Dans le même numéro

Quand le langage travaille

Introduction

décembre 2019

De la novlangue managériale à Donald Trump, des féministes aux rappeurs, la langue travaille les tensions et mouvements qui traversent la société, et se fait l’écho de nos angoisses et de nos espoirs. Elle est ainsi une puissance de faire et défaire le monde.

Lorsque, début 2017, une conseillère du président Donald Trump prononça pour la première fois les mots de « faits alternatifs », les ventes du roman dystopique 1984 de George Orwell ont connu, paraît-il, un pic. Cela avait déjà été le cas, quelques années auparavant, lorsque Edward Snowden avait révélé l’ampleur de la surveillance de masse aux États-Unis. Cette fois, le livre, qui paraît avoir toujours un temps d’avance sur ce que nous vivons, éclairait un autre aspect du rapport malheureux de nos sociétés à elles-mêmes, qui passe par leur langage.

La « novlangue », qui désigne dans 1984 la langue officielle d’Océania et dont une annexe au roman présente les « principes », se caractérise par la pauvreté de son vocabulaire («Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os », dit Syme, du Service des recherches au ministère de la Vérité) et une grammaire simplifiée, débarrassée de toute exception[1]. Elle est aussi le support de la « double pensée »

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Anne Dujin

Anne Dujin est politiste de formation. Après avoir travaillé comme chercheuse au CRÉDOC, elle se tourne vers les revues et le journalisme d’idées. Elle a collaboré au supplément « Idées » du Monde. Elle est également poète : voir son recueil L'ombre des heures (L'herbe qui tremble, 2019).

Dans le même numéro

Là où nos sociétés connaissent des tensions, là aussi travaille le langage. Le dossier d’Esprit (décembre 2019), coordonné par Anne Dujin, se met à son écoute, pour entendre l’écho de nos angoisses, de nos espoirs et de nos désirs. À lire aussi dans ce numéro : les déçus du Califat, 1989 ou le sens de l’histoire et un entretien avec Sylvain Tesson.