Vivre deux cultures. Comment peut-on naître franco-persan ? de Bertrand Badie
Bertrand Badie s’est imposé comme un des pères de la nouvelle école française des relations internationales, tant son magistère et ses écrits ont inspiré des générations de chercheurs et de diplomates. Dans ce récit très personnel, l’auteur révèle tout un pan de son univers familial en rendant hommage à son père Mansour, débarqué dans un Paris idéalisé à l’âge de 18 ans. Source intarissable d’inspiration pour l’auteur, ce père, héros de la Résistance, décoré par le général de Gaulle, a souffert de la xénophobie ambiante qui aura eu raison de sa brillante carrière de médecin, alors qu’il était adulé par les plus grands. Le petit Bertrand a grandi avec ses parents aimants et soudés. Sa mère, issue d’une bourgeoisie conservatrice de Soissons, aura été en rupture avec son milieu en épousant un Iranien dont la famille s’avère bien plus tolérante que la sienne. Outre la charge émotionnelle, ce livre montre que la double appartenance est une force, un atout que l’auteur a essayé de mettre à profit tout au long de son parcours. À travers ce récit intimiste, on comprend mieux pourquoi et comment l’histoire personnelle de Mansour a joué un rôle fondamental dans la conscience intellectuelle du jeune Bertrand. Et à quel point le fait colonial a été essentiel pour comprendre sa trajectoire intellectuelle, arrimée au Sud et aux causes tiers-mondistes. Celui qui se revendique tantôt comme un piéton, tantôt comme un pèlerin de la mondialisation, a choisi de mettre l’humain au cœur des relations internationales, qu’il qualifie désormais de relations « inter-sociales ». En proposant une science politique à visage humain, il a, toute sa carrière durant, à cœur de l’installer dans l’universel et le transnational. Désormais à la retraite, le professeur Badie règle ses comptes avec ceux qui l’ont brimé enfant dans l’enseignement catholique. La lecture peut s’avérer rébarbative par de nombreuses redites, quelques lourdeurs ou encore sa description tout orientaliste de l’Iran de son enfance, où il n’est pas retourné depuis 1977. Mais ce livre a le mérite de nous apporter une précieuse clé de compréhension qui met en lumière les combats d’un illustre professeur et internationaliste qui a rappelé à l’envi que l’Occident n’est pas seul au monde.