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Après la fin des utopies, le temps des prophéties

janvier 2017

#Divers

Les temps ne sont plus aux utopies. Il est trop tard pour qu’elles nous soient encore utiles. La crise politique sur laquelle nous butons, le rejet des institutions présentes et la montée des populismes paralysent l’imagination et interdisent de se projeter dans des temps et des lieux parallèles. Pour faire sentir le décalage entre ce qui est et l’ordre juste qui doit être, il faut du moins un ordre établi que l’utopie a pour fonction d’inquiéter de l’intérieur, en ouvrant sur de nouvelles possibilités de vie qu’elle envisage « dans un ailleurs qui est aussi un nulle part1 ». L’ordre peut alors abriter de grands désordres, mais, aussi imparfait soit-il, il est nécessaire qu’il fournisse un lieu à ceux qui veulent s’en évader, qu’il libère du temps à ceux dont le loisir est d’envisager une société meilleure bien qu’indéterminée : hors du temps (uchronie), hors du lieu (utopie).

Après Mannheim, Ricœur recherchait ainsi l’intrication étroite qu’il devait y avoir entre l’idéologie et l’utopie, l’une et l’autre alimentant l’imaginaire social de façon contradictoire, mais produisant ensemble la dynamique des sociétés : « Les idéologies regardent en arrière, les utopies regardent en avant. » En effet, c’est bien en s’articulant qu’elles

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Camille Riquier

Camille Riquier, agrégé et docteur en philosophie, est maître de conférence et doyen de la Faculté de philosophie à l’Institut catholique de Paris. Il est notamment l'auteur de Nous ne savons plus croire (Desclée de Brouwer, 2020). 

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