Le pacte climatique de Glasgow
Le président de la COP26, Alok Sharma, n’a pu retenir ses larmes, « profondément désolé » par les négociations et déçu par le texte final. Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a également déploré le manque de « volonté politique » pour dépasser les « contradictions » entre les intérêts individuels à court terme des pays et la lutte contre le réchauffement climatique.
Prévue pour 2020, la COP26 avait été reportée en raison de la crise sanitaire mondiale. Malgré les nouvelles demandes de report, en raison de la faible représentation des pays en développement – dont l’accès aux vaccins est limité – et des loyers prohibitifs à Glasgow, la conférence des parties des Nations unies sur le climat s’est achevée le 13 novembre 2021. La vaccination obligatoire, associée aux tests quotidiens, aux mesures barrière et aux jauges dans les salles ont permis à plus de 20 000 délégués de 196 pays de se rendre en Écosse pour les négociations, dans un contexte épidémique encore actif. Malgré l’absence du pape François, de Vladimir Poutine, de Xi Jinping, de Jair Bolsonaro, la plupart des chefs d’État ont répondu présents.
D’après les projections du GIEC, le seuil des 1, 5° C devrait être dépassé dès les années 2030-2040. Le réchauffement serait de +2.4° C si l’on respecte les contributions nationales de l’accord de Paris et les engagements complémentaires de plusieurs pays pour atteindre la neutralité carbone en 2050 (Europe, États-Unis), en 2060 (Chine, Russie) et en 2070 (Inde). L’espoir est donc très faible de rester sous les +1, 5°C à l’horizon 2100.
De petites avancées
Parmi les petites avancées de la COP26, on note un accord sur les règles de comptage des émissions pour respecter les objectifs nationaux de réduction, même si les modalités d’une tarification carbone efficace pour l’ensemble des émissions sont encore à élaborer. On retient également que 105 États, représentant 85 % des forêts de la planète (dont le Brésil, le Canada et le Congo), se sont engagés à arrêter la déforestation à l’horizon 2030 et que plus de 80 pays se sont engagés à réduire de 30 % leurs émissions de méthane de 2020 à l’horizon 2030. Sur le plan des transports, une trentaine d’États vont « travailler » à ce que toute nouvelle voiture commercialisée respecte le principe de neutralité carbone au niveau mondial à l’horizon 2040. Toutefois, les pays qui abritent les principaux constructeurs automobiles, comme la Chine, les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Japon, ne sont pas signataires. De nombreux pays ont également pris de nouveaux engagements en faveur de l’égalité entre les sexes, notamment le Canada qui y consacrera 80 % de ses 5, 3 milliards d’investissements dans le domaine du climat sur les cinq prochaines années.
Le réseau global des maires de 97 villes, représentant 25 % de l’économie mondiale et plus de 700 millions d’habitants, joue un rôle central dans la voie de la neutralité carbone. Lors de la COP26, le gouvernement britannique a annoncé des financements de 27, 5 millions de livres sterling, dans le cadre du programme Urban Climate Action pour les quatre prochaines années, afin de soutenir la transition vers la neutralité carbone de villes et régions des pays en développement.
On note enfin l’accord d’une coalition d’une vingtaine de pays, dont les États-Unis, l’Allemagne et in extremis la France, pour mettre fin aux financements de projets d’exploitation des énergies fossiles en dehors des frontières nationales qui n’utilisent pas de techniques de capture de carbone avant la fin 2022.
De grandes déceptions
Parmi les grandes déceptions, on note l’absence de référence à l’élimination des investissements dans les énergies fossiles et à la nécessité de la fin de l’usage du charbon. Le pacte climatique de Glasgow fait, de manière significative, référence aux énergies fossiles, mais sa portée s’est trouvée atténuée à la dernière minute par les oppositions chinoise, indienne (en Inde, 70 % de l’électricité nationale provient du charbon), australienne, russe, turque et saoudienne. Ces pays se sont en effet battus afin qu’aucun engagement d’éliminer le recours aux énergies fossiles, tels que pétrole et charbon, ne soit pris, au profit de leur seule « réduction progressive » et d’un « usage responsable des énergies fossiles ». Le sénateur australien Matthew Canavan, connu pour ses positions climato-sceptiques, s’en est félicité, considérant que « le feu vert pour davantage de production de charbon » est essentiel pour « l’accès des plus pauvres à une énergie bon marché ».
En ce qui concerne la question des pertes et préjudices, le pacte ne fait qu’« exhorter » les pays développés à doubler leurs contributions financières d’ici à 2025 pour l’aide à l’adaptation des pays les plus vulnérables. Bien que la voix des pays en développement se soit fait entendre en faveur de la justice climatique, les pays développés n’ont pas accepté leur proposition. Les États-Unis s’y sont notamment fortement opposés, par la voie de l’envoyé climat John Kerry, qui a évoqué un manque de clarté en termes de « responsabilité juridique ». Seul un accord a été trouvé pour mettre en place un « dialogue » sur le sujet à l’occasion des futures conférences.
Les larmes du président
Le président de la COP26, Alok Sharma, n’a pu retenir ses larmes, « profondément désolé » par les négociations et déçu par le texte final. Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a également déploré le manque de « volonté politique » pour dépasser les « contradictions » entre les intérêts individuels à court terme des pays et la lutte contre le réchauffement climatique.
Malgré les nombreuses actions militantes des jeunes représentants de la société civile, les délégations et les dirigeants n’ont pas su prendre de décisions fortes pour lutter contre le changement climatique. Après la formule assassine de Greta Thunberg sur les « promesses creuses » et « trente années de bla-bla », la militante ougandaise Vanessa Nakate, âgée de 25 ans, a affirmé que la jeunesse ne faisait pas confiance aux responsables politiques, mais qu’elle ne demandait qu’à être contredite : “Prove us wrong!”, a-t-elle martelé. Le principal point de blocage à la protection de la planète tient sans doute au principe du consensus, qui impose qu’il n’y ait « pas d’opposition exprimée » : on touche là aux limites de l’exercice démocratique de la négociation multipartite.
Il faut néanmoins saluer le travail diplomatique et sanitaire du Royaume-Uni et tout particulièrement de l’Écosse, qui a permis que ce moment de retrouvailles internationales envoie un signal positif pour un monde éprouvé par le dérèglement climatique et la crise sanitaire. Le choix d’organiser la COP27 en Égypte devrait remettre le continent africain sur le devant de la scène et inciter les pays développés à débloquer les fonds nécessaires pour soutenir les pays les plus pauvres, les moins responsables historiquement des émissions fossiles et pourtant déjà les plus touchés par les conséquences du réchauffement climatique.