Composition aux trois figures, Fernand Léger (1881, France - 1955, France) DR
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Les entreprises rationnelles et la démocratie

Nous vivons une crise de la raison, laquelle n’est pas tant due à une défaillance de nos facultés intellectuelles qu’à un déclin de la culture démocratique de l’argumentation. Ne pourrait-on instituer de nouvelles scènes argumentatives, notamment numériques, où la délibération serait menée entre égaux et définie par des règles précises ?

Selon Max Weber, la rationalité se comprend comme un cadre de normes, de valeurs et de représentations dans lequel les individus élaborent des conduites susceptibles d’être reconnues par autrui comme rationnelles. Ce cadre est lui-même pluriel, la rationalité collective se différenciant selon les domaines de l’activité sociale (politique, juridique, économique…). C’est dans ce sens sociologique qu’il y a lieu de parler d’une crise de la raison, indissociable d’une crise de la démocratie dont elle est à la fois la cause et la conséquence. Les manifestations de cette crise (complotisme, perte de confiance dans l’expertise scientifique, fondamentalisme religieux…) ne peuvent s’expliquer par un déclin de la raison comme faculté individuelle : les individus sont en moyenne de mieux en mieux formés et capables d’agir rationnellement en vue de leurs intérêts immédiats. Ce qui justifie de parler de crise, c’est la perte des repères qui permettaient de s’entendre sur ce qui mérite confiance et de construire des visions partagées de la réalité. C’est d’abord en tant qu’argumentative que la raison devrait être promue comme une ressource politique.

La raison limitée

Si l’on admet le postu

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Bernard Perret

Bernard Perret est haut fonctionnaire ; il a longtemps travaillé pour l'INSEE, pour ensuite se tourner vers les questions écologiques et de développement durable au sein de différentes instances (dont le Ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie). Il est l'auteur de nombreux essais sur les politiques publiques, les liens entre économie et société, le développement durable (

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On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.