstituer cette période qui hante encore notre présent. Le marché noir, les restrictions, la délation, l’occupation, les opérations militaires, la vie du maquis, les publicités de l’époque et l’ordinaire des gens de peu constituent le décor de ce roman à rebondissements. Bernard Fauconnier, romancier (L’Incendie de la Sainte Victoire, Esprits de famille, Un silence…) et biographe (Cézanne, Flaubert, London…) est très à l’aise dans ce roman d’aventures où l’absurde s’enveloppe de sentimentalité.