Ricardo Stuckert / PR
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COP30 : une COP de la vérité et du multilatéralisme ?

Victoire du multilatéralisme, la COP30 a fait l’objet d’un consensus tiède au détriment de la « vérité », malgré quelques avancées.


La COP30 qui s’est tenue à Belém, en Amazonie, a été officiellement clôturée le samedi 22 novembre 2025, avec un jour de retard relativement à l’agenda initial – ce qui n’est pas un record comparé à la COP25 à Madrid, qui s’était terminée avec quarante heures de retard – et s’explique notamment par l’incendie au sein de la zone de négociation, toutefois assez rapidement maîtrisé et n’ayant fait aucune victime, du vendredi 21 novembre 2025. La COP30 avait pour ambition explicite d’être « une COP du multilatéralisme et de la vérité ».

Parmi les enjeux principaux de cette COP étaient la troisième série des contributions déterminées nationales (NDC) volontaires, au niveau global d’ambition décevant, et une feuille de route pour le relevé de l’ambition d’ici 2030. Un point important était aussi la finalisation de la mise en œuvre du « Consensus des Émirats Arabes Unis », acté deux ans plus tôt lors de la COP28 de Dubaï avec la sortie des combustibles fossiles. Les aspects financiers pour atteindre concrètement l’objectif de 1300 milliards de dollars par an d’ici 2035 de fonds des pays du Nord vers le Sud, et les indicateurs de suivi de l’objectif mondial d’adaptation étaient également des points centraux de l’ordre du jour.

Pourtant, après la COP30, il y a toujours le feu en ce qui concerne l’état de la planète face au réchauffement climatique : en effet, le texte final ressortant de la COP30, appelé texte du mutirão qui signifie « effort commun, coopération » en portugais, ne fait aucune mention explicite à la sortie des énergies fossiles, condition pourtant sine qua non de l’atténuation nécessaire du changement climatique afin de pouvoir rester sous le seuil de +1.5°C, fixé dans le cadre de l’Accord de Paris. De ce point de vue, il est donc décevant.

Du point de vue du multilatéralisme, le monde entier était convié à la table des négociations, y compris la Russie, qui ne s’est pas privée de s’exprimer d’ailleurs. Les grands absents étaient bien sûr des membres d’une délégation officielle des États-Unis. Pourtant, les anciens négociateurs, et peut-être surtout la présence remarquable et remarquée du gouverneur de Californie, Gavin Newsom, ont donné le signal fort pour le reste du monde que des efforts américains se poursuivent à l’échelon local. Et Gavin Newom de souligner que « Donald Trump est temporaire » : une nouvelle donne reste possible. Si les délégations indiennes et chinoises étaient bien présentes – le pavillon chinois, en particulier positionné de manière stratégiquement visible et imposante au sein de la COP, avec moult side events de haut niveau –, les chefs d’État n’avaient pas fait le déplacement lors du sommet des dirigeants du 6 novembre 2025, exceptionnellement organisé en amont de la COP.

Et si, grand classique de la diplomatie concernant des dossiers particulièrement sensibles, une partie des discussions, les plus irritantes peut-être dans la dernière ligne droite de la COP, ont eu lieu à huis clos et non de manière publique, il en est ressorti une souris côté « COP de la vérité », compte tenu de l’absence de mention explicite à la sortie des énergies fossiles, ni de feuille de route pour l’arrêt de la déforestation. L’augmentation escomptée de l’ambition des NDC n’a pas non plus eu lieu. Les indicateurs sur l’adaptation retenus ont aussi été jugés décevants. Il faut souligner que certaines délégations se sont également plaintes de ne pas avoir été entendues dans leurs demandes de prise de parole ou d’opposition, Union européenne et Colombie incluses : le président de la COP s’est excusé de ne pas avoir vu les demandes de prise de parole en raison notamment de sa fatigue et de son âge…

Il faut tout de même saluer l’avancée sur un mécanisme de transition juste pour la protection du travail et des conditions de vie des populations, principal succès de cette COP. Les fonds consacrés à l’adaptation des pays du Nord vers les pays du Sud doivent également faire l’objet d’« efforts » en vue d’un « triplement » d’ici 2035, sans que la base de référence à cette augmentation soit détaillée. La mise en place d’un fonds d’investissement nommé Tropical Forest Forever Facility en faveur de la protection des forêts est aussi une avancée positive, ainsi que de nombreuses initiatives pour soutenir les peuples autochtones et communautés locales, qui étaient assez fortement présents à la COP.

La pouvoir de la société civile à la COP30 s’est par ailleurs notamment exprimé par de nombreuses manifestations à l’intérieur de la zone de négociations et à l’extérieur de celle-ci, y compris lors de la marche mondiale pour le climat du 15 novembre 2025 dans le centre de Belém, qui a mobilisé plusieurs milliers de manifestants, dont des négociateurs et représentants des peuples autochtones.

Après moult péripéties, incluant une croustillante et pacifique « guerre du café » sur les pavillons voisins de l’Australie et de la Turquie, disposés côte à côte et qui semblaient en concurrence ouverte pour délivrer le meilleur café gratuit, le compromis trouvé est que la prochaine COP se tiendra finalement en Turquie, même si la présidence des négociations sera assurée par l’Australie. Comprenne qui pourra.

Le lieu de la COP32 a été annoncé ensuite de manière plus consensuelle que celui de la COP31. La COP32 sera africaine, et c’est un signal important, ce continent représentant déjà une part importante des émissions globales, en forte croissance, et des analyses scientifiques plus rares sur ce continent que sur le reste du monde1. La COP32 se tiendra en l’occurrence à Addis-Abeba en Éthiopie, pays caractérisé pour son dynamisme en matière d’environnement, avec notamment près de 97% de son électricité issue de l’hydroélectricité, le reste de l’éolien, le large projet Green Legacy et son objectif de planter 54 milliards d’arbres d’ici 2026. Cette COP sera une première pour un pays de la Corne de l’Afrique, et envoie un signal fort pour l’équilibre Nord/Sud.

La COP30 peut donc être qualifiée de victoire du multilatéralisme, car si l’ambition du texte qui en ressort est imparfaite, le mutirão a néanmoins fait l’objet d’un consensus, certes sans enthousiasme. Ce consensus tiède s’est toutefois fait au détriment de la « vérité », même si certaines avancées, notamment en termes de transition juste, sont à saluer.

 

  • 1. Voir Mounia Mostefaoui, Philippe Ciais, Matthew J. McGrath, Philippe Peylin, Prabir K. Patra et Yolandi Ernst, “Greenhouse gas emissions and their trends over the last 3 decades across Africa”, Earth System Science Data, vol. 16, no 1, janvier 2024, p. 245-275.